c'est pas moi je l'jure!

somebody special

Pendant tout mon doctorat, j’ai aussi enseigné à l’université. Tous les étudiants en maîtrise et doctorat pouvaient enseigner pour payer leurs études. Je viens de passer une semaine à déchiqueter ma vie entière, et j’ai trouvé les reçus de transfers que mes parents faisaient chaque mois pendant mon doctorat (entre 2002 et 2006, donc): environ $700 (ça dépendait du taux de change). Avec un loyer de $500, j’arrivais malgré tout à me payer des études sans accumuler de dette grâce à ce job, ce qui, aujourd’hui, me sidère étant donné le coût des études universitaires là-bas!

Pendant notre première année d’enseignement, on devait suivre un cours de pédagogie avec un mentor qui nous enseignait à enseigner et vérifiait qu’on ne faisait pas des conneries avec nos étudiants. J’étais donc dans un cours avec une dizaine d’autres doctorants débutants, et notre prof/mentor était Chris.

Chris était elle-même doctorante dans mon programme mais en troisième année. Elle était super chouette, et moi, j’étais une étudiante vraiment pourrie: je détestais lire les trucs qu’on devait lire, je détestais aller en cours parce que 9 heures c’était trop tôt, je détestais devoir faire approuver ce que je voulais faire avec mes étudiants… Heureusement que j’adorais Chris et mes copines de cours (Karen, Nancy, Dilia…) et que c’était bien utile de partager nos idées de trucs à enseigner et de vérifier qu’on ne faisait pas n’importe quoi. Donc j’allais en cours, disons… deux fois sur trois! Et Chris n’a jamais rien dit.

Pendant le premier semestre, j’enseignais deux sections d’un cours de base. L’un de mes étudiants me trouvait cool comme prof et a donc aussi suivi mon cours (un peu plus avancé) pendant le deuxième semestre. Je demandais toujours à mes étudiants d’écrire dans un journal trois fois par semaine et je répondais toujours à ces écrits. Un jour, l’étudiant en question a écrit qu’il projetait d’essayer la cocaïne pendant les vacances de printemps. J’ai contacté les flics du campus, et l’étudiant, furax, a commencé à me rendre la vie infernale. Chris m’a soutenue pendant tout le reste de l’année scolaire en s’asseyant au fond de ma classe à chaque cours, en s’assurant que quelqu’un m’accompagnait jusqu’à ma voiture à la fin de chaque journée, en jouant les colocs de bureau pendant les office hours… Alors qu’elle continuait en même temps à bosser sur son doctorat et à nous enseigner notre cours de pédagogie. Je ne l’oublierai jamais!

On est restées amies, mais elle est trop intelligente pour que je fasse réellement partie de son “cercle académique.” Elle fait partie de la clique des gens qui m’énervent parce qu’ils fonctionnent en clique (ils écrivent des articles et des bouquins ensemble, ils s’invitent entre eux aux conférences qu’ils organisent, ils bossent sur des projets de recherche ensemble, ils sont les “experts” et nous sommes babas d’avoir la chance de les connaître et de les appeler par leurs prénoms, etc.). Mais elle est beaucoup moins prétentieuse et arrogante que les autres, parce qu’elle est vraiment gentille, et son but ne semble pas être de prouver aux academics insignifiants dont je fais partie qu’elle est plus intelligente que nous.

(Quand on me dit que j’apporterais “du prestige” à une institution comme le gouvernement du Canada, c’est grâce aux gens comme Chris qui donnent une réputation extraordinaire à l’université où l’on a étudié ensemble et qui font rutiler tout CV où se trouvent leurs noms pour des co-présentations de conférence, par exemple. Je ne fais pas partie de “la clique” mais je dois avouer que j’ai bien profité de ce prestige-par-association!)

En mai dernier, j’ai participé à son petit défi d’écrire 15 minutes minimum par jour, et c’était hyper intimidant de me retrouver au milieu de ces gens dont je lis les livres et les articles avec vénération depuis des années, mais elle trouvait toujours un mot sympa et encourageant pour tout le monde. Son défi a aussi permis aux gens “normaux” de réaliser que les “experts” pouvaient eux aussi avoir du mal à écrire, à se concentrer, et à être aussi parfaits qu’ils devaient toujours sembler être, et c’était rassurant!

Bref, Chris est chouette et je l’admire beaucoup. Je n’arrive pas à croire que ça va bientôt faire 20 ans qu’on se connait! Ce foutu défi ne me rajeunit pas!

Les gens qu’on aime #19: quelqu’un qu’on admire

10 comments

  1. #19 ce que j’admire en toi, c’est ta faculté à être résiliente (mot à la mode, mais qui veut dire quelque chose😉) et être forte, malgré ton handicap, et je peux écrire ce mot, car tu ne le caches pas, tu as plusieurs vie en une seule, et surtout plusieurs vies et talents formidables et, malheureusement, je pense que tu ne t’en rends pas assez compte! prof de fac, joueuse de clarinette, crocheteuse, voyageuse, membre d’une famille aimante, pianiste, amie fidèle, cuisinière de talent (miam cette brioche), chats-addict🐱, tu ne baisses jamais les bras, blogueuse jour après jour sans te lasser, et j’en oublie plein que je vais bien sûr retrouver plus tard!😄 (c’est un vrai mic-mac ce commentaire😁)
    voili, j’arrête là, grosses bises et à demain!

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  2. Bleck

    @ 19 Quelqu’un que j’admire.

    Dire que je t’admire serait exagéré de ma part. Disons que tu m’impressionne vraiment beaucoup.
    Ce qui m’impressionne énormément c’est ta capacité de travail, ta méthode ou ton rythme voilà quelques années que je te lis et toujours ce rouleau compresseur, enfin c’est l’impression que tu me donnes au travers de mes lectures ici.
    Un simple exemple, ce défi de novembre, tu lances un truc qui est ce qu’il est et tu t’y tiens, tu fais un classement tu ponds un article/jour sans exception, tu réponds à chacun cordialement, tu peux secouer le cocotier mais avec souplesse faut choquer personne, mais il faut que ça pousse…
    Et dans tous les segments de ta vie, tu dois être ainsi, impressionnante.

    Bleck

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    • Haha, spèce de copieur 😉 Mais faut pas te laisser avoir, je ne raconte pas tout sur ce blog, ni la paresse ni la méchanceté ni la bêtise ni l’égoïsme ni la stupidité dont je peux faire preuve au quotidien. En vrai, je suis beaucoup moins impressionnante!

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  3. Geneviève

    La marraine de ma fille est une nana fascinante. D’abord, et ce détail n’est pas anodin pour moi, elle fait 10cm de plus que moi. Déjà, ça en impose. Ensuite, elle est une académicienne accomplie : docteure en littérature médiévale, auteure de nombreux articles sur les livres pour enfants à travers l’histoire, et prof à l’Université de Montréal.
    Elle vient d’une famille assez semblable à la mienne, parents coincés, règles de bienséance non écrites ultra sévères, domination paternelle indiscutable, etc.
    Mais… Elle a fait des choix non seulement étonnants mais audacieux et risqués (à mes yeux) compte tenu de son arrière plan familial.
    D’abord, elle a épousé son grand amour malgré le fait que son père ne le supporte pas, désapprouvait ce choix, et ne leur a, depuis 20 ans, jamais rendu visite une seule fois chez eux. (Et la fois, unique, où le gendre est venu rendre visite à ses beaux-parents avec sa femme et leurs petits jumeaux, ça ne s’est pas vraiment bien passé.) Faut dire que le mec est assez spécial : drop out de l’école à 14 ans, mécanicien autodidacte, 12 ans de plus qu’elle et alcoolique à ses heures. Par ailleurs complètement adorable, conscient de ses défauts et en adoration devant sa femme…
    Ensuite, elle s’est installée au Canada parce que lui refusait d’envisager l’Allemagne (d’où elle vient).
    Et au Canada, où elle est donc, comme nous, totalement seule d’un point de vue familial, elle a eu des jumeaux, qu’elle élève seule parce qu’avec son mari, ils vivent séparément pour pouvoir se supporter (se voient tous les jours, etc, mais chacun a sa vie dans sa maison) et ils ont fini par s’installer au fin fond de la campagne, parce que c’est le seul endroit où lui est à peu près vivable, sur le long terme, quand il vient voir sa femme et ses enfants.
    Dans cette campagne, elle s’est lancée dans l’élevage de poules canards et oies, de chèvres et de moutons, adopte toutes sortes d’animaux (y compris 2 cochons miniatures) et soigne un potager grand comme mon appart — toute seule, avec parfois l’aide de ses enfants mais bon, ils ont 10 ans, ça ne va jamais très loin.
    Le tout en parallèle de sa vraie job, i.e. enseigner l’allemand à l’université…
    Je l’admire (et je les adore,.on se voit souvent) sans bornes pour son côté “ok, j’vais essayer ça tient, ça a l’air marrant”, peur de rien et surtout pas de ne pas fitter dans le moule familial dont elle est sortie…

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  4. Pingback: a different kind of human | c'est pas moi je l'jure!

  5. wam

    Tu as eu la chance de croiser des personnes qui ont influencé en bien et de façon significative ta vie entière 😮

    #19: quelqu’un qu’on admire.
    Nous étions amies au collège. Coïncidences, nos pères avaient été aux scouts ensemble. Nous étions toutes les 2 en décalages par rapport aux autres. Moi, à la fois par une éducation un peu, je dirais, strictes, et, ce n’est pas contradictoire, en dehors du parcours catéchisme dans lequel étaient tous mes camarades ; et parce que j’étais timide et réservée. Et aussi parce que mon adolescence est arrivée un peu plus tard que chez mes camarades. Elle, parce que je pense, ses parents divorçaient. Bon, de toute façon, soyons honnête : la période collège n’est pas souvent la période la plus sereine de la vie.
    Nous nous sommes perdues de vue à partir du Lycée, nous n’étions pas dans le même. J’avais de loin en loin quelques nouvelles par ma mère qui rencontrait parfois sa mère en faisant les courses. Etudes un peu laborieuses, longues. Mais qui ont fini par un doctorat et une spécialisation sur l’Amérique du Sud. Et c’est bien pour ca que nous avons repris contact. Elle dédicaçait son livre sur le Bresil, ma maman y est allée a pris le contact pour moi : je m’apprêtais à faire le tour du monde en commençant par le Brésil. J’ai donc pris contact.
    Et depuis, nous nous voyons, je dirais 2 fois par an. J’aimerais plus, mais c’est vite compliqué, vu comment on est prise par nos vies respectives.
    Elle est intelligente et pragmatique.
    Elle est entrepreneuse, elle adore se lancer dans des projets, les mener à bien et en commencer d’autres. (moi, je préfère la routine). Monter des projets à son travail, des dossiers, de l’innovation, elle sait faire. Elle est bonne. Sur le plan perso aussi. Elle a récemment acheté un grand domaine à la campagne, ce qui est à mon sens une performance vue la modestie de ses revenus. Mais elle a monté le dossier, fait un business plan, un montage juridique et financier, s’est associée à une copine. Elle est maintenant sur la phase « faire vivre la propriété » selon ses principes : créer un verger d’espèces anciennes de préférence, louer en maraichage bio le terrain, louer à l’année 1 ou 2 des lieux habitables. Et garder le 3è pour elle et du saisonnier. Elle l’a voulu pour ses vieux jours, pour les potes, et les temps difficiles possibles. Elle recherche une certaine autosuffisance.
    Elle est militante, humaine, humaniste, même, a des idéaux s’y tient. Elle cohérente. Elle est à l’écoute, disponible, mais sait dire non. Elle consomme peu et en bio et en circuit court / vente directe. Elle va aux manifs (on y va parfois ensemble) . Pour autant, elle ne s’impose jamais au monde (en tout cas, pas que je le vois)
    Elle élève seule son fils, enfant (et maintenant ado) précoce, ce n’est pas tous les jours facile. Nous avons été enceinte en même temps, je crois.
    Elle sait s’entourer. Elle a une vie intellectuelle riche.
    Je rêve de la voir plus souvent sur mes vieux jours, quand je serai libérée des contraintes boulot-domestiques-parentales. Près de son domaine, pourquoi pas.

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  6. Jenny

    #19: quelqu’un qu’on admire
    Rosa. J’admire Rosa qui est venue rejoindre son chéri qui travaillait en France, en 2000 ou 2001. Rosa est espagnole. C’est une femme intelligente, posée, toujours souriante. J’ai beaucoup d’admiration pour Rosa qui a très vite appris le français, a trouvé un travail dans une entreprise d’import-export, a étudié en parllèle pour obtenir un diplôme de secrétaire trilingue (elle avait déjà un diplôme de sociologie obtenu en Espagne).
    Elle a fait une fausse couche à peu près en même temps que moi et son fils aîné est né une semaine avant mon fils. Depuis, elle en a eu deux autres. Elle a trouvé un emploi de prof d’espagnol dans un lycée et a appris le métier sur le tas. Depuis l’année dernière, elle a réussi le concours et est désormais titulaire. Elle le mérite bien. Et ça fait bien ongtemps que je ne l’ai pas vue… Vivement la fin du Covid !

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