c'est pas moi je l'jure!

parla mi d’amore

Récemment, trois histoires m’ont rappelé combien j’aime la linguistique et combien ça me manque de ne plus l’étudier.

J’ai trouvé la première histoire dans “Small World” (“Un tout petit monde”), de David Lodge, bouquin que j’ai décidé de lire parce qu’Alcib me parle souvent de ce livre et de celui qui le précède, “Changing Places” (“Changement de décor”). Ces livres racontent les aventures farfelues de profs universitaires lorsqu’ils vont à des conférences. J’ai beaucoup rigolé en particulier de l’histoire d’un prof, Frobisher, écrivain de romans à succès jusqu’au jour où un linguiste expert en discourse analysis analyse un de ses romans avec son super ordinateur. L’analyse révèle à Frobisher que le mot qu’il utilise le plus souvent dans ses romans est greasy: The greasy floor, the roads greasy with rain, the grease-stained cuff, the greasy jam butty, his greasy smile, the grease-smeared table, the greasy small change of their conversation, even, would you believe it, his body moved in hers like a well-greased piston. My entire oeuvre seemed to be saturated in grease. I’d never realized I was so obsessed with this stuff” (chapitre 1 section 3). Frobisher est dégoûté par cette découverte et n’arrive plus jamais à retrouver l’inspiration pour écrire de nouveaux romans. Je me suis demandée ce qu’une telle analyse de mon blog m’apprendrait!

Jolie traduction!

Jolie traduction!

J’ai trouvé la deuxième histoire dans Bones to Ashes, un roman de Kathy Reichs (que j’adore). Une jeune fille qui écrivait des poèmes a disparu, et des années plus tard, un livre anonyme de poésie est découvert. Un linguiste compare les poèmes écrits par la jeune fille et ceux du livre de poésie pour savoir si c’est la même personne. L’analyse est intéressante parce que les poètes ont écrit en anglais mais sont visiblement de langue maternelle française, et le linguiste parle de ces expressions qui nous sont uniques et qu’on utilise sans s’en rendre compte (comme le greasy ci-dessus), des fautes typiques qu’on fait dans une langue qui n’est pas la nôtre, de l’effet du stress sur notre façon de parler dans une autre langue, etc. Tout ça m’a fait penser à ma façon de parler et d’écrire en français et en anglais.

J'adore l'anglais!

J’adore l’anglais!

La troisième histoire a eu lieu il y a quelques jours, sur Fesse de Bouc, où Angel Coincoin exprimait son agacement à propos des changements dans la langue française concernant le sexisme. Elle mentionnait un truc que je n’avais jamais vu et qui m’a rappelé combien je suis maintenant éloignée de la langue française: l’utilisation de “elleux-mêmes.” J’ai bien sûr sauté sur l’occasion de papoter linguistique avec Angel, et une de ses lectrices n’a pas beaucoup apprécié mes commentaires (je parlais de la féminisation de certains noms et des articles), m’expliquant qu’elle parlait de la grammaire (française) et non pas de la langue (française). J’ai essayé de lui expliquer qu’on ne peut pas séparer l’un de l’autre, que l’histoire de la langue française (et des francophones!) est intimement liée à l’histoire de la grammaire… et j’aurais voulu lui parler de pragmatique, de phonétique, de syntaxe, de sociolinguistique, de psycholinguistique, de phonologie, de morphologie, de sémantique, de neurolinguistique, d’analyse de discours, de lexicographie, de toutes ces facettes de la langue qui ne peuvent pas être séparées de l’histoire de la langue elle-même, qui sont la langue… mais je me suis dit que ça l’énerverait peut-être un peu.

N’empêche, quand je parle de tout ça, quelque part en moi il y a comme un petit feu qui se rallume et qui s’embrase et qui s’emballe…

18 comments

  1. “Elleux mêmes”? Jamais vu ni entendu (je vis trop en province, sans doute). Néanmoins, ça me rappelle les StundentInnen et autres LehrerInnen allemands, avec la majuscule au milieu du mot pour les filles. (C’est passé de mode, aujourd’hui on dit “Studierende” et sans doute “Lehrkräfte”, qui n’ont pas de sexe, bien qu’ayant un genre.)

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  2. Jamais vu cette expression (que je trouve personnellement ridicule, mais je dois etre trop vieille pour comprendre) nulle part. Mais l’etude des langues, de leurs multiples facettes, de la facon dont elles influencent notre pensee, est absolument passionnante – et souvent malheureusement les textes qui traitent de ces sujets sont trop specialises, pas destines au commun des mortels – j’aime bien aussi quand tu nous ouvre un peu les yeux – ou les oreilles🙂

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  3. Hé moi aussi je t’ai conseillé plusieurs fois de lire ces bouquins de D Lodge!!🙂

    Pour “Elleux-mêmes” j’ai pas encore vu ce truc étrange!! Et je n’ai pas hâte…
    Les cerises de sucre ça donne pas envie!! lol Alala ces traductions à la mord-moi les fesses!

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  4. j’aime quand tu nous parle de ton métier, et de ta connaissance des langues, j’adore! d’ailleurs j’ai un gros bouquin là dessus, mais c’est difficile à ingurgiter (pour le commun des mortels dont je suis)
    bizarre cette expression elleux-mêmes, première fois que je la vois, et elle ne m’inspire pas..
    bonne journée! bises

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  5. alcib

    Pour rendre justice à Mahie, je me souviens avoir lu un commentaire d’elle te suggérant de lire David Lodge. Mais, pour être tout à fait honnête, je ne sais pas, vraiment, si c’était avant ou après que je t’en aie moi parlé🙂

    C’est Alexander qui m’a fait connaître David Lodge. Au fond, il ne m’en avait pas dit grand-chose, sinon qu’il faisait partie des auteurs anglais contemporains qu’il aimait lire. C’était suffisant pour m’inciter à lire David Lodge : tout ce qui intéressait Alexander m’intéresse… encore, et de plus en plus. Plus j’approfondis la connaissance de son univers, plus j’ai envie de le connaître davantage, ce qui m’amène à découvrir autre chose qu’Alexander ne connaissait pas et qu’il aurait, j’en suis sûr, très envie de connaître.

    La linguistique m’a intéressé un moment (d’ailleurs, mes premières études universitaires étaient en linguistique) ; elle continue de m’intéresser superficiellement… Mais je dois dire que je préfère l’humour de David Lodge à l’espèce de sabir que tentent de nous concocter certains « linguistes ».
    Loin d’être un admirateur de Maurice Druon et de ses semblables à l’Académie Française, qui voudraient que la langue restât ce qu’elle fut au XVIIIe siècle, je n’en suis pas moins stupéfait parfois de voir ce que l’on essaie de nous faire avaler. Le ridicule ne tue pas ; la preuve, ces « elleux-mêmes» et autres potions cataplasmiques, émétiques et répugnantes…

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  6. Mel

    J’aime quand tu parles de ce que tu aimes, de ce qui te fait vibrer. Serait-il temps de renouer avec l’enseignement de la linguistique ? En tout cas, tu me donnes très envie de relire les romans de Lodge et de découvrir “Bones to Ashes”, de Kathy Reichs.

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  7. elleux-mêmes… Purée mais que c’est moche! Et c’est ça mon problème. Je voudrais pouvoir utiliser des pronoms ou dénominations neutres dans mes écrits, si ce n’est dans le language. Souvent j’utilise le coup du trait d’union (Bonjour à tou-te-s). Mais ça marche pas tout le temps. Et quand ça marche pas, ben je me retrouve coincé. Elleux, Celleux, Iel, … Y’a plein de courants qui tentent de proposer des pronoms, aucun qui n’a l’air de prendre plus qu’un autre, et l’Académie Française qui continue de se palucher en ne voulant rien faire sur le sujet… Scrogneugneu. C’est quand même pas très pratique cette histoire.

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  8. alcib

    Je pense qu’il y a moyen, avec les bonnes vieilles règles de grammaire française, d’écrire des textes qui soient intelligents, clairs, compris de tous et de toutes, et qui respectent tout à fait les deux moitiés du genre humain, sans tournure ridicule ou grotesque.
    Les femmes et les hommes existent, et ce n’est pas, selon moi, un barbarisme qui changera ou qui « gommera » cette réalité biologique et sociale.
    Les traits d’union [les auditeurs-trices, les étudiant-e-s, les technicien/ciennes] et les parenthèses [les auditeurs(trices)] sont à mon avis des constructions barbares, ridicules, qui n’aident en rien la compréhension d’un texte. Je crois que celui-ci sera beaucoup mieux reçu et compris si l’on y emploie, lorsqu’il y a lieu, la forme masculine et la forme féminine, plutôt que d’essayer de bricoler un monstre langagier qui n’a ni sexe… ni raison.
    Il n’y a pas de mal à écrire, si on le veut : « Les techniciens et les techniciennes sont priés de s’inscrire à la formation qui se tiendra… » ou, mieux encore : « Nous prions les techniciens et les techniciennes de s’inscrire à la formation qui se tiendra… »
    « Les cadres de l’entreprise ne proviennent pas tous et toutes de la même région. Ceux et celles qui proviennent du Nord… »
    On écrira aussi « gens d’affaires » plutôt que « hommes ou femmes d’affaires ) ; « droits de la personne », plutôt que « droits de l’homme ».
    En choisissant le nom d’une formation, on pourra écrire : « L’Association pour la défense des droits… », plutôt que : « L’Association des défenseurs et défenseuses… », « La Société de la traduction professionnelle », plutôt que : « La Société des traducteurs et traductrices professionnel(lles) ».

    Je pense qu’il y a de nombreuses façons d’éviter les constructions lourdes,laborieuses, qui produisent finalement l’effet contraire que l’on recherchait. Et souvent il n’y a rien de plus pénible à lire ou à entendre que le discours d’un chef syndical soucieux de paraître « politiquement correct ».

    Au Québec, le Conseil supérieur de la langue française et l’Office québécois de la langue française émettent des directives claires et fournissent un bon nombre d’outils à tous les rédacteurs, traducteurs, réviseurs, professionnels, ou autres [dans cette phrase, la forme masculine inclut le féminin]. Je crois qu’il en est de même pour la France, avec le Conseil supérieur de la langue française (du moins, j’ai déjà trouvé sur leur site des renseignements très utiles, surtout qu’ils me donnaient raison sur certains points où j’étais en désaccord avec des Français hexagonaux…)
    À Ottawa, le Bureau de la traduction, organisme qui relève du ministère des Travaux publics et Services gouvernementaux du Canada, publie « Le guide du rédacteur » (plus de 300 pages), qui répond à une foule de questions que se posent les rédacteurs, traducteurs, réviseurs et autres utilisateurs de la langue française soucieux de faire rayonner une langue écrite sans faute…

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  9. alcib

    Encore une fois « en attente de modération » : ce doit être, cette fois-ci, pour l’emploi de mots obscènes, inacceptables, comme : « ridicules », « grotesques »,« barbares »🙂

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