c'est pas moi je l'jure!

dieu que le monde est injuste

Aujourd’hui, j’ai fait quelque chose que je n’ai jamais fait en 25 ans d’enseignement, et je ne sais pas si j’ai eu raison ou pas. J’y ai pensé toute la semaine, du lundi soir au jeudi soir. J’étais tellement fatiguée d’y penser que j’ai fait des muffins à la banane et aux pépites de chocolat en écoutant un super bouquin audio, State of Terror, de Louise Penny et Hillary Clinton, pour me changer les idées.

J’en ai fait des petits pour mes étudiants:

Et des gros pour ma gentille voisine et Albert:

Et ce matin, j’ai viré un de mes étudiants de ma classe. Manu militari, littéralement. Ce jeune homme a toujours été chahuteur, désinvolte, brouillon, inattentif, récalcitrant, réfractaire, hermétique, et lundi, dans un exercise écrit, en classe, il m’a insultée (en gros il a écrit *why do you keep asking us questions, bitch, I’ve got nothing else to say“).

J’ai demandé à la capitaine qui s’occupe de ce groupe de venir dans ma classe ce matin, j’ai donné un exercise à faire à mes étudiants, et j’ai demandé à la capitaine et à ce jeune homme de m’accompagner dans la salle de classe vide d’à-côté. Là, j’ai dit au jeune homme que je n’appréciais pas qu’on m’insulte, que j’essayais de le soutenir avec une patience infinie depuis le début de l’année, qu’il avait vécu des moments intolérables et dramatiques dans sa vie, mais qu’il ne pouvait pas le faire payer aux gens qui essayaient de l’aider. Et que donc je ne voulais plus le voir dans ma classe tant qu’il ne se serait pas excusé. La capitaine était choquée et m’a dit que j’avais fait exactement ce qu’il fallait faire.

Je devais avoir la voix qui tremblait vers la fin, et quand il est parti, j’ai dû me forcer à respirer calmement deux minutes avant d’arriver à retourner dans ma classe. Je ne sais pas si j’aurais dû en parler avec le reste de mes étudiants. Je ne sais pas si j’ai eu raison de le virer, parce que la capitaine m’a dit qu’il était en train d’échouer dans toutes ses classes sauf la mienne, et j’ai peur qu’il laisse tout tomber. Et il a réellement vécu des moments intolérables et dramatiques, donc c’est déjà un miracle qu’il ait réussi à s’en sortir aussi bien, et je ne devrais avoir aucun droit de le juger ni de lui dire comment vivre sa vie.

Je n’avais jamais viré d’étudiants de ma classe auparavant. La seule chose similaire que j’aie faite un jour, c’était d’interdir à un étudiant d’écrire un examen (et il a dû rester dans la salle de classe pendant deux heures à ne rien faire pendant que ses petits camarades écrivaient l’examen). Ca m’avait aussi beaucoup chamboulée à l’époque, mais j’avais aussi reçu le soutien à 100% du directeur de l’école où j’enseignais à l’époque. Mais je m’en fichais pas mal de l’étudiant de l’époque, alors que ce jeune homme me rend folle et en même temps, j’ai juste envie de le prendre dans mes bras et de l’y serrer longtemps, longtemps, longtemps.

25 comments

  1. Tu ne peux pas sauver ce gars s’il ne le veut pas lui-même. Tu ne lui as pas fermé la porte au nez, elle est entrouverte. A lui de savoir s’il veut la pousser ou non.
    J’ai un élève qui montre beaucoup de mépris, on devine qu’il n’a pas l’habitude d’être soutenu. Avec mon binôme on n’a pas encore trouvé comment lui faire comprendre que vers nous il ne risquait rien. Je reste ferme avec lui car je sais que sinon je le perds sans toutefois être agressive puisque cela ne mènerait à rien. Pour la première fois cette semaine, il n’a montré aucun mépris. Mais il est resté dans l’équipe de mon collègue qui lui, pense qu’il faut le laisser respirer. Durant toute l’intervention, le gars a dormi…
    Ils sont comme les enfants, ils testent les limites. Celle que tu as fixée semble plus que raisonnable. Si tu perds le gars, c’est qu’il ne veut pas être secouru.

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    • Je ne pense pas qu’il veuille “être secouru,” je pense qu’il préférerait ne pas être dans la situation où il a besoin d’être secouru. Et puis d’abord, pourquoi est-ce qu’il devrait me faire confiance que je (ou n’importe qui d’autre) pourrait le secourir, alors que tout ce qu’il connait de la vie ce sont des gens qui l’enfoncent?

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  2. Isabelle

    Cet étudiant ingrat a certainement compris que vous ne vous laisseriez plus ni ennuyer ni insulter. Il n’attendait peut-être que ça, que vous réagissiez. Cette sanction était le juste prix à payer au regard de ces actes. S’il maintient son niveau dans votre classe, c’est qu’il vous apprécie ( même s’il vous pousse à bout et se montre insupportable ) et que tout espoir n’est pas perdu. Bon courage !

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  3. Tu ne pouvais évidemment pas rester sans réagir. J’espère qu’il a compris que tu connais ses soucis mais qu’il doit les laisser à la porte de la classe. Et pour vous deux, je forme le voeux qu’il fasse le choix de s’excuser et de revenir.

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  4. Tu dis n’avoir jamais auparavant viré un étudiant de ta classe, c’est donc une première… quoiqu’absolument ignorant en matière d’enseignement, il me semble absolument naturel pour un professeur de virer un étudiant, tu peux tout à fait en rester à UN seul, tu l’as fait, désormais tu peux le serrer dans tes bras fort, fort, fort, fort, fort.

    Bleck

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    • J’aimerais pouvoir faire ça, sauf que 1) covid, 2) les militaires canadiens sont un peu à cran en ce qui concerne les relations hommes-femmes en ce moment, et 3) je ne suis pas sûre qu’il revienne dans ma classe 😥

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  5. Geneviève

    Oh comme ça doit être dur à vivre sur le coup, mais comme je te félicite d’avoir eu le courage de faire ça ! On lit l’histoire une première fois et on te suit pas à pas. Puis on relit le début où tu décris l’étudiant… et on met en parallèle avec ce qu’on t’a dit au sujet de ses autres cours… Et on se dit qu’au fond, il y a un peu de l’enfant qui cherche à dépasser les limites pour voir si on tient à lui. Je crois d’autant plus que tu as fait ce qu’il fallait : si ton cours était le seul auquel il s’accrochait encore, c’est que tu vaux quelque chose à ses yeux… J’espère de tout cœur ne pas faire de psycho-pop à deux boules et que de s’être fait virer lui permette de se reprendre en main.

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  6. Pour moi, rien ne justifie qu’il t’insulte. Ce n’est pas parce qu’on a une vie difficile qu’on peut se permettre d’appeler sa prof “bitch”…
    Hier j’ai viré une élève le matin et un élève l’aprèm. Ils était avertis si je dois vous dire trois fois de remettre votre masques sur votre nez, c’est la porte. Ça a donné va été la porte. ” Mais madame c’est injuste!”
    Non c’est pas un juste. J’ai même été très tolérante…
    Un élève qui m’insulte j’ai pas trop envie de le serrer dans mes bras. J’ai un coeur qui s’endurcit.

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    • Je ne pense pas qu’il ait eu “une vie difficile.” Je pense qu’il a eu une (très courte) vie impossible. A partir de là, je peux réagir de la façon dont je réagirais avec n’importe qui, mais j’ai peur d’avoir simplement été “une de plus” qui réagis de cette façon dans sa vie, et que ça ne fait qu’aggraver les choses.

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  7. Little-dragon

    Hello. Je pense pouvoir comprendre combien ça a été dur. Et néanmoins, si c’était la limite à laquelle il avait besoin d’être confronté ?
    On ne peut pas sauver les gens malgré eux. Mais à un moment il faut savoir dire non et donner la priorité au respect que l’on s’accorde à soi-même (ce qui parfois joue sur le respect que les autres vous accorderont ensuite). On peut imaginer que parfois le non soit donc cette barrière salvatrice.Bref, je crois moi aussi que tu as fait ce qu’il fallait, pour toi et pour ta classe avant tout, et je l’espère pour lui aussi.
    Et même s’il ne vient pas s’excuser et ne réintègre pas ta classe, tes paroles travailleront en lui et y feront leur effet. Pour plus tard, pour l’avenir, pour son bien. C’est en tous cas ce à quoi il faut s’accrocher.
    En attendant, je t’offre un hug virtuel (le correcteur avait mis “vital” et heureusement je me suis relue mais je ne savais plus quel mot j’avais voulu mettre) de réconfort.
    Et je serais très intéressée d’en savoir un peu plus sur ta classe : sont-ce des militaires du rang ? Des sous-officiers ? Des aspirants officiers ? Je suppose que par chez toi il y a les même distinctions qu’ailleurs. S’agit-il d’une armée de Terre ? de Marine ? D’armée de l’Air ? De Services Interarmées ? Vers quels types de postes sont-ils orientés ? Mail privé si tu préfères.
    Amicalement

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  8. Gilda

    Oui mais justement, lui donner le coup de pied au cul (au sens figuré bien sûr) qu’il mérite en le virant c’est peut-être la meilleure façon de le serrer dans les bras, afin qu’il prenne conscience qu’il y avait des mains tendues qu’il repousse. Soit son cas est trop désespéré pour que la FAK puisse l’aider et ça sera le moment clef pour lui pour être pris en charge par ailleurs car il relève d’autres types de secours, soit il a encore assez de ressources pour que ça l’aide à se ressaisir et à reprendre pied.

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  9. Patricia Civel

    Il ne peux pas ne pas se remettre en question après cela. Il faut souhaiter qu’il comprenne que réagir par la violence n’est pas la solution pour accepter et guérir de ses traumatismes J’espère qu’il reviendra à vos cours. vous semblez bien être la bonne personne pour l’aider à se reconstruire. Vous êtes sensible et je comprends votre malaise..

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Merci pour vos commentaires que j'adore :)

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