c'est pas moi je l'jure!

je voudrais te prendre dans mes bras

The most painful state of being is remembering the future, particularly the one you’ll never have.” ― Søren Kierkegaard

Je ne trouve pas la traduction de cette citation en français, mais en gros ça dit que la plus grande douleur est de se souvenir du futur, surtout du futur qui n’existera jamais pour nous.

C’est une citation qu’on utilise souvent lorsque des parents apprennent que leur enfant aura un handicap ou ne survivra pas à une maladie. Douloureux sont ces “souvenirs” de ce qu’on pensait qu’on ferait, ce futur qu’on pensait qu’on aurait, tout ce qu’on se voyait déjà faire et qu’on ne fera jamais avec cet enfant.

C’est une citation particulièrement appropriée en ce moment. On est tous en train de faire le deuil de ce futur qu’on n’aura jamais et qui pourtant était si proche: une soirée avec des amis, un voyage, une conférence, un concert, un diplôme, un nouveau job, des funérailles, un mariage, des vacances…

On fait tous le deuil de ce qui était “normal,” de ce dont on était sûrs, de ce sentiment de sécurité qu’on ne remarquait même pas qu’on avait, de ces projets qui ne seront jamais terminés et dans lesquels on avait mis tant d’énergie et d’espoir…

Je regarde des séries et des films où je vois des gens assis les uns à côté des autres dans le métro ou les églises au des concerts ou des restaurants, et je ressens exactement la même chose que quand je vois des vieux films de New York où les Twin Towers sont encore debout: c’était le “monde d’avant,” aujourd’hui c’est presqu’impossible de se dire que “tout ça” était réel, qu’on vivait vraiment comme ça avant!

Mais j’ai de la chance, parce que depuis une semaine, j’ai perdu beaucoup de ma vision proche, et comme je passe 20 heures par jour devant mon ordinateur, c’est plutôt embêtant. Quand j’ai téléphoné ce matin à mon optométriste, la secrétaire m’a dit qu’ils ne prenaient que les urgences. Mais, surprise, une heure plus tard, l’optométriste lui-même m’a téléphoné parce que j’étais cliente chez eux depuis dix ans, et il m’a demandé ce que je faisais comme boulot. Quand j’ai dit que j’étais professeure à l’université, il m’a dit “ah, donc sans nouvelles lunettes vous ne pouvez pas travailler! C’est donc une urgence, et je vous donne rendez-vous demain à 10 heures!” Je n’avais même pas insisté, et j’étais prête à aller acheter des petites lunettes de vieux pour voir de près, mais il m’a dit que ce n’était pas une bonne idée.

Mortecouille!

J’ai aussi eu un “rendez-vous” ce matin avec mon docteure, par téléphone, et elle a envoyé son ordonnance par fax à la pharmacie (ce qu’ils refusaient de faire jusqu’à maintenant!) et j’ai pu aller chercher mes médocs (somnifères!) cet après-midi.

En passant, je suis allée chercher les cendres de Calinette. Et je n’ai pas le droit de le dire officiellement, mais si vous lisez bien ce post, vous trouverez cette autre “chose considérable” dont je dois faire le deuil aussi, maintenant…

Fleurs envoyées par mon club des femmes universitaires pour Calinette!

39 comments

  1. Mahie

    Mais on refera toutes ces choses! Il n’y a pas de plus jamais… Si ?
    J’ai bien lu, mais je n’ai pas compris qu’elle est cette chose considérable 😕
    Je suis déjà bien triste de savoir Calinette réduire en cendres…
    Gros bisous

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  2. La zia

    Quel nouveau job ?
    Les fleurs sont une très délicate attention de la part de ton club des femmes.
    Je pense aussi que tout va redémarrer et je me dis que les enfants des camps de réfugiés et ceux qui se prennent des bombes à Alep ou ailleurs sont plus à plaindre que nous.
    Ici aussi tout d’un coup se simplifie au niveau des ordonnances via mail ! Cela restera-t-il ??

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  3. alcib

    “The most painful state of being is remembering the future, particularly the one you’ll never have.” ― Søren Kierkegaard
    Je crois que c’est l’une des choses qui m’a fait le plus mal le plus longtemps après le départ d’Alexander : de devoir accepter que ce qui venait de naître (notre relation) n’aurait plus de suite dans l’avenir même le plus proche. J’avais à peine commencé à le connaître et à essayer de comprendre de qui m’arrivait qu’il a fallu accepter la fin de tout cela… Il reste énormément de choses d’Alexander dans ma vie, même onze ans et plus après son départ, mais combien de projets échafaudés ne verront jamais le jour.

    J’ai les mêmes bonbons écossais.

    La dispersion des cendres de Calinette dans un lieu significatif… comme dans The Bridges of Madison County ?

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  4. Lucette

    Quelle attention délicate ces fleurs. C’est touchant.
    L’après sera différent de ce que l’on a imaginé, mais il sera. Tout ce que je souhaite et j’espère c’est que l’on tire les conséquences de tout ce « chenit » (j’ai adopté ce terme) j’ai quelques doutes…

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  5. catherine

    j’espère aussi que ce deuil dont tu ne peux parler n’est pas celui auquel je pense, et peut être nous en diras tu un peu plus quand le moment sera venu.
    Je suis toujours aussi sensible à ta peine pour Calinette, si je pouvais, je lui offrirais un petit bout de jardin à côté de mes chatounes dans mon jardin.
    Je suis toujours optimiste, et fataliste, le monde va reprendre où il s’est arrêté, comme en 2008, et la finance reprendra le dessus, malheureusement pour tous les pauvres de la planète. Jusqu’à la prochaine reprise de cette pandémie, car elle reprendra, j’en suis sûre..
    Nous ne faisons que passer..
    bises chère Dr

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  6. laurencemaneramoro

    Oh je n’avais pas vu pour Calinette … et en ce moment en plus … alors je te prends virtuellement dans mes bras pour un hug de soutien … il n’y a pas de mots le vide est immense quand ils nous quittent … même si on sait qu’ils partiront un jour … et ça n’a rien à voir avec le fait d’avoir ou pas des enfants … quand on a la chance d’être connecté aux animaux . C’est un deuil , un vrai , un dur … un seul « conseil » : aide un autre poilu à avoir cette chance de trouver un humain comme toi , en plus il y a des tas d’abandons à cause du covid19 , les debiles pensent qu’ils peuvent Le transmettre alors ça va en faire des malheureux à sauver ! Je t’embrasse

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  7. Cette citation me parle, même en-dehors de la situation actuelle… C’est ce futur qui n’a pas encore eu lieu qui m’a empêché bien souvent de prendre certaines décisions radicales. Mais bref.
    J’espère qu’on reviendra sans trop de mal à cette période où on pouvait s’assoir les uns à côté des autres dans le métro, sur une terrasse, où je ne devais pas rester à deux mètre de ma maman quand je la croisais au magasin, où le monde semble encore avoir un sens…

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  8. Pingback: le temps du deuil | c'est pas moi je l'jure!

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