c'est pas moi je l'jure!

héros de roman

Quand je suis allée visiter un petit bout d’armée canadienne à Kingston, en octobre, j’ai été honnête et dit au type avec qui j’ai passé la journée que j’étais plutôt pacifiste que militariste, et que de travailler avec les militaire me semblait un peu rébarbatif. Il m’a alors demandée de l’accompagner dans une immense cage d’escalier, une sorte de dôme impressionnant aux murs duquel étaient accrochés des centaines et des centaines de photos de militaires canadiens morts pendant divers conflits et dans divers pays, comme ceux tombés à Vimy et Juno Beach.

Je crois que le type voulait que je sois hyper impressionnée et émue par tous ces “héros” morts pour sauver le monde, mais j’étais seulement triste, en fait. Et je me suis rendue compte de quelque chose qui m’avait déjà souvent traversé l’esprit sans que je me penche réellement sur le sujet.

Anniversaire de 101 ans!

Aux Etats Unis et au Canada, les militaires sont des héros. Tous les 11 novembre, les Canadiens épinglent des coquelicots à leur manteau en souvenir du poème In Flanders Fields, écrit par John McCrae et inspiré par les champs de coquelicots de la Flandre. Mais en 25 ans de vie en Amérique du Nord, je n’ai jamais réussi à partager ni même à réellement comprendre cette admiration pour ces “héros.”

Et là, à Kinston, devant la photo d’Alexis Helmer, dont la mort a inspiré son poème à McCrae, je me suis soudain demandée pourquoi je n’avais jamais perçu mes deux grands-pères comme des héros alors qu’ils ont tous les deux activement participé à la deuxième guerre mondiale. Mes grands-pères étaient des hommes extraordinaires, mais pour moi, leurs aventures militaires n’étaient qu’une partie de ce qui faisait d’eux des hommes extraordinaires. Je n’ai jamais (et sûrement à tort) pensé à les remercier pour “leurs sacrifices” et leur “héroïsme” pour sauver la France. Et je n’ai pas grandit dans une culture qui célébrait les militaires. Etait-ce familial seulement? Français? Soixante-huitard? Suisse? Européen?

Ma voisine me dit que c’est parce que les guerres en Europe ne datent pas d’hier et que les batailles et les morts se comptent par milliards et les détails sont oubliés ou flous, et en Suisse, par exemple, devenir militaire est un boulot comme un autre. Au Canada et aux Etats Unis, par contre, les guerres sont encore fraîches dans l’esprit des gens on se souvient de chaque bataille et de chaque mort, et les militaires ont littéralement permis de créer le pays il y a vraiment très peu de temps de ça!

Tout ça pour dire qu’il faudrait vraiment écrire un livre à propos de mes grands-pères–mais pas seulement à propos de leurs exploits militaires. J’ai déjà parlé de mon grand-père paternel qui a vécu une vie inhabituellement remplie et aventureuse, et ma famille vient de découvrir une étape de la vie mon grand-père maternel très intéressante (justement pendant la guerre), mais sa vie d’immigrant italien et son travail dans les houillères sont aussi passionnants. Et à Kingston, je me suis dit que j’aurais beaucoup aimé pouvoir discuter de cette perception du “héros militaire” avec mes deux grands-pères… et les remercier, aussi.

Ils me manquent tous les deux terriblement.

Les gens qu’on aime #24: quelqu’un à propos de qui on devrait écrire un livre

24 comments

  1. La zia

    Un jour je me confinerai dans une cabane au Canada et j’écrirai ce livre. Mais saches que ton grand père maternel a tout fait pour qu’il n’y ait plus de guerre en Europe et que les peuples apprennent à se connaître et à vivre ensemble car « nous sommes tous de la même humanité » disait-il. Il a réussi au delà de ses vœux avec ses petits-enfants du côté de ses filles : le Canada, les USA, l’Allemagne, l’Espagne et le Québec ! Il doit en être très heureux.
    Ps sur la première photo tu ressembles à Madeleine..

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  2. Célébrer les héros de la guerre ne se fait pas en Suisse. Sans doute parce que nous sommes un pays “neutre”. Je n’ai rien contre les militaires mais ne suis pas admirative non plus. Ca ne fait pas partie de la culture du pays.

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    • Je ne suis pas sûre de ce que d’être neutre a à voir là-dedans, on a quand même des militaires et ils ont participé à des conflits. Et la Suisse n’a pas été créé par trois montagnards en haut d’une montagne avec un feu de joie 😉

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  3. j’ai très peu connu mon grand père maternel, né au 19 ème siècle, et qui avait fait la guerre côté allemand, hélas car la Moselle était allemande en 1914. Il avait un nom et un prénom très français, car je pense que déjà dans la famille on était “résistant”..Une fois l’armistice signé en 1918, il a tout laissé sur place, habits militaires, fusil etc.. et est rentré en grande vitesses, en “France”, en Lorraine, chez lui! je regrette de ne pas avoir connu mes grands pères..tu as de la chance😊
    #24 (sans te copier), j’aimerais bien écrire un livre sur ma grand mère paternelle, née en Pologne, qui a traversé tout le 20ème siècle, émigrée, mère de 3 enfants, dont le mari est mort en septembre 1939, au fond d’une mine de charbon, ironie du sort, et qui a vécu une vie assez mouvementée, incroyable, jusqu’à presque 100 ans, et qui m’a toujours fascinée..
    voilà!
    bises du mercredi😊

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  4. #24 quelqu’un à propos de qui on devrait écrire un livre
    J’ai rencontré A. sur un chantier de fouilles archéologiques l’été de mes 25 ans. A. était étudiante en Belgique et était sur le même chantier avec d’autres étudiants. Nous avons sympathisé et avons passé une soirée en promenade au clair de lune dans le Morvan. Elle m’a parlé de sa famille : arrière-petite-fille d’une femme écrivain qui fut un temps la maîtresse de Virginia Woolf, descendante d’aristocrates à la cour russe, elle avait vécu enfant dans un château. J’étais subjuguée par cette jeune femme et ‘ai dû me rendre à l’évidence (un choc pour moi) que j’étais tombée amoureuse d’une femme.
    Il ne s’est rien passé mais elle m’a écrit une lettre que j’ai attendue avec impatience et gardée précieusement.
    Des années après, je l’ai contactée sur Facebook. Elle avait continué ses études à Oxford, en médecine puis était devenur professeur dans une université new-yorkaise. Elle s’était aussi mariée…. avec une femme. Nous avons reparlé de ce séjour, il y a 25 ans. L’attirance avait été réciproque mais elle ne me pensait pas “ouverte” à une expérience féminine. Quelquefois, j’y repense…

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  5. Geneviève

    Ma grand-mère maternelle était un moulin à paroles et m’a transmis énormément de ses souvenirs, de ses histoires, des histoires de ceux qui l’ont précédée… Et puis, ben, j’ai écrit un livre de 400 pages sur elle et ces gens-là. 😊

    Ce que tu dis de la perception des militaires est, je crois, européen. Nos guerres ne sont pas toutes honorables, alors on ne se vante pas tro, systématiquement…? Je rapproche cette différence de perception de celle qui existe sur le temps et les distances sur chacun des continents. Ici 100 km c’est rien, mais 100 ans, énorme…. En Europe cest l’inverse.

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  6. Bleck

    Je t’envie de parler de tes grand-parents de cette façon. Jamais connu de grand-parents et je suis convaincu que ça m’a manqué, que ça me manque. Mes parents ont été des parents formidables, des grand-parents pas vraiment top, est-ce que je serai un grand-parent présent, complice et affectueux je n’en sais fichtre rien.

    Bleck

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  7. wam

    je suis perplexe sur l’héroïsation des militaires. Ce n’est pas comme s’ils avaient le choix, réellement. En tout cas en ce qui concerne les guerres mondiales et les conflits liés à la décolonisation, où, en France, les jeunes gens devaient y aller. Avoir de l’empathie, oui : parce que ca a dû être dur pour ces jeunes gens enrôlés, et encore plus quand on adhère pas à la cause ni aux moyens employés. Avoir de la reconnaissance, oui : pour tous ceux qui ce sont battus pour la liberté. Mais des héros, il y a un côté malsain à glorifier la violence, je trouve.
    #24: quelqu’un à propos de qui on devrait écrire un livre
    Je connais quelqu’un qui a vécu dans au moins 4 pays sur 2 continents, qui a vécu des histoires d’amours internationales et romanesques, qui a vu du pays, qui a étudié dans des universités prestigieuses, qui est brillante et n’a pas froid aux yeux, qui se lance des défis et s’y tient, qui sait mettre les gens en relation, qui crée du lien, qui écrit et publie, qui fait partie d’une réseau de sommités dans son domaine, qui est naturelle, qui vainc des obstacles chaque jour, qui a une famille incroyable, intéressante haute en couleur, dans certains cas, qui est cultivée, qui adore la musique et les chats….
    Une vie de roman, moi, je dis.
    😉

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  8. Bleck

    # peut importe le nombre.

    On pourrait écrire un livre sur la vie insolite de Marc. Nous avons apprécié Marc et sa famille pendant une quinzaine d’années et puis un jour tout à basculé.
    Marc menait plusieurs vies de front, il trichait avec tout le monde avec lui même surtout. Guy a tout fait, un faux suicide une vraie fausse vie de famille, une vraie fausse disparition digne d’un grand thriller. Un exil aux antipodes. Il a été chef d’entreprise, prof, il a mendié, un peu escroc, un peu pilote d’avion, commerçant, un peu recherché par toutes les polices. Aujourd’hui il est, dit-on, en Russie… ce que je souhaite surtout c’est ne jamais revoir Marc.

    Bleck

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