c'est pas moi je l'jure!

comme l’eau, le feu, le vent

A chaque fois que je parle de mon incapacité à parler et travailler en français, on me tombe dessus en disant que j’exagère, que ce n’est pas si difficile que ça, que ma langue maternelle est le français donc je dois être capable de tout dire en français, etc. Et ça m’énerve, si vous saviez!

Et hier, tristement, j’ai trouvé un nouvel example d’un domaine dans lequel j’ai tout appris en anglais et dont je ne connais pas un seul mot en français: l’architecture! En regardant, le coeur brisé, Notre Dame en train de brûler, je me posais des questions du genre “est-ce que les flying buttresses vont tenir le coup?” et puis “were the ribs en pierre ou en bois?” et “je ne savais pas que la spire was made of wood et plomb!”

Eh oui, j’ai fait trois ans d’études d’histoire de l’architecture (comme vous pouvez le voir  avec l’échantillonnage de bouquins ci-dessous) en anglais! On peut donc dire qu’à l’époque (j’ai un peu oublié, c’était il y a 20 ans, hein), je savais tout sur la construction d’une cathédrale, je connaissais tout le jargon architectural nécessaire pour parler de ces magnifiques constructions (et d’autres)… mais seulement en anglais! Je savais tout sur les différents toits, les différentes briques et poutres et autres matériaux de construction, les undersquinted wedged scarf joints, les différentes sortes de fenêtres et rosaces, les ornementations, les colones, les styles architecturaux, les types de murs, la hauteur des marches d’escaliers, les plans de constructions… en anglais! Je n’ai jamais su ce qu’étaient une rib, une spire, une flying buttress, un shaft, une nave, un transept, un ribbed vault, ou un abutment en français, alors que je sais très bien ce que ces mots désignent en anglais! (Et je ne parle pas de la rib qui se trouve dans ma cage thoracique.) (Enfin, après cet incendie, je sais que spire c’est la flèche, mais c’est tout ce que j’ai appris.)

Voilà donc un example parfait pour démontrer les trous qui parsèment de plus en plus mon vocabulaire, les domaines de vocabulaire dont je ne connais les mots qu’en anglais, les “mots d’adultes” qu’on apprend à l’université et quand on est adultes et que donc je n’ai jamais appris en français parce que je n’étais pas dans une université francophone et je ne vis pas dans un environnement francophone! Ce sont des centaines et des centaines de mots plus ou moins techniques, que j’utilise régulièrement dans mon travail et dans ma vie de tous les jours (ou presque)! Des trous énormes, une dizaine d’années d’études, 23 ans passés dans des pays anglophones, qui m’empêchent d’aller travailler dans un environnement francophone (ou alors il me faudrait des mois et des mois de lecture et d’apprentissage de tous ces mots et expressions et théories en français) ! J’espère que cette fois je vous ai convaincus 😉

“L’être humain est capable de tant d’atrocités que lorsqu’une des preuves millénaires de sa capacité au sublime disparaît sous nos yeux, c’est encore plus triste…” PrincessH.

26 comments

  1. Eh bien ça ne m’étonne pas du tout ce que tu dis. Je constate la même chose chez les élèves qui parlent une langue à la maison et une autre à l’école.
    En quelle langue rêves-tu ?
    En quelle langue pousses-tu un juron quand tu te fais mal ?

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  2. Je me souviens avoir étudié la cathédrale de Lausanne à l’école primaire (il y avait eu ses 700 ans je pense, ou quelque chose comme ça) … et les mots “nef”, “choeur” et “flèche” me restent de là… 😉

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  3. Je n’ai le vocabulaire ni en français, ni en anglais pour tout ce qui à trait à l’architecture 😉
    En psychologie, nous devons lire énormément en anglais. Je suppose que j’ai un vocabulaire plus développé dans le domaine dans cette langue que ma langue maternelle…

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    • Je ne sais pas comment c’est dans tous les domaines universitaires, en Suisse, mais mon frangin, en science po, a dû énormément lire et écrire en anglais, aussi, et est donc complètement bilingue dans son domaine! Je suis très jalouse!

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  4. je comprends très bien ce que tu écris, il est bien plus facile de ne pas traduire en français ce que tu as appris, car vivant dans un pays anglophone, cela ne te sert strictement à rien..
    Quand j’entends ou lis un mot en anglais inconnu, je dois immédiatement le traduire, sinon il ne s’imprime pas dans mon cerveau (d’ailleurs ce dernier est devenu une passoire chez moi :-P) Mais dans une conversation, avec des mots inconnus, je passe outre, si je comprends le sens de la phrase..
    Revenons à nos moutons, c’est une catastrophe effectivement, même pour une athée comme moi, j’espère simplement que ND sera correctement restaurée, et pas à la va-vite!
    passe un bon mercredi bises du matin

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  5. Je crois que les gens qui ont commandé le Notre-Dame de Paris de Victor Hugo sur Amazon (record de ventes,hier!) vont être quelque peu décontenancés quand il va s’agir de lire les descriptions architecturales… Mais je pense que, par tes connaissances techniques, tu serais à même de les comprendre. Néanmoins, comprendre est une chose, utiliser le bon mot en est une autre, et je vois ce qui te pose problème dans l’enseignement en français.

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    • C’est sûr que par exemple je n’aurais jamais trouvé “la nef” pour “nave” mais en lisant le mot français, j’ai bien deviné ce que ça devait être, grâce au context 🙂 Malheureusement ce n’est pas toujours le cas, surtout avec les théories linguistiques…

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  6. N

    Quand j’ai commencé à étudier en anglais, j’ai dû ré-apprendre tout le vocabulaire de musique en anglais, puis quelques années plus tard, j’ai tout ré-apprit en français quand je suis rentrée au conservatoire… par contre au Brésil j’ai pas eu le courage de réapprendre tout ça en portugais. (On dit pourtant que la musique est une langue universelle, mais quand même c’est bien de pouvoir expliquer la théorie avec les bons mots). Beaucoup de vocabulaire spécifique, je ne connais que dans une langue et pas l’autre parce que j’ai apprit le crochet en portugais, la couture en anglais (et portugais), j’ai été enceinte en anglais, etc.

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    • Hahaha, la musique, pour moi ça a été hyper difficile de tout traduire en anglais, rien que le nom des notes, déjà…. et tout le solfège… Parfois mon prof me demande “c’est quoi comme type de gamme ça?” et il pense que je n’y connais rien alors qu’en réalité, c’est juste que je ne connais pas le mot anglais 🙂

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    • Je ne crois pas que tu comprennes l’envergure du problème! Je parle là de centaines, si ce n’est de milliers de mots spécifiquement reliés à mon expertise en linguistique (et architecture, mais là c’est moins grave parce que ça ne fait pas partie de mon travail au quotidien)…. et “un à un avec internet” me prendrait des années et des années 🙂 Un jour, quand je serai moins déprimée, je donnerai l’exemple d’une liste de toutes les sortes de fenêtres et de poutres et de joints, par exemple, en anglais… rien qu’avec ça, je suis sûre que j’arriverai déjà à une bonne cinquantaine de mots!

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  7. Jenny

    “23 ans passés dans des pays anglophones, qui m’empêchent d’aller travailler dans un environnement francophone ”
    Meuh non ! Je suis sûre que tu assimilerais les mots très rapidement. Au contraire de toi, j’ai étudié le vocabulaire de l’architecture d’église en français : je ne sais donc pas comment dire “croisée d’ogives”, “clef de voûte” ou même “bas côté” ! En revanche, après avoir un peu lu en anglais pour mes cours de psycho, je peux dire le vocabulaire rentre vite.

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    • Et paf, voilà LE commentaire qu’il ne fallait pas écrire, “je suis sûre que tu assimilerais les mots très rapidement.” Gros soupir… désolée, mais franchement, ça fait des années que j’essaye d’expliquer que non, justement, ce n’est pas si facile… mais visiblement je n’y ai pas encore réussi! Je ne baisse pas les bras et dans quelques jours, quand je serai moins déprimée, je te ferai une liste de 50 mots de linguistique que je ne connais pas en français, juste la base, pour te montrer le début du problème…

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  8. Moi vois-tu, la chance que j’ai, c’est que je ne connais qu’une langue 😀 et à l’intérieur de moi je pleure justement de n’en connaître qu’une et je suis tellement soulagée que mes deux enfants n’aient jamais cette tare que je traîne depuis soixante deux ans 😀
    Dr CaSo cesse de te dénigrer, tes connaissances qu’elles soient en anglais ou en français, sont immenses !!!

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    • Je ne dis pas que je n’ai pas beaucoup de connaissances, j’essaye juste d’expliquer, depuis des années, pourquoi ça serait très difficile pour moi d’aller vivre dans un environnement francophone 🙂 C’est sûr que de savoir plusieurs langues est bien utile et agréable!

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  9. Une bonne nouvelle, je pense que transept est… transept en français. Mais je comprends ton désarroi.
    Moi, je parle 3 langues, mais à part le français, qui est ma langue maternelle, je mélange parfois les deux autres. Pourtant, elles n’ont rien à voir. J’ai beaucoup utilisé la langue turque et de retour en France quand je rencontrai des anglais, les premiers mots qui me venaient étaient les mots de turc, imagine leur tête. Ça passe un peu, il faut dire que j’ai de moins en moins besoin de la langue turque. Quand par hasard, j’y suis confrontée, ça revient, mais j’ai beaucoup oublié. Je pense que la mémoire n’est pas “extensible”, on fait comme sur un disque dur, on réécrit par dessus les anciennes données.

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    • Jenny

      La mémoire a des capacités incroyables… le hic, c’est le processus de rappel. Les mots que tu as connus à un moment où un autre de ta vie, tu ne t’en souviendras peut-être pas mais si on te les présente ou qu’on te fournit un “indice de rappel” tu ne réagiras pas de la même façon qu’aux mots que tu n’as jamais appris : une fois réactivés, ils reviennent en mémoire.

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    • Blanche 😆 ouf, merci pour le transept, ça sera facile de m’en souvenir, de celui-là! Tu parles turc? Tu en as de la chance! J’ai toujours rêvé de parler une langue non-indo-européenne comme le farsi, le chinois, l’arabe, le finlandais… Quant à la mémoire, d’après Sherlock (Holmes), tu as raison, mais je ne suis pas si sûre qu’on ne puisse pas toujours en apprendre plus. C’est une bonne question 🙂

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  10. Geneviève

    Tu jures en anglais, mais en quelle langue comptes-tu ? En général, c’est la langue dans laquelle on l’a appris… ma mère, après 40 ans passés en France, compte toujours encore en allemand… et énonce aussi les numéros de téléphone dans cette langue, ce qui me rend toujours perplexe quand elle *dit* “sept-trois” mais *compose* “trois-sept”, hum…
    Bien d’accord avec toi sur la difficulté de communiquer son travail dans une langue autre que celle dans laquelle on le pratique. Mon conjoint, aussi français qu’OSS 117, travaille en anglais (avec son accent de vache espagnole, si si), eh bien parler de sa job, c’est s’exposer à un magnifique salmigondis des 2 langues. Ce qui au fond est très drôle 🙂

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    • Bien sûr que je compte en français (enfin, en vaudois, plutôt 😆 ). Marrant l’histoire de ta mère qui dit les chiffres à l’allemande! Et merci, je me souviendrai qu’au moins, l’avantage de ne pas savoir parler de mon travail en français, c’est que je peux faire rire les gens 😉

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