c'est pas moi je l'jure!

parlez-moi de vous

J’ai eu une vie vraiment merdique! Non, soyons précis: j’ai eu une enfance dont je ne me souviens absolument plus, Dieu merci, une adolescence absolument abominable, et vie de jeune adulte vraiment difficile mais remplie de moments qui m’ont fait découvrir qu’il pouvait y avoir des bons moments dans la vie.

Mais je n’avais aucune estime de moi-même et je ne pensais pas que j’avais une place, une contribution, dans le monde. Je vivais parce que j’étais obligée de vivre, c’est tout.

Heureusement, quelques personnes ont changé tout ça, petit à petit. Mme Thompson m’a permis de découvrir que j’adorais être prof. Ma psy d’Indiana m’a permis de réaliser que la perception que j’avais de moi-même ne correspondait pas nécessairement avec la perception qu’autrui avait de moi. Mon premier employeur m’a permis de me rendre compte que je pouvais être utile et que j’aimais former puis travailler avec une équipe. Et ma psy d’Alberta m’a donné des outils pour vérifier que ce que je pensais était bien la réalité (ou pas).

Mais au-delà de ma contribution au monde du travail, je crois que c’est ma copine Katrina qui m’a donné ce qui se rapproche le plus d’une explication du destin. Elle, qui a eu une vie extrêmement difficile, m’a toujours dit que pour elle, le but de notre existence est d’aider autrui, de soutenir ceux qui nous entourent, d’être un mentor pour ceux qui se construisent, d’être généreux, d’être quelqu’un qui guide et partage et défend et réconforte et instruit.

Je repense à ça parce que pendant les quelques mois que j’ai passés avec mes étudiants, je les ai très souvent entendus dire “je ne sais pas quoi faire de ma vie.” “Rien ne me tente.” “J’aimerais faire X mais je n’y arriverai jamais.” Etc. Et à chaque fois, je me revoyais, à 15 ans, 20 ans, 25 ans, en train de me dire exactement la même chose.

Comment est-ce que j’ai fini par arriver à faire quelque chose que j’aime faire et qui a de l’importance pour moi? J’ai envie de dire “j’ai eu de la chance” mais en fait pas vraiment. C’est sûr que j’ai eu de la chance d’être née blanche et dans une famille pas trop pauvre, et qui m’a permis de faire de longues études. Mais avec mes problèmes de santé, j’aurais pu ne rien faire du tout de ma vie. Honnêtement, je ne sais pas pourquoi j’ai voulu faire plus. Qui m’a donné l’impulsion de vouloir aller plus loin?

Mais vouloir “aller plus loin” ne sert pas à grand chose quand on ne sait pas où aller, et j’ai vraiment fait n’importe quoi pendant des années. Ce qui m’a sauvée, je crois, c’est que j’ai écouté et suivi les conseils de gens qui savaient de quoi ils parlaient. J’ai fait confiance “aux vieux” qui m’ont dit “deviens prof d’anglais” et “va faire un doctorat à Purdue” et “accepte d’être directrice d’un truc auquel tu ne connais rien.” Là, oui, j’ai vraiment eu de la chance d’être non seulement entourée de gens qui me donnaient des bons conseils, mais aussi de gens qui m’ont permis et aidée à suivre ces conseils. J’ai (très lentement) appris à faire confiance qu’autrui pouvait voir des possibilités en moi que je ne voyais pas moi-même.

Par contre, ce n’est vraiment que grâce à ma psy d’Alberta et ma copine Katrina que j’ai pu mettre des mots précis dans la case “but de ma vie.” Ma mission, ma raison-d’être, mes valeurs, mon rôle, ma vocation, mes qualités, professionnellement et personnellement, et mon unique raison de vivre. Et c’est seulement vers 40 ans que j’ai découvert ça! Quand on a 20 ans, 40 ans semble si loin! Comment donner de l’espoir à un jeune de 20 ans qui dit “je ne sers à rien et je ne sais pas quoi faire de ma vie,” à part répéter, répéter, répéter les mêmes encouragements et les mêmes histoires remplies d’optimisme et les mêmes conseils qu’ils ne suivront probablement pas?

19 comments

  1. Comment donner de l’espoir à un jeune de 20 ans qui dit “je ne sers à rien et je ne sais pas quoi faire de ma vie” ? Ben être présente, à son écoute, l’encourager et l’aider à voir son potentiel. J’aurais aimé avoir quelqu’un qui m’aide à voir mes compétences. J’ai surtout entendu que je n’étais pas assez “bonne” ou que faire “ça” serait trop compliqué pour moi. Des études ? Surtout pas, manque de capacités. J’ai fini par intégrer que j’étais nulle et enchaîné les jobs que j’ai détestés.

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  2. Isabelle

    Vous avez le feu sacré. Vous êtes une de ces “bonnes personnes”, même si vos étudiants ne mesurent pas toujours la chance qu’ils ont de vous avoir comme prof. Vos encouragements, conseils, s’ils ne sont pas suivis immédiatement, auront tout de même étés entendus.

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  3. Magali

    Rencontrer les bonnes personnes – celles qui disent et celles qui aident – est fondamental.
    Tout un chacun n’est cependant pas apte à cet apport. Il faut avoir une réserve d’énergie et une volonté certaine pour suivre un chemin qui n’était pas tracé d’avance.
    Tu en es un bel exemple.
    A ton tour tu ne peux aider que ceux qui sont réceptifs et en recherche profonde, quoique tu fasses. L’accepter est aussi un lourd travail.

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  4. La zia

    « Je suis tous ceux que j’ai rencontrés » Edgar Morin. (Tout ce ? Toutes celles ?)
    Pour des jeunes notre rôle est de favoriser des rencontres avec ceux, celles, ce (l’art, la nature, le cinéma….,)

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  5. Tout cela est bien compliqué.
    J’ai du mal a trouvé du sens à ma vie.
    Peut-être que c’est m’entourer de belles choses?
    De belles musiques comme celle de Chopin, de beaux tableaux chez moi ou dans les musées… Des beaux objets plein de vécu que je chine… De belles personnes…
    Donner du sens à ma vie en la rendant “belle”.
    Au travail j’aime être une personne qui apporte de la joie et de l’apaisement, et de l’aide aux jeunes.
    Je suis tellement atterrée par les profs qui passent leur temps à crier sur les élèves, à les faire pleurer, à mettre “des mots” dans leur carnet 😦
    Le sens de ma vie c’est qu’elle soit douce pour moi et que je la rende douce autour de moi.
    Après il y a “les méchants” qui rendent parfois les choses difficiles…

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  6. Kae

    C’est beau de lire que certaines personnes “se trouvent”, tôt ou tard… C’est rassurant de savoir que ça peut arriver; peut-être même à moi, un jour, qui sait? Plus de la moitié (théorique!) de sa vie à la passer à se demander à quoi on sert, quand-même c’est long, et ça lasse. A ne pas douter que je m’y prends comme un manche! ( Mais si nullissime en relations sociales je suis, impossible d’avoir de quiconque un “retour” sur ce que je suis/montre/parais… (soupir).)
    “Je vivais parce que j’étais obligée de vivre, c’est tout.” Cette petite phrase est bouleversante par sa résonance si familière à mon oreille. Je me sens obligée (puisque j’ai échoué à y mettre fin quelques fois) et n’en distingue pas la raison, c’est presque absurde!
    Le truc qui me tient, c’est la bouffe… le fromage, mais celui-ci commence à me le rendre mal (coucou cholesterol!)… nan vraiment la vieillesse est un naufrage (#DramaQueen inside!)! °o -p

    (merci pour vos articles que j’adore 🙂 )

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  7. Je me reconnais un peu dans ses mots. J’ai 24 ans et je ne sais pas quoi faire de ma vie. J’ai des idées, mais il y a toujours un “mais” justement… Le seul métier qui me tente vraiment : psychologue, nécessite de longues et fastidieuses études. Malheureusement, je n’ai personne pour m’assumer financièrement et franchement plus le courage pour les études. J’entame ma dernière année de BAC +3 en Ressources Humaines, sachant pertinemment que je ne m’en servirais pas.
    J’espère qu’à 40 ans je pourrai moi aussi dire que j’ai trouvé ma voix.

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Merci pour vos commentaires que j'adore :)

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