c'est pas moi je l'jure!

grief is a freight train

Il est rare d’avoir une parfaite traduction en anglais d’un mot ou d’une expression française et vice-versa. Mais aujourd’hui, je pensais au verbe “perdre” et à ses différentes (et intéressantes) utilisations en français et je me suis rendue compte que pour une fois, l’équivalent anglais était asset proche.

J’ai perdu mes lunettes hier soir (je ne les retrouve pas).
J’ai perdu ma mère en janvier dernier (elle est morte).
J’ai perdu mon chat il y a 3 semaines (je ne le trouve plus, mais ne s’utilise pas si il est mort).

Le verbe “perdre” peut donc signifier deux choses différentes. Est-ce qu’il y a un rapport entre ces deux significations? Pourquoi ne peut-on pas l’utiliser pour dit que son chat est mort?

En anglais c’est pareil.

I’ve lost my glasses (je ne les retrouve pas).
I’ve lost my mother in January (she’s dead).
I’ve lost my cat 3 weeks ago (je ne le trouve plus, mais ne s’utilise pas si il est mort).

Marrant, non?

Sauf qu’en anglais le substantif, loss, s’utilise dans plus de situations que la “perte” française.

The loss of my cat was tough (la perte OU la mort de mon chat a été difficile à vivre).
I have this feeling of loss (j’ai un sentiment de… vide? d’absence?).

J’ai ce sentiment depuis plusieurs années, et il devient de pire en pire depuis quelques semaines. Ce n’est pas que de la tristesse, mais un sentiment de solitude extrême, d’embourbement sans fin, de vide à l’intérieur comme à l’extérieur. Comme si je m’étais perdue, dans les deux sens du terme.

Ma première boss, en 1996, m’a dit que quand on entre dans sa classe, on laisse sa vie derrière la porte et on ne pense plus qu’à ses étudiants. Depuis, je suis passée maître dans l’art de faire semblant. Je peux être en train de mourir de douleur ou de déprime, mes étudiants n’en sauront jamais rien. A Dallas, j’ai fait trois présentations et j’étais souriante et pleine d’énergie, et une femme de l’audience m’a même dit, à la fin, que j’avais été la personne la plus importante de toute la conférence, pour elle (alors qu’il y a environ 8000 participants et plus de 700 présentations)! Et un type de Yale m’a demandé de l’aide pour son programme! Je souris, je remercie, j’encourage, je suis flattée…

Mais à l’intérieur je suis toujours aussi vide et je pleure.

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9 comments

  1. Le deuil est long. Et chaque deuil ravive les précédents… qu’ils soient de personnes, d’animaux, ou d’illusions, de relations… Et là, le temps aide. Parfois aussi des consultations si on a l’impression, vraiment, de ramer à contre courant et de ne pas être capable d’avancer…
    Oui, Grief is a freight train, qui passe super sentiment et ne peut pas s’arrêter d’un coup.
    Je t’envoie plein de chaleureuses pensées et de courage… et toute mon affection!

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  2. comme Caroline, je pense à toi, à ton chagrin après la perte de ta coquine, mais il faut maintenant que tu commences ton “deuil”, que tu fermes la belle parenthèse que tu as vécu avec Sosso, non pas l’oublier, mais en faire un bon et agréable souvenir, qui sera plus fort que le sentiment de perte..ce chemin sera difficile, mais il en vaut la peine..
    ton billet peut parler à chacun, sache aussi qu’on peut être seul même si on est entouré..et chacun cache au fond de lui des sentiments qu’il ne partage avec personne..c’est dur parfois.
    courage pour ces jours qui arrivent et qui te semblent tout vides,
    bises bretonnes..

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  3. Comme le dit Catherine, ton billet me parle : l’embourbement, le vide, solitude,… Disons que c’est la crise de la quarantaine et qu’il faut espérer que ça ne dure pas trop longtemps. Courage🙂

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  4. Mel

    Je crois que tout ce poids, toutes ces marchandises, tu aurais besoin de les partager avec quelqu’un, un ou une thérapeute bienveillant-e et compétent-e. Les ami-e-s peuvent aider aussi, c’est évident (le problème c’est que tu es géographiquement loin d’un certain nombre d’entre eux, non ?) mais je pense que rien ne remplace la thérapie : je parle d’expérience, et cette tristesse, ce sentiment de solitude extrême que tu évoques, je ne les connais que trop bien et c’est justement pour cela que je vais “voir quelqu’un”, comme on dit pudiquement.
    Plus tu fais front courageusement, plus tu arrives à tromper les gens sur ce que tu ressens réellement, et plus tu renforces ton sentiment de solitude et de désespoir. Il ne s’agit pas de fondre en larmes devant des étudiants ou un auditoire, bien sûr, de toute façon au boulot on joue un rôle et on enfile un costume, c’est évident. Mais ce faisant, quand on va mal, on accroît forcément son sentiment d’être incompris-e, pas entendu-e, pas épaulé-e. Avec la bonne personne (quelle que soit l’approche psy que l’on choisit), on peut commencer à alléger son fardeau.
    Courage, tu n’es pas seule !

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    • Dieudeschats

      C’est vrai, on s’isole soi-même lorsqu’on trompe les autres sur notre état d’esprit… mais comment faire d’autre au boulot, où ce genre de masque est mandatory ?

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  5. Je suis triste de te savoir si déprimée😦
    La perte de ton chat a accentué ce sentiment de solitude… Je souhaite que cette année soit pleine de nouveauté pour toi afin que tu puisse regarder vers le futur avec enthousiasme. Il faut resté optimiste :-)!
    PS : je parie que ta mère va te sauter dessus à bras raccourcis si elle lit que tu l’as perdue !😉

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  6. dieudeschats

    Comment vivre sa vie sans passer à côté, sans trahir son identité, son potentiel, ses rêves, ses idéaux… sans se laisser enfermer dans les masques et les moules que la société nous impose… je ne sais pas si ça te parle ou si “ton” vide a une toute autre origine, mais sait-on jamais, voici une perche tendue… avec amitié.

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  7. samantdi

    Comme toi, je me sens une sorte de comédienne quand je fais cours, et je trouve cela très utile et réconfortant !
    L’autre jour, j’ai lu dans “Paris Match” (j’assume ma lecture de Paris-Match!!! :-)) une interwiew de l’actrice Romane Bohringer, que j’ai trouvée très intéressante. Elle dit que quand elle était enfant, pour protéger son père qu’elle sentait fragile et malheureux, elle se faisait un devoir de toujours être positive, souriante, joyeuse… Et elle explique que cela est devenu une seconde nature en elle, que son personnage est devenue elle-même.
    Il me semble que même quand on est mal en soi, donner le change aux autres permet de tenir bon, et cet optimisme rejaillit sur soi.

    Mais rien n’empêche la lenteur du temps du deuil, il faut vivre jour après jour avec patience, “endurer” la perte, le sentiment de solitude, les regrets, les reproches et toutes les émotions négatives qui accompagnent ces temps-là… Courage et patience.

    Je t’embrasse très fort

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  8. Je suis vraiment triste de te savoir triste, avec ce sentiment de vide. Je ne sais vraiment pas ce que je peux dire, sauf que je sens bien ce que tu peux ressentir et je suis de tout mon coeur avec toi.
    J’ai éclaté en larmes en apprenant le départ de Sosso. Évidemment, je n’ai pu m’empêcher de penser au départ du Harry d’Alexander et, quelques mois plus tard, d’Alexander lui-même… et quelques mois plus tard encore, à celui de Douglas, l’adorable bulldog d’Alistair (un ami d’Alexander) et, très peu de temps après, à celui d’Alistair…
    Caroline a raison : il faut rassembler dans sa mémoire (le coeur, lui n’a pas besoin de cet exercice) tous les bons moments partagés ou vécus en solitaire, loin d’elle, grâce la présence de Sosso dans ta vie. Parfois, même les moments difficiles laissent de magnifiques souvenirs car ce qui se dégage de ces moments, c’est la conscience du privilège que l’on a d’avoir ces présences dans nos vies, qui nous font pleurer, parfois, souvent même, mais qui donnent à notre existence tout son sens.
    Je crois que que tous ceux qu’on a aimés, (bêtes à poils, à plumes ou sans…) qu’on aime, lorsqu’ils nous quittent se retrouvent dans un paradis quelque part pour savourer l’amour qu’ils ont partagé et que nous continuons de leur porter. Leur présence ne se fait plus sentir de la même façon ( je crois que c’est pour nous inciter à préparer notre départ – pas forcément prochain – pour ce paradis à venir), mais ils sont là puisque nous les aimons encore, toujours…
    Les autres ont sans doute raison aussi. Il y a des moments dans la vie, des périodes difficiles, où la présence de proches, si bien intentionnés et chaleureux soient-ils, ne suffit plus : il faut une écoute plus attentive, plus dynamique, pour faire prendre conscience de ce qui ne peut s’exprimer autrement… Qui donc a dit que tout ce qui ne s’exprime pas s’imprime ?
    Je t’embrasse et j’envoie à Calinette un gros câlin.

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