c'est pas moi je l'jure!

avec son pot d’géraniums

Quand j’étais présidente du Club de Femmes de l’Université, j’ai essayé de changer deux choses qui me semblaient importantes pour l’association. Premièrement, j’ai essayé de changer sa constitution, qui limitait qui pouvait ou ne pouvait pas devenir membre de l’association. Deuxièmement, j’ai pensé que l’association avait besoin d’un logo (pour le mettre sur nos invitations, stylos, et sacs publicitaires). Mais mes deux (seules!) tentatives de changer quoi que ce soit pendant mon année de présidente ont été deux échecs cuisants.

Cette association a été créée en 1933 et incluait toutes les femmes travaillant à l’université. A l’époque, ces femmes étaient souvent secrétaires et parfois professeures. Après la guerre, l’université a grandi et de plus en plus de femmes y travaillaient. L’association a donc décidé de ne plus accepter que les professeures parmi ses membres, parce que ça faisait déjà beaucoup.

Au fil du temps, l’université grandissant et se diversifiant, de plus en plus de femmes ont été embauchées pour faire des jobs qui ne correspondaient ni à la catégorie de “secrétaire” ni à celle de prof: doyennes de facultés, directrices de programmes, cheffes de départements, secrétaires executives, etc. En plus, elles pouvaient changer de rôles d’une année à l’autre! C’était le chenit total!

L’association a donc décidé, dans les années septante, de n’accepter en son sein que les femmes qui faisaient partie d’un syndicat de profs-et-presque-profs (malgré le fait que l’appartenance de certains groupes à ce syndicat changeait pratiquement tous les cinq ans). C’était donc un peu moins le chenit mais ça excluait encore plus de monde.

Et plus récemment, les femmes recrues par l’université font maintenant surtout partie d’autres syndicats (profs à mi-temps, etc.). Les membres de l’association deviennent donc de plus en plus vieilles et de moins en moins nombreuses.

Et là, paf, une nouvelle présidente entre en scène: yours truly. Comme j’en avais marre de 1) ne passer du temps qu’avec des femmes “d’un certain âge,” et 2) de devoir dire “non tu ne peux pas devenir membre de l’association” à la plupart de mes collègues, j’ai essayé de changer les choses en leur rappelant le but originel de l’association: de se retrouver entre femmes travaillant à l’université pour se soutenir dans les moments difficiles, se réjouir des succès, et passer de bons moments ensemble.

Mortecouille!

Je leur aurais proposé de s’habiller en vert tous les jeudis et de ne plus jamais manger de chocolat que ça aurait été plus facile de les convaincre! La raison du refus catégorique de ces dames: si on a plus de membres, ça donnera plus de boulot aux membres du comité  exécutif! C’EST TOUT! On ne veut pas plus de boulot!

L’auteure du bouquin que je lis, The Art of Gathering, explique que quand on se rassemble en groupe, il ne faut pas seulement se poser des questions telles que “qu’est-ce qu’on va faire ensemble?” ou “comment est-ce qu’on va s’organiser?” ou “combien les membres doivent-elles payer par an?” (qui, quand, quoi, oú, comment, combien), mais aussi (et surtout!) des questions sur le POURQUOI du rassemblement. Quel est le but initial de cette association? Et c’est la réponse à cette question qui devrait définir tout le reste. Il ne faut pas commencer avec des questions de logistique si on n’a pas de but précis en premier. Ces femmes avaient oublié pourquoi cette association avait été créée et ne voyaient plus que leurs propres intérêts: on veut participer (parce qu’on est déjà membres et copines), mais on ne veut pas plus de responsabilités ou de complications et des tas de jeunes femmes “qui ne sont pas professeures exactement comme nous.”

D’après l’auteure, donc, le but principal de cette association avait significativement changé (vieilles copines se retrouvant entre elles), et elles n’auraient donc plus dû pouvoir déclarer être le “club des femmes de l’université.”

PS. Elles n’ont pas voulu de l’adorable logo que m’avait créé PrincessH parce qu’elles pensaient qu’elles “trouveraient bien quelqu’un qui leur ferait ça gratuitement!”

23 comments

  1. Et un jour ces vieilles rombières vont se retrouver sans relève et mettront la faute sur ces jeunes qui n’ont aucune valeur… Désespérant. Et le tout “gratuit” finit par faire que rien n’évolue. Je ne fais partie d’aucun groupe, je déteste les mentalités qui y règnent en général. Les cancans, les mises à l’écart et j’en passe.

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    • Dans les associations comme ça, il y a toujours du bien et du moins bien. Je me suis fait de chouettes amies grâce à cette association, et puis ça fait bien sur mon CV d’avoir ce genre d’expérience de leadership. Mais effectivement, là, c’est bon de faire une pause… même si j’imagine que je créerai peut-être un truc du genre à Kingston 😀

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  2. Hé hé! Ce que tu racontes ne me surprend aucunement; comme quoi même les femmes peuvent faire partie d’un old boy’s club. Lorsqu’une association n’existe que pour perpétuer son propre privilège, on peut sincèrement se poser la question de sa raison d’être… mais poser la question c’est aussi y répondre.

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  3. La zia

    ah oui, le monde associatif… Mon temps en échange de quoi ? Qu’est ce que j’y gagne ? Bref, tu as à faire à un club du troisième âge ou quatrième âge bientôt… En France le terme est très vexant !

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  4. Blanche

    Personne n’a tenté de créer une nouvelle association ?
    C’est ce qui se passe dans mon village. L’association dont je faisait partie est tellement immobiliste (je ne sais pas si ça se dit) que quelques membres (dont moi) sont partis pour créer une nouvelle association, avec pas tout à fait les mêmes buts quand même. Pour l’instant on attend la fin de ce P?!?!?! de Covid.

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  5. Argh quelle horreur, quel égoïsme ! Ça me rappelle le boulot…les gens font partie d’un truc sans s’en rappeler les objectifs (les ont-ils connus). C’est de la paresse intellectuelle et de la complaisance, je déteste çà. Bravo d’avoir tenu…

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  6. N

    Ah là là ! Ce qui m’énerve le plus dans ton histoire est la remarque que l’illustration d’un logo devrait être gratuite… Surtout venant de dames qui ont probablement les moyens de s’offrir le “luxe” du travail d’une illustratrice pour leur club d’élite!!! 🙄

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    • Exactement!!!!! L’association avaient entièrement le budget pour payer ça, ces femmes se pavanent avec leurs rivières de perles et de diamants (les plus vieilles sont surtout des femmes de profs à la retraite, pas des profs elles-mêmes), et le résultat c’est qu’elles n’ont toujours rien, ces plouques!

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  7. wam

    Cette attitude me parait tellement étriquée que j’en étouffe et me demande comment moi je pourrais me sentir bien dans un tel contexte. Et le comportement de ces femmes me parait tellement en décalage avec ce que je connais de toi ! J’en suis coi

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Merci pour vos commentaires que j'adore :)

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