c'est pas moi je l'jure!

entre les gouttes se glisser

Je suis aichmophobe! En régle générale, je n’ai peur de pas grand’chose. Je peux tenir une mygale dans ma main, dire “salut” à un rat qui passe, regarder avec intérêt une chauve-souris entrée dans le salon par erreur… J’ai même tenu un (petit) serpent dans mes mains, même si je n’ai pas adoré ça, et traversé des ponts à claire-voie et suspendus et transparents!

Mais je suis aichmophobe: j’ai une peur extrême des parapluies, et plus précisément des extrêmités pointues des parapluies. (En réalité, l’aichmophobie est la peur des objets pointus comme les crayons, aiguilles, etc. mais ça inclu la peur des extrêmités de parapluies.) Comme je suis en général plus petite que les gens qui tiennent le parapluie au-dessus de ma tête, je me prends très souvent les pointes dans la figure ou dans les cheveux, et en plus je déteste marcher juste à côté de quelqu’un parce qu’on finit toujours par s’encoubler l’un ou l’autre avec mes béquilles!

Bref, vous l’aurez deviné, je ne laisse JAMAIS quelqu’un me protéger de la pluie et je n’ai pas peur de ressembler à un chien ruisselant à la fin d’une bonne petite marche, comme ça a été le cas à Toronto, jeudi dernier.

Pour cette conférence, je suis partie mercredi matin, et après un voyage abominable (migraine, bébé braillard à côté de moi, gamin hyper chiant derrière moi, pas d’électricité pour recharger mon téléphone, pas de film), j’ai été invitée par des amies à aller voir un musical assez sympa basé sur un film australien très spécial mais que j’avais bien aimé il y a une quinzaine d’anneé, Strictly Ballroom, au théâtre de la Princesse de Wales, où je n’étais jamais allée. Comme il n’y avait pas de télé dans ma chambre de dortoir vétuste, c’était chouette de sortir avec des vieilles copines.

Jeudi, Toronto a connu un déluge comme j’en ai rarement vu, toute la journée. Le vent et la pluie étaient si violents que des arbres se sont cassés, des routes étaient fermées, et moi, aichmophobe professionnelle, j’ai dû marcher exactement 4,9 kilomètres dans cette tourmente pour aller déjeuner avec mes collègues puis assister à la première partie de la conférence puis dîner avec des tas de gens sympathiques. J’étais TRAN-SIE jusqu’aux os! Toute la journée j’ai pataugé dans mes chaussures pleines de flotte, mon pantalon n’a jamais réussi à sécher sur moi, et même ma veste en cuir a complètement pris l’eau et mis deux jours à sécher! Les passants regardaient ma pauvre copine qui marchait à quelques mètres de moi avec son parapluie avec un regard noir, c’était très rigolo!

Mais heureusement qu’elle était là, ma copine, et qu’elle a partagé ma chambre, parce que sinon je ne serais jamais allée à la conférence elle-même. J’étais hyper déprimée par toutes mes histoires de boulot et j’aurais passé deux jours au lit si elle ne m’avait pas forcée à me bouger le cul. Je suis allée écouter quelques présentations faites par des directeurs et employés de centres comme le mien, mais c’était vraiment difficile de ne pas me dire “de toutes les manières, j’en ai rien à fiche de tout ça, dans un mois je ne serai plus directrice de mon centre.” Et je suis allée aux dîners et réceptions et tout le bardam, mais j’en suis toujours très rapidement repartie parce que je n’avais ni le coeur à faire la fête ni envie de raconter les mêmes histoires à tous ces gens qui me posaient plein de questions sur mon boulot.

Le retour, même si un peu tôt, s’est très bien passé, et j’ai enfin retrouvé ma Calinette adorée qui était chez sa mémère adoptive depuis le 12 avril! Elle était un peu perdue, au début, et un peu fâchée, mais avec mes cent huitante mille bisous par heure, elle semble retrouver ses marques et nos habitudes, heureusement. Par contre elle a du mal à sauter sur mon lit et monter les escaliers et a l’air d’avoir mal à sa patte arrière gauche. On va retourner chez le véto…

18 comments

  1. tu es impressionnante… et c’est vrai que ça fait bizarre de ne pas t’héberger sous le parapluie! En même temps, c’est si compréhensible!
    Heureuse pour tes jolies retrouvailles avec Calinette, j’espère que sa jambe “c’est rien”… Profite des belles choses qu’il y a dans une journée, même si elles te paraissent peu nombreuses voire bien cachées…
    Gros bisous!

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  2. J’imagine ce que peut être une journée transie de froid à cause de l’humidité des vêtements ! De quoi attraper du mal. N’as-tu pas pensé à une cape de pluie en plastique, légère qui protègerait au moins le haut. Pour les chaussures, à part les bottes en caoutchouc, ou les savates des Tahitiens (tong), je ne vois pas 😉

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  3. j’ai un souvenir de Toronto comme le tien, un orage extrême et des rivières d’eau dans le métro, tellement l’eau avait été abondante et soudaine, et elle descendait les marches du métro plus vite que la lumière! peut être t’en souviens tu aussi, car c’était à l’époque du G20 en juin 2010, et j’ai failli t’y rencontrer..
    il existe des chapeaux avec des petits parapluies au dessus, une alternative au ciré jaune breton, 🙂 ?
    un gros câlin à Calinette, en espérant qu’il n’y ait pas de soucis
    bise à toi

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    • Je m’imagine très bien avec un chapeau avec un petit parapluie dessus, ça doit faire très classe 😉 Non mais normalement je n’ai aucun problème et la pluie ne me dérange pas, là c’était vraiment une sacrée tempête!

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  4. Justement, j’aimerai avoir les lumières d’une linguiste sur l’emploi du suffixe “phobie” à toutes les sauces, dans des sens aussi différents que peur et haine. Il arrive que la peur entraine la haine, mais ça n’a rien de systématique et je trouve regrettable que xxx-phopie signifie peur de xxx, par exemple lorque xxx est un insecte, alors que yyy-phobie signifie haine de yyy, par exemple lorsque yyy est une religion, comme si on avait pas le droit d’avoir peur d’une religion tout en respectant profondément ses adeptes ! Dans une langue qui comporte des dizaines de milliers de mots, on devrait en avoir suffisamment pour ne pas faire l’amalgame entre peur et haine, non ? Est-ce la même chose en anglais ?

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    • C’est marrant, je me posais justement cette question il n’y a pas longtemps (et oui, c’est la même chose en anglais)! Visiblement, la racine grècque ne voulait dire que peur, objet de terreur, mais je crois comprendre qu’on a extrapolé en pensant que la haine découlait systématiquement de la peur. Par exemple il semble que le psy qui a inventé le terme “homophobie” voulait bien dire “haine de l’homosexualité” parce qu’il pensait que la haine venait de la peur initiale des gens qui ne comprenaient pas ce qu’était l’homosexualité. Donc ignorance -> peur -> haine.

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  5. alcib

    Je ne suis ni linguiste ni « logue » de quelque sorte que ce soit, mais j’ai toujours cru qu’une « phobie » était une peur maladive de quelque chose ; ce n’est pas une peur «normale », mais une peur excessive, qui n’est pas justifiée, qui n’a pas de « raison d’être ». Je ne tenterai pas de comprendre ou d’expliquer sans comprendre ce qu’est une phobie ; le sujet est beaucoup trop complexe, comme le sont les sujets qui en sont atteints…
    Mais la peur vient souvent de l’ignorance ou de la méconnaissance : la peur de l’étranger, la peur des homosexuels, etc., vient de ce qu’on ne les connaît pas, qu’on ne sait pas comment ils vont agir ou réagir dans tel ou tel contexte, etc. Ils constituent des « menaces », tout au moins à notre confort intellectuel… Dans le cas des phobies, la « peur » excessive peut ressembler à de la haine (on ne veut pas se retrouver face à ce dont on a peur, donc on fait tout tout le garder à distance, même par des discours ; et pour se donner raison, on « veut faire peur aux autres en essayant de leur transmettre nos « idées » sur ces choses ou ces gens dont il faut se tenir éloigné).
    Je crois que la « phobie », c’est la peur excessive elle-même ; la haine vient par après, construite sur la peur injustifiée. La peur vient de l’ignorance, alors que la haine est un choix qui découle de sa peur.
    Quand on a quelques neurones fonctionnels, on peut vite apprendre à dépasser sa peur, des homosexuels, par exemple, et apprendre à vivre en sachant qu’il y en aura toujours autour de nous, mais sans forcément éprouver de la haine envers eux (vivre et laisser vivre).
    La haine n’est pas une réaction saine, équilibrée ; pour moi, la haine est le signe d’un déséquilibre, entretenu… Toute personne qui éprouve de la haine devrait selon moi être « soignée ». (Nous avons au Québec, par exemple, un premier ministre – Couillard – qui éprouve, et s’en vante, de la haine envers les souverainistes québécois ; ce neurochirurgien qui a un temps vendu ses services au gouvernement de l’Arabie Saoudite, devrait vraiment se faire soigner pour la haine qu’il dit éprouver et qu’il exprime publiquement).
    Mon chien aboie parfois devant des objets ou des situations qu’il ne connaît pas ; un colis ou un sac qui ne devrait pas être là est une « menace » potentielle, aussi longtemps qu’il n’a pas été rassuré sur sa dangerosité. Mais jamais mon chien n’entretient de « haine » envers qui ou quoi que ce soit… Alors que les humains aiment « jouer » à se faire peur (et à faire peur aux autres) en se créant toutes sortes de scénarios.
    On peut craindre et combattre les fanatiques sans nécessairement les détester.
    Je crois donc que la « phobie » est la crainte excessive, alors que la haine peut accompagner la phobie mais la haine n’est pas la phobie elle-même…

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