c'est pas moi je l'jure!

pour moi la vie va commencer

En réponse à elPadawan

Quand je suis arrivée aux Etats Unis, il y a presque 13 ans, j’ai décidé de “m’intégrer” et de devenir une vraie étudiante américaine. C’était bien avant le 11 septembre 2001 et les Américains ne détestaient pas encore les français en masse, mais il y avait quand’même quelques préjugés qui m’ennuyaient: les français ne se lavent jamais, les filles ne se rasent pas sous les bras, les français sont arrogants et snobs, etc. En même temps, cette idée que l’accent français est soooo cuuuute m’énervait bien aussi. Bref, j’ai décidé de me fondre dans la masse: je vivais dans les dortoires, je prenais deux douches par jour, je mangeais la bouffe ignoble de la caféteria sans piper mot, je ne parlais plus qu’anglais, je me rasais consciencieusement tout poil rebelle, je demandais à des copains de m’effacer toute trace “d’étrangeté” dans mes devoirs avant de les rendre, j’écoutais de la musique country comme mes voisines de chambre, je regardais la télé en faisant des listes d’expressions idiomatiques et d’insultes, je participais à toutes les activités organisées pour notre étage de dortoire (genre concours de crachage de pépins de pastèques, course de bloc de glace sur gazon, etc.), je passais plus de temps au mall qu’à mes cours, et j’ai même pris des cours de prononciation pour effacer autant que possible ce cuuuuute accent!

L’avantage, c’est que je me suis vite fait des tas d’amis et que mon anglais a progressé très rapidement. L’inconvénient, c’est qu’au bout de sept mois de cette vie, j’ai pêté un cable! A 23 ans (alors que l’âge moyen de mes copines d’étage était de 17 ans), je n’avais pas envie de me geler le cul sur un bloc de glace en descendant la colline ni de cracher des pépins de pastèque en m’en foutant partout. La musique country c’était très bien mais pas plus que 10 minutes, et j’en avais vraiment assez du régime intensif pizza-pâtes-pizza-pâtes servi à la caféteria et des conversations sempiternelles sur les garçons! J’en avais marre de vivre dans une boîte (ma chambre était un triangle avec mon lit qui prenait un côté, le bureau l’autre côté, et la porte plus une petite étagère le troisième côté!), et je n’en pouvais plus d’être avec ces filles complètement immatures et dont le niveau intellectuel ne volait pas franchement haut! Il n’y avait rien à faire, je ne serais jamais une étudiante américaine typique!

C’est comme ça que j’ai abandonné mon désir d’américannitude, un beau jour d’été, soudainement, en cassant mon contrat de dortoir et en quittant tout sans avoir même trouvé d’autre endroit où vivre. C’est à ce moment-là aussi que je me suis dit, pour la première fois, que merde, j’étais française et suisse et je le resterais pour toujours et je n’avais pas envie que ça change et que je n’avais plus 17 ans. J’avais envie d’une vie tranquille, de bouquiner, d’écouter de la musique classique, de me faire ma popotte quand je voulais et comme je voulais, de ne pas sortir tous les soir, de ne pas passer la moitié de ma vie à me demander si mon maquillage, mes cheveux, et mes ongles étaient assez parfaits pour plaire aux garçons et l’autre moitié à faire du shopping, de ne plus pouvoir parler que du dernier épisode de la série en vogue ou du dernier film avec cet acteur sooooo cuuuuute, d’inviter qui je voulais quand je voulais chez moi… C’est sûr, ma nouvelle façon d’être moi-même m’a isolée de ce groupe en particulier (jeunes étudiants typiquement américains), mais m’a aussi permis de découvrir d’autres étudiants, différents, un peu plus de mon âge, un peu plus sérieux, et qui eux non plus ne voulaient pas perdre leur identité dans la masse.

Cette assiette date du temps où j’avais décidé d’essayer de manger un peu de viande de temps en temps… Je ne sais même plus comment s’appelait le morceau que j’ai acheté mais c’était un petit pavé rond, épais d’environ 3 centimètres, que j’ai fait griller dans ma poêle-grill pendant 5-6 minutes de chaque côté, bords inclus. Avec ça, j’avais une espèce de grosse crêpe de pommes-de-terre, truc qu’on trouve assez souvent ici mais je ne sais plus comment ça s’appelle (après avoir passé toute la journée en grievance training avec notre syndicat (et demain ça recommence!), j’ai une super migraine ce soir, ce qui explique ma mémoire déchue) (de toutes les manières c’était pas super bon). J’avais aussi fait griller un poivron avec un oignon, coupés en morceaux grossiers, puis rajouté une petite courgette en rondelle et les grains d’un épis de maïs frais à la dernière minute. Servi avec un peu de persil frais, c’était très bon!

Réussite: 8/10: je mange des légumes grillés comme ça au moins deux ou trois fois par semaine tellement c’est rapide à faire et bon (j’adore le maïs frais, c’est ma découverte de l’été!), et la viande était bonne, pour de la viande, et la crêpe de patates était mangeable mais pas extra. Comme les symptôme de la listériose peuvent mettre des semaines à faire surface, il se peut que je développe la maladie dans quelques jours… Tiens, d’ailleurs, les premiers symptômes ne sont-ils pas une migraine et des nausées?

25 comments

  1. Un tournedos ?

    en tout cas elle a l’air très moelleuse cette crèpe de pommes de terre, là 😀 .

    Et puis des dindes de 17ans, rholala… j’imagine l’enfer que tu as du vivre puisque quelquepart, c’était le retour aux pires moments de l’adolescence avec le conformisme, la peur du rejet et du pointage du doigt par le groupe… alors que bon, quand on l’a déjà vécu une fois, ça ne donne pas très envie de recommencer :D.

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  2. Anne, comme nous on a une jolie petite épidémie de listeriose, ici, en ce moment (15 morts aux dernieres nouvelles), c’est un peu ce à quoi tout le monde pense… Mais bon, c’est surtout avec les viandes froides donc ça devrait aller 🙂

    Jérôme, j’ai oublié de dire que dessous, juste pour toi, il y a plein de broccolis 😉

    krysalia, peut-être qu’en français c’est un tournedos mais en anglais c’était autre chose, darnit! Quant à la crise des 17 ans, j’avais jamais connu ça, moi, j’avais jamais vécu ce genre de vie, donc c’était marrant… un moment 😉

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  3. oh alors ça t’a fait l’expérience en effet, mais bon… je te confirme que cette ambiance adolescente et cette pression terrible, c’est tout à fait comme toi avec la country, ça va bien 10mn quoi 😀

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  4. C’est marrant parce que la fac en France (enfin celle de lettres d’il y 15 ans, j’ignore s’il en est toujours ainsi) c’est plutôt le moment où on cherche à tout prix à sortir de la masse et à cultiver son identité propre 😀

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  5. Dr. CaSo

    En reponse a heidi et Mahie: ben pas aux Etats Unis! Aux Etats Unis, la fac c’est le moment ou on peut enfin faire comme tout le monde, maintenant qu’on n’a plus les parents sur le dos. Et pour moi qui n’ai jamais fait comme tout le monde pendant mon adolescence, c’etait une excellente experience.

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  6. Fabulous Fabs

    Bonjour! Les crêpes de pommes, ce serait pas des latkes par hasard? Et le steak en question un steak de surlonge (surloin steak)?
    Même si c’est 14h40 ici et que j’ai déjà mangé, je mangerai bien une petite crêpe de pommes de terre avec de la crème sûre!!!!

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  7. Dr. CaSo

    Ahhhhh, merci Faboulous Fabs! Ce sont bien des latkes. Le surloin c’est possible… mais pas sur 🙂

    elPadawan, en realite ca ne m’a pas vraiment empeche de sombrer dans la folie… 😉

    Mahie, genial 🙂

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  8. Et moi qui vais bientôt au lit: juste de voir cette magnifique photo, j’en salive! Ta présentation dans l’assiette est digne des grands chefs, pour ne pas dire de Rochat!

    Je crois bien comprendre ce sentiment d’avoir bien envie de ne plus se faire dire que l’accent qu’on a est sooo cute 👿 J’en suis là certains jours 🙄

    Puis se fondre dans la masse où qu’on soit ne peut que devenir dramatique… pour soi.

    Par contre, et j’insiste: d’avoir réussi l’exploit 😎 est hautement formateur non?

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  9. catherine

    j’ai entendu parler de l’épidémie de listériose qui sévit au Canada et en particulier dans l’ontario à la radio et à sur France2! avec reportages, mapple leaf ( ??) etc.. si c’était en France, le ministre de la santé aurait déjà sauté!! ( non, je plaisante à peine..)
    sinon j’ai bien aimé tes premières expériences américaines! que ne fait on pas pour se fondre dans la “masse”!!

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  10. Moi qui suis un vrai raton laveur, j’ai toujours du mal à imaginer que l’on ne se lave pas, mais parfois, en discutant avec des copains, je découvre qu’ils ne se lavent que très rarement et du coup me dis que peut être la réputation des français n’est pas infondée.
    SInon pour l’accent ce qui m’a frappé c’est que tu n’as pas du tout l’accent américain ou canadien ou suisse (et pourtant le suisse est particulièrement chantant) – Je comprends assez cette prime envie de vouloir s’intégrer par n’importe quel moyen, et sans doute que cela t’a appris pas mal de chose pour mieux les digérer et ,ensuite, reprendre ta vraie nature tout en pouvant comprendre ce pays où tu avais décidé de vivre.

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  11. Valérie, je dois avouer qu’il me suffit d’un petit trajet dans le métro parisien pour me rendre compte que la réputation des français n’est effectivement pas entièrement infondée… mais il faut dire qu’avec l’obsession nord-américaine pour la propreté, c’est facile de voir (sentir!) les différences.

    Moukmouk et Alcib, merci de me traiter de folle, ça fait du bien de temps en temps 😉

    catherine, oui c’est bien Maple Leaf, qui a fermé son usine et on ne sait pas quand elle rouvrira. Hier, le directeur de Maple Leaf a bien expliqué que l’épidémie était de sa faute et non de la faute du gouvernement, et qu’il était sincèrement désolé et tout et tout! Ce que je trouve intéressant… mais je pense que c’est grace à la très négative attitude des gens de l’usine de propane qui a explosé (aucune communication publique, aucune excuse, etc.) que le mec de Maple Leaf “sait” que seule une attitude très positive et beaucoup de communication et d’excuses le sauveront.

    !Béo! c’était effectivement une expérience très enrichissante et qui m’a ouvert les yeux sur beaucoup de choses intéressantes dans ce pays 🙂

    Jérôme, le rösti c’est pas une crêpe si bien formée, ce sont des latkes 🙂

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  12. Je me rappelle qu’au college, tous le monde s’amenait avec des T-shirts “proud to be an American” (c’était juste après le 11 septembre). Alors, en franchouillard rebelle, je me suis amené tous les jours aux cours avec une chemise parfaitement repassée pour ne pas me fondre dans la masse.
    Remarque, maintenant que je suis en Suisse, je porte presque tous les jours des T-shirts et je ne les repasse jamais.

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