c'est pas moi je l'jure!

parler une autre langue, entendre d’autres bruits, goûter à d’autres fruits, vivre d’autres légendes

Je ne possède vraiment rien de précieux, à part cette croix huguenote que mon arrière-grand-mère m’a donnée il y a très longtemps. Mais ce n’est pas “précieux” dans le sens que ça n’a pas influencé ma vie.

Depuis quelques jours, je trie et déchiquette des milliers de papiers accumulés depuis mon arrivée aux Etats Unis en 1995 (j’ai acheté une déchiqueteuse commerciale et déjà rempli huit sacs de 30 litres) (mais je garde cartes postales et lettres, bien sûr).

Et parmi ces milliers de papiers que je trie, je tombe régulièrement sur deux types de documents: des photos de voyages avec ma tante, et des cartes postales du monde entier envoyées par ma tante.

Ma tante et marraine est la soeur de mon père. Je pourrais écrire trois livres sur elle donc ce post sur un seul petit aspect de notre relation ne lui fera pas justice, mais elle m’a offert quelque chose de très précieux: le monde.

C’est grâce à elle que j’ai pu tant voyager depuis toujours. C’est elle qui m’a offert mon premier long voyage (Paris-San Francisco, en première classe) quand j’avais 17 ans! Ce voyage a été “fondateur” du type de voyage qui allait devenir une habitude pour nous deux pendant les 30 années suivantes: on prend l’avion (si possible en classe affaires mais ça devient rare), on loue une voiture sur place, et on se balade d’hôtels de luxe en hôtels miteux pendant plusieurs jours. Elle aime prendre “les petites routes,” on aime bien manger, j’aime les lits confortables, on sait profiter des petits boui-bouis et des choses simples, on adore écouter les piano puzzlers de NPR, et je crois qu’on aime bien conduire pendant des heures et des heures et des heures.

On n’a jamais vraiment fait de voyages exotiques (comme le Japon ou l’Afrique du Sud), à part peut-être Hawaï, pour fêter nos 100 ans (elle 60, moi 40), mais on a visité beaucoup de coins superbes: la côte ouest des Etats Unis, Chicago, les grands parcs américains, New York, le nord-est américain, le Texas, le Québec, les dinosaures albertains, Vancouver et Victoria, Kelowna, l’Islande, Banff et Jasper, Las Vegas pour fêter mes 20 ans en Amérique du Nord, et, plus récemment, Whistler.

Je voyage souvent seule, maintenant, mais je pense que c’est grâce à elle que je n’ai jamais eu peur de prendre l’avion, de louer une voiture, de me débrouiller n’importe où, et de partir à l’aventure. Au début, je dépendais entièrement d’elle pour tout organiser, tout payer, conduire seule, et s’occuper de tout sur place, mais avec le temps, on partage mieux les tâches et les coûts, même si elle est toujours aussi généreuse. Là où je l’ai un peu dépassée, depuis quelques années, c’est en anglais, mais bon, quand on était en Islande ça n’a pas été très utile!

Elle a travaillé comme médecin à Air France et j’ai donc pu profiter pendant longtemps de billets peu chers et même de surclassements bien agréables de temps en temps. Le personnel navigant me disait toujours “ahhhh votre tante, qu’est-ce qu’on l’aime, elle est tellement gentille et patiente et généreuse!” Et je répondais toujours “ahhh ça je sais, croyez-moi! Je suis bien consciente de la chance que j’ai!”

Les gens qu’on aime #15: quelqu’un qui nous a donné quelque chose de précieux

32 comments

  1. Le début de ce billet m’a trop rappelé mon ancien travail et je n’ai pas pu réfréner un “eh merde”
    (d’ailleurs un vieux réflexe n’a pas pu m’échapper tu es équipée comme tous les exigeants, d’un modèle en coupe-croisée, du travail de pro)
    Une petite réflexion quand à ce que tu qualifies tes voyages, tu précises qu’il n’étaient pas “exotiques” et ce n’est pas la première fois que je note ça chez toi. Nous n’avons pas la même définition de “l’exotique” en ce qui me concerne l’exotisme ce n’est pas forcément un trip au Bénin, ça peut être au coin de la rue pourvu que je change mes habitudes.

    Bleck

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    • Haha, je te dis, une déchiqueteuse commerciale qui fait un boulot d’enfer 😀
      Je suis d’accord avec ta définition d’exotique, je veux peut-être dire “loin” plutôt… mais pour moi, le Japon est quand même plus exotique que Red Deer!

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  2. Quel magnifique portrait et hommage ! Çà renforce tellement les liens de voyager avec quelqu’un…
    Tout ce que tu dis concernant les voyages : flâner, se laisser porter, découvrir des coins paumés non touristiques, entrer dans des bouibouis, c’est absolument TOUT ce que j’aime…purée ce que çà me manque, j’en ai les larmes aux yeux. Je suis sûre qu’on s’éclaterait à voyager touteq les deux.
    Merci pour ce super billet.
    Gros bisous !!!

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  3. La zia

    Coucou, ici la zia. Et non, ce n’est pas de moi dont parle Dr. CaSo, moi je suis du côté maternel. Bel hommage à cette zia du côté paternel. Non, je n’ai jamais voyagé avec Dr. CaSo ou plutôt si, nous faisons parfois un autre type de voyage, favorisé par le décalage horaire, quand j’ai besoin de son soutien moral et que l’Europe est dans la nuit.

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  4. Bleck

    # 15
    Jean m’a donné des tas de choses précieuses mais je ne vais pas faire toutes la série des “gens que j’aime” sur tonton Jean ou mes parents, ce serait si facile.
    Maryse, j’ai aimé Maryse. Maryse vivait avec Eric un chic type (les Eric sont des mecs assez formidables, il faut bien le reconnaître)
    Je rencontre Maryse à l’improviste à la brasserie du Commerce rue françois la Vieille à Cherbourg, on est en hiver 79 ou 80 à l’époque j’y passe quasiment chaque soir histoire de voir qui y traîne… Maryse me propose rapidement de l’accompagner à un concert ce soir elle a deux places et Eric est en mer, il convoie un voiliers vers un port Anglais, ce n’était pas prévu mais pas question de refuser une poignée de billets.
    Ok bien sûr c’est sympa, mais on va voir qui ?
    “Hubert Félix Tiéfaine”
    … … … qui ça ? C’est quoi ça ?
    Je connais pas non plus, mais ma grande frangine qui est en fac à Rennes l’a vu en concert dans un amphi… bon, tu viens ou pas ?!?
    C’est grâce à Maryse que j’ai déboulé dans l’univers de Tiéfaine (à l’époque on disait Hubert Félix Tiéfaine impérativement) il était accompagné par des furieux qui s’appelaient Machin. La dernière fois que je suis allé applaudir ce type c’était l’année dernière un spectacle incroyable auquel Paul mon fiston m’a convié, il faut dire que pour ses 18 ans nous étions allés dans un festival où l’auteur de “mathématiques souterraines” était une des vedettes… tout ça grâce à Maryse.
    Maryse ?? Maryse était élève infirmière, très peu de temps après une soirée que je n’oublierai jamais, Maryse est tombée malade, cancer foudroyant, la petite Maryse a été emportée en quelques mois.

    Bleck

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  5. wam

    #15: quelqu’un qui nous a donné quelque chose de précieux
    Quelque chose de précieux… Je ne parviens pas à me représenter quoique ce soit de précieux légué par qui que ce soit…
    Sauf, ce que m’ont légué mes parents, qui ont fondé ce que je suis. C’est précieux, non ?
    Ils m’ont expliqué, qu’il avaient bien conscience qu’ils ne pourraient pas me transmettre une fortune, des biens, un réseau, un nom. En revanche, ils ont tout fait pour transmettre une éducation et le gout pour la culture. Mes 2 parents et en particulier mon père sont des transfuge de classe. Ils ont fait des études supérieures. Mais mon père, donc, était destiné à arrêter ses études à la fin de l’école primaire, pour rentrer en apprentissage et être ouvrier. Il n’a pu continuer que grâce à ses bons résultats scolaires, l’insistance des instituteurs et de ses frères et sœurs beaucoup plus âgés et conscients de la chance que cela représentait. Donc, mes parents ont tout fait pour que j’étudie, aie de bonnes notes, aille le plus loin possible dans mes études. Ils ont tout fait pour que je me cultive : voyages, expositions, musées, lectures, abonnement à la bibliothèque, cours de piano, séances de théâtre de la télé, musique classique exclusivement. Et placer l’humain au cœur de notre vie. Insister sur ce point encore et encore. Priorité à l’humain. Priorité aux vivants.
    Par ailleurs, mon père élevé chez les scouts et pratiquant la voile [SANS moteur, c’est un puriste] m’a sensibilisée à l’importance du rangement et de l’optimisation de l’espace. Parce que sur un bateau, il faut pour des raisons de sécurité « une place pour chaque chose et chaque chose a sa place ». On ne peut se permettre de chercher quoique ce soit pendant une manœuvre. Et un bateau, c’est petit. Donc, il faut optimiser l’espace. De même, il m’a initié au matelotage. Je connais le nom et l’usage des nœuds principaux : les clés et nœuds de cabestan, le nœud de chaise, le noeud de tension à galère, les brelages et autre nœuds plat et nœud de vache. Et, si je ne sais pas les faire, je sais les retrouver sur le net, maintenant. J’ai une pensée pour lui à chaque fois que je suis amenée à utiliser un peu de matelotage (le week end dernier : un brelage pour fixer une planchette sur la tête de lit de ma fille afin qu’elle clipse sa lampe de chevet, le montant de la tête de lit étant trop épais pour la pince de son spot). Enfin, et parce que il a aménagé en camping car les véhicules successifs que mes parents ont achetés, et parce qu’ils ont acheté une maison de vacances à retaper, j’ai des bases de bricolages : peinture, perceuse, un peu de menuiserie. Dans les faits, je ne bricole pas. Je n’ai pas le temps, ni l’énergie. Mais il m’arrive de faire de menues choses, malgré tout.
    Ma maman, très classiquement, m’a transmis, je crois, la sensibilité au bons petits plats, et à l’équilibre alimentaire. J’aime cuisiner, j’aime expérimenter, j’aime bien nourrir ma famille. Mes cousins louent les talents de cuisinière de ma mère. Et il parait que je me débrouille. La diététicienne qui m’a suivie un moment (oui, parce que j’aime manger aussi. Ca se sent sur la balance au bout d’un moment) était contente de voir que je pigeais vite les concepts.
    Donc, merci à mes parents d’avoir fait de moi grandement ce que je suis, quelqu’un de bien, je crois. Et d’avoir su transmettre tout ce qu’ils pouvaient.

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  6. Pingback: love is | c'est pas moi je l'jure!

  7. Celine de Belgique

    #15: je crois que le bien le plus précieux que l’on m’ait offert, c’est la vie. Et alors oui qui me l’a offerte, c’est ma maman.
    Pas très original, mais ma maman est une personne que j’admire beaucoup, qui est très forte, un rock et qui pour l’instant a du mal à accepter que ce rock faiblisse. Elle nous a toujours soutenu dans nos choix, nous a aidé à prendre nos décisions, peu épaulée car mon papa avait de larges horaires de travail. Elle a appris à faire seule et ne pas demander d’aide, à être l’organisatrice. Et c’est pour elle un cap difficile maintenant de devoir demander de l’aide et de baisser les bras devant la charge d’organiser les choses. Cela m’attriste et m’éloigne d’elle en ce moment (surtout que nous sommes séparées par des frontières).
    Mais elle est un modèle de maman pour moi dans beaucoup de domaines. Et je suis fière de pouvoir lui ressembler ! Bisous maman!

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  8. Geneviève

    Bon, j’ai dû réfléchir longtemps pour celle-là… Et je n’arrive pas vraiment à me décider. Mon père m’a offert deux-trois très beaux cadeaux : un cheval chinois antique en bronze, une montre-bracelet suisse qui rend tout le monde jalouse… Mon grand-père m’a aussi offert mon premier collier de perles, à 16 ans. Je le porte encore aujourd’hui, avec beaucoup de plaisir et un petit clin d’œil intérieur à ma grand-mère, qui trouvait que porter des perles ça amène le malheur (perles = larmes, ne me demande pas d’où ça sort…)
    Mais je dirais que c’est justement cette grand-mère qui m’a donné ce que je crois avoir de plus précieux : le goût d’écrire. Elle et moi on s’est échangé des centaines de cartes postales, lettres, puis emails.
    Elle adorait écrire elle-même et le faisait très bien (il reste des dizaines de doubles carbone de lettres qu’elle a envoyées pendant sa vie, certaines sont à mourir de rire), et elle me répondait TOUJOURS, au contraire de la plupart de mes autres correspondants. Et des longues lettres ! On y mettait tout notre cœur toutes les deux. D’ailleurs elle écrivait à chacun de ses petits-enfants avec le même entrain — mais c’est moi, apparemment qui lui répondait le plus, donc avec qui elle avait la relation épistolaire la plus proche.
    Dans les années avant sa mort, elle s’est appliquée à rassembler et ranger toutes les missives qu’elle avait reçues, par personne. Quand son appartement a été vidé et ses affaires distribuées, il y avait une petite pochette pour chacun, avec cartes, lettres et emails qu’on avait pu lui envoyer.
    Sauf pour moi. Moi j’avais un classeur complet de plusieurs kgs de papier ! C’est drôle d’y remettre le nez de temps en temps. Je me vois autrefois, je vois mes enfants grandir…
    C’est pour elle que j’écrivais mon blog. Je m’en suis aperçue lorsque, 2 ans après sa mort, je n’entendais plus sa voix me répondre dans ma tête… tout à coup, j’avais l’impression d’écrire dans le vide et j’ai abandonné, ça me déprimait trop.

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  9. Ma petite croix huguenote à une colombe là ou la tienne à une goutte 😉 qui a du être un peu mordillée on dirait 😉 j’en ai plusieurs mais celle que je porte en ce moment je l’ai trouvé aux puces! Elle est ancienne et plaquée or. Je la montrerai sur mon blog tiens.
    Plus que ta croix c’est ta tante qui est précieuse!
    j’aimerais bien avoir une bonne fée comme elle dans ma vie!
    Bisous

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  10. Pingback: visite des recoins | c'est pas moi je l'jure!

  11. Jenny

    # quelqu’un qui nous a donné quelque chose de précieux : Je n’ai pas trouvé d’exemple pour illustrer ce sujet. Mais en y réfléchissant, une blogueuse qui commente parfois ici m’a un jour donné quelque chose de précieux : un conseil et un nom. En 2009, je suis tombée enceinte (dans des circonstances un peu particulières) et je ne m’en suis rendu compte entre Noël et jour de l’An. Je ne voulais pas de cette grossesse (j’avais 39 ans et n’étais pas en couple avec le père et au vu des circonstances, n’avait aucune envie de l’ être).
    Je suis allée prendre rdv à l’hôpital qui m’a renvoyé vers un laboratoire pour une échographie. Les laboratoires étaient souvent fermés pour les fêtes.
    On m’a prévenu que je devrais faire un premier entretien à l’hôpital (quand j’aurais l’échographie) puis un deuxième une semaine après pour avoir le temps de “réfléchir à mon choix” puis il faudrait fixer une date pour l’oprération. Je devenais dingue à l’idée qu’il em faudrait des semaines avant de pouvoir avorter.
    Bref, mon moral était au plus bas. Ma copine blogueuse m’a alors donné le nom d’un gynéco un peu atypique mais très sympa (connu comme le loup blanc dans la ville où je vis et où cette blogueuse a vécu un temps). Il m’a reçu, fait une écho, dédramatisé (“y’a rien du tout”) et m’a dit de revenir le lendemain pour avoir la pillule abortive. Il m’a dit qu’il se doutai bien qu’à mon âge, je savais ce que je voulais et ce que je faisais. Grâce à ce gynéco, j’ai pu avorter chez moi (avec une amie qui me tenait compagnie) dès le lendemain, début janvier, plutôt que d’attendre dans l’angoisse une opération à l’hôpital.
    Donc, oui, quelque chose de très précieux !

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