c'est pas moi je l'jure!

la moitié de nous

Quand j’ai commencé à travailler à la FAK, le 1er juin 2021, j’habitais encore en Alberta donc tout mon travail s’est fait sur Zoom. Après mon arrivée à Kingston, le 15 août, j’ai commencé à rencontrer des gens “en vrai.” Quelques collègues, quelques étudiants, mais vraiment très très peu de monde encore, et toutes les réunions, toutes les décisions, tout le reste du travail était fait en ligne depuis chez moi.

Mi-février, j’ai enfin rencontré en vrai le Doyen de la Faculté des Sciences, un type que j’ai trouvé hyper grand “en réalité” et qui a fait cette tête de “qu’est-ce que tu viens faire dans ma classe, toi” quand il m’a vue pour la première fois avec mon masque et mes béquilles, donc, après n’avoir vu que ma tête dans un petit carré de 2cm2 sur son écran d’ordinateur pendant les six mois précédents.

Depuis quelques semaines, je continue à rencontrer mes collègues en vrai par-ci, par-là, et à chaque fois c’est la même chose, cette réaction de “t’es qui, toi, là, avec tes béquilles?!” Et je dois avouer que c’est relativement désagréable.

Mais en même temps, c’est aussi rassurant de me rendre compte que je n’étais pas plus respectée ou plus écoutée quand les gens ne savaient pas que je marchais avec des béquilles. C’était une expérience intéressante pour moi qui m’étais toujours demandée si la façon des gens de se comporter envers moi, mes idées, mon travail, etc., dépendait de mes béquilles. Maintenant j’ai la réponse, et c’est non. Quand ils voyaient mes béquilles, il y avait des gens qui me respectaient et d’autres qui ne me respectaient pas. Et quand ils ne voyaient pas mes béquilles, il y avait des gens qui me respectaient et d’autres qui ne me respectaient pas. Pour moi, cette expérience à elle seule rend l’inconfort des premières rencontres “en vrai” moins important. Pas insignifiant, mais moins grave.

Et si je pousse un peu la reflexion de l’expérience, je me rends aussi compte que je ne me sentais pas plus intelligente quand mon audience ne savait pas que je marchais avec des béquilles. Avant covid, je me suis toujours dit que mes peurs, mes hésitations, mon imposter syndrome, ma timidité, mon malaise devant les gens venaient de mon handicap, de ma peur qu’autrui pense que j’étais stupide. Mais pendant mes quelques mois de travail en ligne, j’ai pu remarquer (tristement) j’avais les mêmes peurs et hésitations, la même timidité et le même malaise devant les gens qui ne me savaient pas handicapée. (Ceci-dit, ce sont peut-être des traits de caractères que j’ai effectivement développés à cause de mon handicap et dont je ne peux tout simplement pas me débarrasser en quelques mois.)

J’ai rencontré “en vrai” l’une de mes employées (très sympa) pour la première fois aujourd’hui, et j’ai eu un petit avantage cette fois-ci: je suis arrivée en premier et j’étais assise avec mes béquilles dans un coin du mur derrière moi avant qu’elle n’arrive. Elle n’a pas dû les voir immédiatement mais ça a dû faire “tilt” quand j’ai parlé des problèmes de parking que je rencontre à Kingston.

Il y a encore des centaines de collègues (dont encore trois de mes employés!) que “je connais sur Zoom” seulement et que je n’ai jamais rencontrés en vrai, et ça me stresse. Mais j’ai rencontré le Doyen d’une autre Faculté, la semaine dernière, un type très péroreur et imposant sur Zoom, et qui dans la réalité est assez chétif et fait 150cm comme moi, et qui est un petit rigolard. Je me suis dit qu’il devait passer par les mêmes moments inconfortables et décalés quand il rencontre maintenant des gens qu’il ne connaissait pas avant covid.

17 comments

  1. mmechapeau

    Vos béquilles et vous formez une équipe formidable. Les gens ( les Pierre, les Paul, … ) qui ne le comprennent pas ne méritent pas que vous vous tracassiez à cause d’eux, mortecouille!

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  2. Hermione

    Ma belle-mère (93 ans) vient d’accepter de sortir avec une canne parce qu’elle perd un peut l’équilibre parfois. Elle nous a dit qu’elle a remarqué que finalement, il lui semble que les gens font un peu plus attention à elle, comme s’ils prenaient garde à ne pas la bousculer et respectaient mieux son espace.

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    • mmechapeau

      La personne qui souffre d’un handicap mental n’est pas mieux considérée.
      Elle est loin la notion de « l’idiot du village » que tout le monde connaissait et que beaucoup aidait.

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      • C’est tout à fait vrai Madame Chapeau, nous sommes dans une société très difficile axée principalement sur la performance, aucune place n’est réservée aux “différents” pourtant on va en chier tous un jour, sûr !!

        Bleck

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    • Je n’ai jamais été d’une autre couleur que blanche, mais d’après ce que je lis de la discrimination raciale, je peux sans hésitation confirmer que la discrimination contre les personnes handicapées est très similaire, oui.

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  3. La question de Bleck est intéressante (évidemment!) Tout ce qui est différent dérange. C’est pourquoi je considère qu’il est utile d’inclure les enfants “différents” à l’école: les enfants sont plus tolérants que les adultes et à la longue, il y aura de moins en moins d’adultes qui n’ont jamais rencontré de personnes handicapées dans leur jeunesse. Et donc de moins en moins de gens qui verront le handicap avant la personne.

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  4. CINABRE

    On n’a pas fréquenté les mêmes écoles, ma fille non plus d’ailleurs. Elle a étė enseignante aussi qqs années , rien n’avait évolué ! Les enfants sont plus tolérants ?? Ben ,il ne faut surtout pas en faire une généralité… car ce n’est pas le cas .un handicap ne s’arrête pas à un fauteuil roulant . La plupart des mioches sont méchants et font bien bien ressentir à l’enfant “different” ce qu’ils n’aiment pas , ne comprennent pas ou qui leur font peur . Il faut être beau , bien habillé et ne pas affiché une quelconque différence. Ne serait ce que le poids , la taille, la couleur de cheveux , l’ėlocution …..
    Chez les adultes , ce n’est pas mieux . Mon mari est handicapé mais cela ne se voit pas . On croise les mêmes “moutards ” mais adultes et plus féroces.

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    • C’est sûr que le monde est cruel envers tout ce qui est et tous ceux qui sont différents. Enfants ou adultes, la discrimination peut être communiquée de façon différente, mais elle existe malheureusement toujours!

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  5. catandfivecats

    Quand je t’ai connue (virtuellement of course) je ne savais pas que tu avais des béquilles, et que tu avais eu beaucoup de problèmes de santé. Cela n’a rien changé pour moi quand j’ai su, parce qu’il me semble que tu en parlais (relativement) librement sur ton blog, et que cela ne paraissait pas te poser de gros problèmes. A te lire aujourd’hui, je doute un peu.
    J’ai beaucoup d’admiration pour toi et pour mon fils, qui subit les mêmes soucis que toi.
    Bon jeudi, je t’embrasse.

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