c'est pas moi je l'jure!

you could make this place beautiful

Je suis pas mal drunk ce soir, mais je viens de regarder Madam Secretary, et c’est un épisode qui m’a interpelé parce que pour une fois, tout n’était non seulement pas rose, mais c’était vraiment moche, vraiment vraiment moche.

Ce matin je suis allée au boulot pour écrire quelques lettres de recommendation et remplir quelques formulaires et bidules importants, et je ne sais plus comment (pardon, j’ai un peu bu ce soir), je suis tombée sur le poème Good Bones de Maggie Smith:

Life is short, though I keep this from my children.
Life is short, and I’ve shortened mine
in a thousand delicious, ill-advised ways,
a thousand deliciously ill-advised ways
I’ll keep from my children. The world is at least
fifty percent terrible, and that’s a conservative
estimate, though I keep this from my children.
For every bird there is a stone thrown at a bird.
For every loved child, a child broken, bagged,
sunk in a lake. Life is short and the world
is at least half terrible, and for every kind
stranger, there is one who would break you,
though I keep this from my children. I am trying
to sell them the world. Any decent realtor,
walking you through a real shithole, chirps on
about good bones: This place could be beautiful,
right? You could make this place beautiful.

En le lisant, je me suis rappelée avoir lu ce poème pour la première fois le 10 novembre 2016, après l’élection présidentielle américaine, dans un email envoyé par des directeurs de centres d’aides aux étudiants qui se faisaient beaucoup de soucis à propos de la personne qui venait d’être élue et du futur de leurs étudiants, surtout les étudiants internationaux.

Et puis je me suis rappelée que je l’avais imprimé et collé sur la porte de mon bureau–j’ai vérifié, il y est toujours.

Ce soir, j’ai bu un peu d’alcool parce que j’aime ne plus être capable de penser au monde qui peut être parfois cruel et injuste. Je sais que ce n’est pas très malin mais j’ai vraiment besoin de ne pas penser pour être capable de continuer à vivre en ce moment. Et donc un peu ivre, je regardais un épisode très triste de Madam Secretary, quand à la fin de l’épisode un des personnage a cité ce poème de Maggie Smith que j’avais justement retrouvé ce matin.

… Life is short and the world
is at least half terrible, and for every kind
stranger, there is one who would break you,
though I keep this from my children. I am trying
to sell them the world. Any decent realtor,
walking you through a real shithole, chirps on
about good bones: This place could be beautiful,
right? You could make this place beautiful.

… You could make this place beautiful.

C’est un poème qui m’est important parce que j’ai des nièces et des neveux.

10 comments

  1. C’est un poème qui t’est important parce que tu as des nièces et des neveux, et que tu les aimes, et qu’il faut continuer… il faut des “fous”, des “éclairés”, des gens qui continuent d’y croire, des gens qui pensent hors du cadre… parce que c’est eux qui font avancer le monde (en vo, c’est mieux: “Here’s to the crazy ones. The misfits. The rebels. The troublemakers. The round pegs in the square holes. The ones who see things differently. They’re not fond of rules. And they have no respect for the status quo. You can quote them, disagree with them, glorify or vilify them. About the only thing you can’t do is ignore them. Because they change things. They push the human race forward. And while some may see them as the crazy ones, we see genius. Because the people who are crazy enough to think they can change the world, are the ones who do.” Rob Siltanen)

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  2. Petite, je ne voulais pas avoir d’enfants car je ne voulais pas qu’ils connaissent la fin du monde. J’imaginais que la terre exploserait et je voulais leur épargner ça (Albator & Goldorak ont dû me traumatiser !). Je crois que la fin du monde est là mais se présente différemment…
    Ces deux dernières années je m’étais coupées des médias pour ne plus lire les nouvelles qui m’angoissaient. Aujourd’hui, le monde est encore plus moche, mais je vais mieux; je peux à nouveau apprendre ce qu’il se passe sur cette terre sans être terrorisée.

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  3. Geneviève

    Parfois, cette angoisse du monde dans lequel j’ai déposé mes enfants m’étreint et m’empêche de penser moi aussi. Merci de m’avoir fait découvrir ce poème qui ne me touche pas particulièrement par son style, mais qui me parle très près par son contenu : c’est exactement ça que signifie avoir la responsabilité de jeunes âmes. Savoir que le monde est loin d’être idéal, et que l’avenir s’en éloigne peut-être encore plus… mais ne pas transmettre cette “sagesse” à ceux dont on a la charge, car nous aussi, nous avons nourri cette illusion à un moment donné — avant de découvrir que le monde était moche — que nous pourrions changer les choses. Alors il faut leur laisser cet espoir-là. Parce que certains d’entre eux, que dis-je, de très nombreux gens aujourd’hui essaient, à leur échelle, de changer les choses, et ils arrivent à y croire parce que leur âme d’enfant n’a pas été détruite par cette angoisse de la génération précédente. Au fond, c’est ça ma consolation : ils sont bien plus résilients qu’ils n’en ont l’air, et le monde que nous voyons tourner de l’oeil, ce sera le leur, et ils sauront s’y couler. En tout cas c’est l’espoir que je nourris…
    Des câlins pour toi, Dr.

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    • J’admire les gens qui sont assez fous pour avoir des enfants! Il faut une sacrée foi dans la bonté du monde et la force des enfants, et je ne crois pas que tes enfants vont “s’y couler” dans ce monde, mais plutôt le secouer, ou lui botter les fesses 🙂

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  4. alcib

    Rupert, qui ronfle encore au moment où je lis ton billet, ne connaît pas ce poème, mais je n’ai pas pu m’empêcher de penser à lui qui croit sans doute que le monde n’est fait que des gens qui l’aiment…
    Il ronfle depuis près de quatorze heures car la canicule d’hier, aussi subite qu’heureusement éphémère, l’a épuisé, d’autant plus que, pendant un moment, il a joué au ballon avec quatre jeunes au début de l’adolescence, plein d’enthousiasme (si bref soit-il) et d’énergie ; à un certain moment, j’ai dû interrompre leur jeu car Rupert, qui ne connaît pas ses limites, risquait l’arrêt cardiaque… C’est aussi cela, être responsable de ceux que l’on aime : savoir interrompre leurs plaisirs afin de préserver leur santé et leur vie.
    Il lui a fallu quelques heures pour rétablir sa température et stabiliser sa respiration… et il est allé dormir sans manger,

    Il faut savoir résister à cette autre forme de terrorisme qui consiste à nous marteler que le monde est pourri et que cette vie ne mérite que d’être abrégée. Sans oublier le côté noir des gens et des choses, je pense qu’il faut savoir souvent s’intéresser surtout à leur aspect lumineux.
    Il y a quelques jours, je me suis désabonné de quelques organismes dont je recevais presque quotidiennement des messages catastrophiques sur la nature, les animaux, illustrés d’images à lever le coeur… Je sais qu’il faut continuer de dénoncer la barbarie, la torture, etc. Mais il faut aussi savoir se protéger contre l’empoisonnement à l’information.

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    • Je suis d’accord avec toi, c’est pour ça que je ne vais pratiquement plus jamais sur Fesse de Bouc, ça m’empoisonnait trop le moral. Quant à Rupert et Calinette, ils ont la chance de ne connaître que ce monde rempli de gens qui les aiment. Je fais souvent des câlins à Calinette en lui disant qu’on envoie ces câlins à tous les animaux qui souffrent et qui n’ont pas sa chance…

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Merci pour vos commentaires que j'adore :)

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