c'est pas moi je l'jure!

ne chantez pas la mort

On n’aime pas y penser et on n’aime pas en parler, de la maladie, de la mort, de la souffrance, de la vieillesse, de la solitude… On se sent triste mais en même temps on on n’est pas trop confortable, on a un peu peur même, au fond de soi, et on ne sait pas trop quoi dire…

C’est normal. Il y a tellement de choses terribles qui se passent dans le monde à chaque instant de chaque jour qu’on a l’habitude de tout faire pour y penser le moins possible, sinon on deviendrait fous. Et même si ça peut paraître égoïste, je comprends que notre cerveau ne nous permette pas de ressentir entièrement la peine ou la souffrance d’autrui, parce qu’il y en a tellement autour de nous (en plus de la nôtre) que ça nous paralyserait. Il vaut mieux se concentrer sur le positif, la vie, les gens qu’on aime, les bons moments, les petits bonheurs, parce qu’après tout il faut profiter de la vie!

On est aussi incapables de répondre adéquatement à l’émotion et aux besoins que quelqu’un ressent lors d’événements difficiles tant qu’on ne l’a pas vécu soi-même. Les “je pense fort à toi” et les “j’aimerais pouvoir t’aider” sont le mieux qu’on sait faire. Cela peut paraître bien peu pour le bénéficiaire, mais je crois sincèrement que le commun des mortels ne peut pas faire beaucoup plus que ça. On est tous pris par le tourbillon de nos vies et nos soucis personnels et le temps qui passe trop vite.

Par exemple quand une de mes amies est malade ou me raconte une histoire tragique, je suis sincèrement triste pour cette personne, je dis que je suis désolée et c’est la vérité, et je dis aussi “n’hésite pas à me contacter si je peux faire quoi que ce soit pour toi.” Parfois j’essaye d’apporter un repas à cette amie ou d’enseigner son cours pour qu’elle se repose, mais c’est à peu près tout ce que je peux ressentir et faire.

Je me sens quand même stupide d’avoir écrit sur le blog d’un ami, il y a trois ans, “je suis désolée pour ta maman, Alzheimer est une maladie vraiment terrible!” et puis aujourd’hui, de retourner lire toutes les pages de blog où cet ami parle de sa mère et maintenant, maintenant seulement, je commence à comprendre et j’ai envie d’aller rendre visite à sa mère avec lui puis de le prendre dans mes bras et de pleurer avec lui.

24 comments

  1. Je crois en effet avec toi qu’on ne sait pas vraiment tant qu’on n’a pas vécu la chose… et il y a en plus tous les filtres devant ses propres yeux, filtres développés par notre propre vie.
    Par contre, pour en avoir bénéficié plus d’une fois, j’ai vraiment ressenti les pensées des autres, comme ça m’a portée à certains moments difficiles. Les mots d’encouragement, le soutien, la présence, cet accompagnement, même lointain, ont un pouvoir, j’en suis certaine. Même s’ils ne changent pas la situation.
    Vivre une horreur dans la solitude ou la vivre en étant bien entouré/e, c’est pas la même chose!
    Je t’embrasse

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  2. Blanche

    Avant le décès de ma mère, je disais “sincères condoléances”, mais c’était des mots conventionnels, attendus, creux de sens pour moi. On comprend mieux une fois qu’on a vécu le drame.
    Mais je suis d’accord avec toi, si on pense à toute la misère du monde, pollutions, radioactivités, réchauffement climatique, on ne peut pas vivre. On y pense donc dans le meilleur des cas, en pointillés, et on essaie de faire des choses à son petit niveau (économie de l’eau, baisse d’un ou deux degrés de chauffage, tri sélectif,…), on essaie aussi de faire de l’associatif pour aider.

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  3. Les mots sincères ont de la valeur j’en suis persuadée.
    Je suis hyper émotive et j’ai une très grande imagination donc si je ne me protégeais pas, je ressentirais beaucoup trop de souffrance qui ne m’appartient pas. Si tu comprends mieux ce qu’a vécu ton ami, c’est peut-être parce que ta protection a sauté sur ce sujet.
    Des bisous…

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  4. moi aussi j’ai beaucoup changé lorsque mes enfants ont eu de graves problèmes de santé, alors je peux comprendre tout ce que tu écris, et même penser comme toi..tu vois, tu n’es pas la seule, et ce que tu écris à propos de ton ami et de sa maman est profondément triste.
    grosses bises

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  5. Tu as tristement raison. Que pouvons-nous faire d’autre que de dire des mots de consolation, d’offrir un giga câlin, de verser des larmes avec l’ami/e qui souffre… mais même si on peut ressentir, il est quasi impossible de faire plus sinon d’être présent pour l’autre.
    Je suis très empathique, très très sensible donc, je me dois de me renfermer bien souvent car c’est trop douloureux d’être avec les gens. Nous vivons dans un monde de fous où il y a beaucoup de souffrance, de violence, de peine et de terreurs. Il y a aussi des moments d’une grande beauté où les énergies des gens se ramassent en une boule d’amour et d’amitié et d’entraide… mais ce n’est qui si sporadique, de si courte durée.
    Mon ami commence à faire de l’Alzheimer et c’est très pénible et aussi très irritant car c’est une toute autre relation de vie et ce n’est pas du tout évident… et ça fait peur aussi. Ça réveille des émotions très profondes… de voir une personne qui a été si active toute sa vie, si aimante… une personne qui a vécu des périodes de bonheurs intenses mais aussi beaucoup plus de périodes de détresses sans fonds et maintenant, leur cerveau efface petit peu par petit peu tout ce qui a été cette personne, comme gommé par l’efface d’un dessinateur fou. Elle meurt à petit feux à notre monde mais pourtant continue de vivre mais si loin dans son monde à elle, un monde inconnu.
    C’est pas facile de vivre à travers ça mais on n’a pas le choix, n’est-ce pas? Alors, faut faire avec du mieux que l’on peut.
    Je t’envoie un GWOS câlin.

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    • Je pense que toutes les maladies sans possibilité de guérison sont particulièrement cruelles parce qu’on sait dès le départ qu’il ne sert à rien de se battre. Et les maladies où la personnalité des gens qu’on aime change sont… déchirantes… non seulement ça ne sert à rien de se battre mais ça ne sert à rien d’essayer de comprendre quoi que ce soit! Tout n’est que chaos et destruction. Je comprends ta peine pour ton ami. Grosses bises!

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  6. Le sujet de ton billet est plus que délicat, difficile… Mon avis est qu’à partir du moment où on est sincère tout passe, maintenant tout est dans le niveau de relation qui existe entre les êtres où le “message” s’adresse. (je ne sais pas si je suis très clair là)
    En ce qui me concerne je crois pouvoir souhaiter la solitude dans un moment où je souffre.

    Bleck

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  7. Je ne me souviens pas vraiment des conséquences de la maladie d’Alzheimer pour ma grand-mère: sans doute pour me protéger, j’ai occulté (comme je l’ai fait ensuite pour l’enterrement de mon grand-père). Je peux juste te dire qu’à te lire, je n’ai pas envie de devoir connaître la même chose que toi; et je ne peux t’offrir qu’une imparfaite sympathie…

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    • J’avais 16-17 ans quand mon grand-père avait Alzheimer, et je me souviens qu’il ne me reconnaissais plus et qu’il voulait toujours “rentrer à la maison” mais c’est à peu près tout. Heureusement, peut-être! Et les sympathies imparfaites ne le sont jamais (imparfaites) tant qu’elles sont sincères 🙂

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  8. Wam

    Évidemment, les mots me manquent.
    Mais je rejoins les autres commentaires : la sincérité prime. Je vois ca non comme des mots creux mais comme une main tendue.
    Et je me souviens aussi de la réaction d’une copine, alors qu’on parlait de je ne sais plus quoi (probablement de nos vie de famille compliquées), avec l’air d’énoncer une évidence “dans la vie , au fonds, on est TOUJOURS SEUL, non” . Je ne sais pourquoi, cela m’a interpelé et me donne encore à réfléchir.
    Mes propos sont décousus. Désolée.
    Tu as toute une communauté qui te soutient, bien que largement impuissante. Moi comprise.

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  9. Mel

    Je trouve les mots, les gestes et les pensées de soutien des autres réconfortants dans les périodes difficiles. Personne ne peut vivre les choses à notre place, mais savoir qu’on pense à nous, qu’on se soucie de nous, peut vraiment aider. C’est ainsi que je vois les choses, en tout cas. Et même si je ne peux pas imaginer ce que c’est que d’être confrontée à la maladie d’Alzheimer, je sais ce que c’est qu’avoir un proche atteint d’une maladie grave. Je pense à toi ! Big hugs !

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  10. ne pas chanter la mort, non, ne pas tant lui consacrer. Elle aura le dernier mot alors ne pas laisser son aura noire et visqueuse submerger le vivant et l’engloutir. Ce n’est pas facile de trouver les mots qui reflètent sa sincérité, pourtant ces mots si courus, quand ils ont un accent de vraie humanité, sont une main tendue pour que la personne en deuil puisse s’accrocher à la vie.

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  11. samantdi

    Il est difficile de comprendre ce que l’on n’a pas vécu et en même temps, personne ne vit les deuils, les épreuves, de la même façon. Cet été, quand j’ai perdu ma chère Nini, j’ai été très triste mais peut-être moins que ne le croyait une de mes amies qui, elle-même très attachée à ses chats, m’a dit en avoir perdu le sommeil et avoir eu les larmes aux yeux chaque fois qu’elle pensait à moi. Il lui semblait qu’elle ne pourrait jamais faire face à cette perte.
    Pour ma part, ces dernières années, j’ai dû affronter des deuils successifs et même si le chagrin est là, je suis dans l’état d’esprit que le malheur ne pourrira pas ma vie. Je veux bien lui faire une place mais pas toute la place.
    Je suis avec toi par la pensée dans cette épreuve même si j’ai eu la chance de ne pas avoir à subir la lente perte de conscience de mes proches. Je ne sais pas ce que tu vis, ce que je sais, c’est seulement que je t’envoie mon amitié ! Que le viaduc de Millau soit un pont symbolique pour franchir le malheur.
    Je t’embrasse !

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