c'est pas moi je l'jure!

la petite existentialiste

L’autre jour, je me suis rencontrée dans le métro. C’était la première fois de ma vie que ça m’arrivait. J’avais les cheveux longs, noirs et bouclés et j’étais assez petite, un mètre cinquante environ. J’étais assise à côté d’une collègue ou d’une amie, et nous parlions boulot. J’étais habillée pas du tout à la mode et je tenais dans mes mains une paire de béquilles de style européen (pas ces grandes béquilles de bois qu’on voit normalement ici). Aux pieds, j’avais des appareils orthopédiques et des baskets déformées et usées trop rapidement à certains endroits. Je me tenais inconfortablement assise au bord de mon siège à cause de mon gros sac à dos que je n’avais pas enlevé de mes épaules, faute de mains libres et de place. Quelques instants avant d’arriver à ma station de métro, je me suis approchée de la porte –pour ne pas avoir à me dépêcher au dernier moment– pour me tenir fermement à la barre près de la porte au moment où le métro allait freiner brusquement. Quand je suis sortie de la trame au milieu de la foule qui me bousculait, encombrée par mon lourd sac à dos, mes jambes qui ne suivaient pas assez rapidement, mes béquilles et mon gros manteau, on voyait bien que chaque pas était un effort. Ca m’a fait mal pour moi.

Je n’ai jamais aimé le regard d’autrui sur moi. Pendant certaines periodes de ma vie, je réagissais même très violemment quand quelqu’un m’observait, et puis j’ai appris à ignorer les regards, ou du moins à vivre avec. Mais il y a quelques jours, j’ai terminé un bouquin vraiment intéressant et dont l’auteur expliquait, entre autre, qu’on est beaucoup moins “unique” qu’on ne le croit. On pense qu’on est moche ou trop gros ou trop petite, ou que tout le monde remarquera ce gros bouton qu’on a sur le front, ou que chacun de nos gestes sera interprêté, et qu’on se souviendra de toutes les conneries qu’on peut dire, ou que personne ne peut comprendre nos problèmes sentimentaux ou la déprime qu’on traverse ou la crise par laquelle on passe au boulot ou les soucis financiers qui nous tracassent ou la fatigue qui nous envahit… Mais dans un monde de plus de 7 milliards de personnes, il y a forcément quelqu’un qui ressent exactement ce qu’on ressent ou qui nous ressemble beaucoup. On ne se rend pas compte que plein de gens sont comme nous simplement parce qu’on ne peut pas lire leurs pensées ou parce qu’on ne les a jamais rencontrés. Mais il y a forcément quelqu’un, quelque part, qui s’emmerde autant que moi aux réunions de département, qui se sent parfois seule, qui a deux chats, qui a souvent déménagé dans sa vie, qui est petite, qui a du mal à marcher, qui n’a plus beaucoup de sous pour finir le mois, qui aime s’assoir sur son balcon à la fin de la journée, qui est prof et directrice, qui aime faire la cuisine, qui joue de l’alto, qui a deux soeurs et un frère, qui parle anglais et français…

Depuis que j’ai lu ça, j’observe un peu plus mes pensées. Et je remarque que oui, pendant le trajet en métro, je dévisage cette fille aux cheveux roses dont le visage est couvert de boutons, ou cette femme obèse qui lit Les frères Karamazov, ou ce type chauve avec sa drôle de petite moustache, ses lunettes de soleil et sa cravate trop moche, ou cet homme en short et sandales alors qu’il pleut, ou cette minuscule chinoise qui lit la Bible, ou ce jeune homme complètement débraillé, tatoué, et percé, dont je peux entendre la musique à travers ses écouteurs trois places plus loin, ou ces deux jeunes filles voilées qui papotent… Mais à la seconde où je sors du métro, je les oublie tous, ces braves gens, pour ne plus penser qu’à la réunion qui commence dans 10 minutes, aux chauffards à éviter, au nouvel ordinateur dans la vitrine, au collègue qui me casse les pieds, à cette douce odeur de gauffres qui me tente…

Maintenant, je me fiche du regard des autres. Je ne suis pas unique, je ne suis pas spéciale, tout le monde finira bien par oublier ma tête ou ce que j’ai dit ou ce que j’ai fait, et cette idée me soulage immensément! La vie est beaucoup plus facile depuis que j’ai réalisé que je ne suis ni seule ni “la seule.”

curry vert aux crevettes

curry vert aux crevettes

Pour ce délicieux curry, il faut:

  • 450 g ( environ 1 lb) de crevettes crues décortiquées et déveinées ou de poulet ou boeuf coupé en cubes moyens
  • 2 càc de pâte de curry vert (thaïlandais)
  • un peu d’huile
  • 1 petit oignon coupé grossièrement
  • 1 petite courgette en tranches
  • 1 poivron (ou 2 demis poivrons de couleurs différentes) coupé en cubes
  • 1/2 broccoli coupé en morceaux à peu près égaux
  • 250 ml (1 cup) de lait de noix de coco
  • 2 càc de sauce aux huîtres (oyster sauce, truc asiatique)
  • 1 càc de gingembre râpé
  • du sel et du poivre
  • un peu de coriandre fraîche (cilentro) ou de persil.

1. Mariner la viande /les crevettes dans la pâte de curry pendant 10 minutes.

2. Chauffer un wok (grande poêle ronde typiquement asiatique que je n’ai pas donc j’ai pris une grande poêle normale), puis y mettre l’huile et y jeter les crevettes /la viande. Faire cuire à feu bien fort pendant 2-3 minutes (si ça attache au début, c’est normal, attendre 1-2 minutes avant de “gratter” pour détacher). Ajouter l’oignon puis les poivrons et continuer à griller rapidement 2-3 minutes. Rajouter le gingembre, la courgette et le broccoli et laisser encore cuire 1-2 minutes, mais pas plus, il faut que les légumes soient grillés mais relativement croquants, sinon c’est pas bon!

3. Déglacer la poêle avec le lait de coco (donc bien gratter le fond de la poêle pour détacher tout ce qui peut y avoir crâmé, c’est le meilleur!), et finir en ajoutant la sauce d’huîtres. Mélanger très rapidement et ajouter du sel et du poivre si nécessaire. Retirer du feu!

4. Servir sur du riz avec le persil ou la coriandre fraîche en décoration. (On ne le voit pas sur la photo, mais il y avait plein de sauce au fond du bol, miam)!

Réussite: 9/10. J’ai trop fait cuire les légumes, il faut vraiment faire tout ça très très rapidement! Mais à part ça, c’était super bon et facile à faire, et pratique pour en prendre au boulot le lendemain. On peut aussi faire ça avec du tofu ou du poisson et des légumes différents.

Coquine No. 1 observe le monde...

Coquine No. 1 observe le monde…

23 comments

  1. “Mais il y a forcément quelqu’un, quelque part, qui s’emmerde autant que moi aux réunions de département (…)”

    –> Ah, des comme ça, j’en ai déjà rencontré quelques-uns il me semble 😉
    (moi pour ne pas m’ennuyer, je fais des blagues sans arrêt – jusque là ça a assez bien marché).

    Bon sinon, ça me rappelle un épisode de Six Feet Under (désolée…) où la petite soeur fait la connaissance d’un collègue de travail, et il lui raconte qu’il passe des soirées complètes à ressasser un truc con qu’il a dit quand il avait 8 ans, tout en mangeant son bol de céréales. Alors la fille lui demande :
    – Quelle marque, les céréales ?
    – Des (je sais plus la marque).
    – Seigneur, on est jumeaux alors !
    Et quand je regardais cette scène, je me disais que moi aussi, au bol de céréales près, qu’est-ce que j’ai pu passer de temps à ça… 😉

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  2. catherine

    très vrai, tout ce que tu écris..
    on ne devrait pas se préoccuper du regard des autres, et essayer seulement de suivre notre petit bout de chemin!
    c’est déjà bien assez compliqué comme ça!

    PS ce sont des partitions au dessus de la tête de ta coquine?

    PS à quand les prochaines photos?

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  3. mirza, j’adore Six Feet Under (et d’ailleurs ça fait bien longtemps que je n’en ai pas vu un épisode) 🙂 L’histoire des céréales est excellente! C’est tellement vrai, qu’on se torture à cause de choses qu’on a dit et on pense qu’on ne s’en remettra jamais et que tout le monde s’en souviendra toute notre vie… et puis finalement, tout le monde oublie, même nous, souvent 😆

    Candy 😛 allez, on fait un compromis? On est “uniques” pour une cinquantaine de personnes sur cette planète (certains un peu plus, d’autres un peu moins). Mais le plus souvent, on CROIT qu’on est unique (par exemple dans le métro) mais en réalité, on ne l’est vraiment pas. Ca te va mieux comme théorie? 😉

    catherine, oui, on donne trop d’importance au regard des autres alors qu’en fait, dans la réalité, les autres s’en fichent de nous et leur regard est éphémère 🙂 Prépare ton appareil photo pour samedi 😉 (et oui, ce sont mes partitions d’alto).

    Olivier, c’est bien ce que je dis, je me concentre sur tous ces gens, je les trouve bizarres, étranges, et paf, 10-20 minutes plus tard je les ai tous oubliés, et j’en rencontre d’aussi bizarres et étranges le lendemain que j’oublie tout aussi rapidement… Heureusement que notre mémoire est sélective, hein, parce que si on devait se souvenir de tous les gens qu’on rencontre dans le métro… 😆

    elPadawan, spèce de traitre!!! En fait de séries, je n’arrive à rien trouver sur internet, visiblement les gens ont beaucoup plus la trouille de mettre ces vidéos sur internet que l’année dernière 😦 Ou alors ils les mettent et elles disparaissent tout de suite. Je compte sur toi pour continuer à me refiler ma drogue 😉

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  4. Bwah ah ah. Le truc c’est aussi que maintenant, les sites “officiels” proposent les épisodes, même si il faut être inscrit, ou installer le “player de chez Fox” et tout ça, que ça rame… Donc les gens ont peut-être moins la motiv pour mettre ça en ligne sur le youtube coréen de derrière les fagots…

    Bon, on se revoit quand, d’ailleurs? 😉

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  5. J’aime aussi regarder les gens dans le métro. 🙂

    Et oui, nous avons tous nos petits et gros complexes; oui il y a toujours des gens qui nous semblent parfaits -donc insupportables!- et qui en plus sont sympathiques -et donc encore plus insupportables!-…

    Le regard des autres peut être très blessants, c’est vrai, mais dis-toi aussi que leur mémoire est courte. Te souviens-tu de la tête de tes voisins de métro de la semaine passée? 🙂

    Je sais, je suis un incorrigible optimiste qui positive tout le temps. Ca m’aide beaucoup, au quotidien. 🙂 (et ça agace mon amoureux)

    Sinon, j’aime beaucoup la photo, que je trouve très jolie. J’aimerais bien rêver sur ton balcon à la place de ta coquine.

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  6. Rhô trop miam ton curry… Slurp.

    Ah et aussi, je pense que nos émotions ne sont pas uniques, mais notre personne oui. Par exemple, l’hivers me déprime, et toi aussi, mais pas de la même manière. (à moins que tu saches “tirer la trompe” comme moi le soir en pleurnichant!) hé hé

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  7. Ben tous cas j’aime bien ce petit poste que tu as écrit là. Je l’ai trouvé très très chouette.
    Il y a un an je me sentais pas mal seule au monde et puis j’ai fait cette formation de secrétariat qui s’est révélée être un peu comme une thérapie de groupe 😀 avec que des femmes entre 40 et 50 ans, comme moi… Au début on arrivait toutes avec notre masque de femme-forte et puis petit à petit on s’est aperçu qu’on se ressemblait vachement toutes. On avait à nos âges semblables, eu des vies similairement compliqués… Beaucoup de points communs alors qu’on aurait pu se passer à côté sans s’en apercevoir…
    Ca me fait penser à Souchon tout ça… Foule Sentimentale 😉
    Allez bises! Miss Unique 🙂

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  8. elPadawan, whenever you want 🙂

    moonliza, bon d’accord, je suis peut-être la seule au monde à avoir une bosse sur le nez ET une cicatrice de brûlure de four sur la main gauche 😉 Et bienvenue officiellement par ici, ça me fait bien plaisir!!

    Noelia, oui mais on a beaucoup plus de choses en commun que pas en commun. Regarde toutes les choses qu’on a en commun: un nez, deux yeux, on vit dans le même pays, on est des filles, on aime la musique et la lecture, on parle plusieurs langues, on est moyennement riches, on a beaucoup voyagé, etc. etc…. Donc finalement, notre façon de ne pas aimer l’hiver n’est pas si différente que ça 🙂 (moi je refuse de sortir de mon lit le matin et je refuse de sortir de ma douche bien chaude…).

    Mahie, merci d’avoir partagé ta très jolie histoire 🙂 Je pense qu’on vit dans un monde où être unique est vu comme une qualité (surtout en Amérique du Nord où c’est poussé à l’extrême), mais on oublie qu’on s’entendrait tous mieux dans le monde si on se rendait un peu compte de combien nos voisins sont pareils que nous 🙂 Bises à toizossi!

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    • Eh, mais j’ai une bosse sur le nez et une cicatrice (à peine visible il est vrai, sauf en cas de bronzage) de brûlure sur la main gauche! (et aussi deux soeurs et un frère – adoptif)

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  9. Bien sûr mon analyse m’a énormément fait avancer pour cela, mais mes lectures bloguesques m’ont véritablement apportées une certaine sérénité pour ce qui est de la banalisation de mon caractère, mes angoisses, mes souffrances, mes complexes. Lire ça et là que d’autres personnes avaient aussi passé par là, se sentaient aussi un peu à côté de la plaque, m’a fait relativiser mes complexes divers et variés.

    Pourtant il faut que je te dise un truc… je t’ai vu une fois chez moi et impossible de t’oublier ! Je garde ton image, assise sur le balcon, les capucines à ta droite, l’ombre du parasol, et cette chaleur écrasante… c’était une si belle journée. Il y a des personnes qui malgré tout laissent définitivement une trace dans le cœur tel un soleil !

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  10. Dis, Copine, comment je fais pour redonner vie à mon blog alors que tu viens d’écrire, bien mieux que je ne l’aurais fait, ce que je voulais écrire tout à l’heure? hein, dis? (Bon, ma réflexion ne venait pas d’un bouquin, mais de mes visites aux Urgences *rires* un peu trop pragmatique, peut-être.)

    Je crois qu’on accorde autant d’importance aux regards des autres souvent parce qu’on a envie, inconsciemment ou pas, d’exister aux yeux des ces Autres. Sartre disait que “l’enfer c’est les autres”, mais c’est tellement tentant de chercher leur approbation, à tous ces Autres. Du coup, s’affranchir de leur regard, c’est prendre conscience comme tu l’écris que finalement, on est pas si unique que ça, et que l’approbation qu’on cherche, elle doit venir de nous. Quant à être unique, on l’est quand même, aux yeux de nos proches et de nos amis 🙂 Toi par exemple, j’en “connais” pas deux comme toi! (j’applaudis à deux mains Valérie du coup ^^ )

    Merci beaucoup pour tes posts de ce genre, Dr. CaSo. Tes regards sur le genre humain sont toujours plein d’enseignement.

    Des bises!

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  11. C’est assez étonnant de voir son sosie sur une affiche publicitaire aussi!

    J’ai totalement oublié le sujet de la pub mais ils avaient utilisés le visage de 2 hommes et 2 femmes en gros plan.

    J’en étais restée saisie et toute chose….

    Sinon: j’ai adoré ce billet qui nous prouve bien que regarder autre chose que son nombril peut être très intéressant 😉

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  12. L’autre jour à la gare, il y avait une jeune femme qui avait le visage couvert d’acnée. Et pas qu’un petit bouton par-ci, par-là… Impossible de ne pas le voir et de ne pas la regarder un instant. Et sûrement que çà doit l’enquiquiner tous les jours ce défaut. Mais elle discutait avec un garçon (mignon) de son âge en se marrant. Elle portait des vêtements un peu bohème. Elle avait de la personnalité.
    Elle m’a paru sympa parce qu’elle avait l’air drôlement vivante.
    Nous sommes tous les mêmes. Nous ne pouvons pas nous empêcher de regarder ce qui nous semble un peu “différent”. Mais regarder n’est pas forcément juger, c’est plus un réflexe qu’autre chose … Mais quand on est l’objet de ces regards, on s’imagine toujours le pire !

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  13. en lisant ton post je me demandais : comment les aveugles (pardon les non-voyants) vivent-ils le regard des autres ? si c’est déjà terrible pour nous, qu’est-ce que ça doit être pour eux ! à moins qu’au contraire, ne pouvant controler leur image ni empêcher qu’on les observe, ils ont appris à s’en f… ?

    j’ai changé de pseudo, mais c’est bien moi je le jure 😉

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  14. Je crois aussi bien souvent à tort que les gens *savent*, ou que les gens *voient*, qu’ils se souviendront de tout ou que tout ce que moi je remarque sur moi même les choque autant (et aussi durablement) que ça me le fait.

    Je suis d’accord avec toi pour dire que bien souvent les gens ne se souviennent de rien, mais il y a aussi toute une cohorte de gens qui ont une mémoire assez épatante, comme ces gens qui m’ont reconnu 5 ans après parce que je suis passée pendant 10mn à la télévision, avec tout ce que j’avais dit à l’époque (et c’était entre l’adolescence et l’âge adulte, donc j’avais un poil changé tout de même :D)…

    Du coup ce genre de coïncidences ça entretient cette croyance que je peux avoir, et j’ai beaucoup de mal à lâcher prise sur l’autocontrôle et la rumination du passé :D.

    tiens, à la rencontre de paris en juin, je me souviens d’ailleurs avoir dit quelles grosses Onneries, et là, erf… j’espère que tu as raison quand tu dis que les gens font moins attention qu’on ne le croit 😀

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  15. Dr. CaSo

    krysalia 😆 de toutes les manières, avec la mémoire trouée que j’ai, je peux t’assurer que je ne me souviens d’aucune connerie que tu aies pu dire, à ce moment-là ou après!

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