c'est pas moi je l'jure!

les mots difficiles à dire

Le premier cours universitaire que j’ai enseigné était un cours de français de deuxième année. On avait tous les jours une heure de cours, et deux fois par semaine, 30 minutes de “lab de conversation.”

Moi, toute fraîche sortie du système éducatif européen, j’ai mis la barre assez haut. Tous les jours, soit on écoutait une chanson dont on étudiait auparavant les paroles (Renaud, Les Rita Mitsouko, Julien Clerc…), soit on chantait une chanson dont j’avais trouvé la partition (Brel, Brassens, des comptines, des chansons populaires…) (je sais pas si vous vous rendez compte du boulot que c’était!!). Ensuite, on étudiait la grammaire, on lisait les classiques francophones, on discutait d’histoire, de géographie et de gastronomie, je leur faisais apprendre des poèmes par coeur, et en gros on s’amusait bien.

A la fin du semestre, les évaluations données par mes étudiants étaient brillantes et des années plus tard, je recevais encore des lettres d’anciens étudiants de ce cours qui me remerciaient de les avoir inspirés, de leur avoir tant appris, de leur avoir ouvert des portes…

Par contre, après les compliments, pratiquement chaque étudiant avait écrit “trop de devoirs!” Et ma chef, qui était venue observer un de mes cours, m’a dit que j’étais “trop française” et que je devais être plus “sympa” et donner moins de devoirs!

Après ça, mes cours de français sont devenus insipides. Mes étudiants avaient moins de travail mais j’avais aussi moins envie de me donner du mal pour eux. Je n’ai jamais réussi à recréer de connections entre mes étudiants et moi comme lors de mon premier cours. Et mes évaluations sont devenues beaucoup plus neutres.

Heureusement, j’ai retrouvé ma passion lorsque j’ai commencé à enseigner l’anglais à des étudiants étrangers, quelques années plus tard. Là, très rapidement, je me suis fait une petite réputation de tough but fair. L’administration me laissait libre de la façon dont j’enseignais, et mes étudiants ne se plaignaient jamais.

Dans mon champs de maïs, même topo: quand mes étudiants étaient anglophones, il fallait que je sois ultra positive (donc pas “française,”) et que je n’en demande pas trop. Quand mes étudiants étaient internationaux, je pouvais faire ce que je voulais, et je les menais à la baguette, et j’ai eu deux “prix du meilleur prof de l’année.”

Depuis quelques jours, une prof d’une université Américaine est au centre d’un débat intéressant. Son cours (de biologie, première année) était extrêmement difficile et plusieurs étudiants se sont plaints. L’administration lui a donc retiré le cours (au milieu du semestre) et a filé des meilleures notes à tous les étudiants de la classe!

C’est difficile d’être prof, de nos jours. Nos étudiants ne veulent non plus “une éducation universitaire” mais “un diplôme universitaire” qu’ils achètent comme un iPhone. Ils payent, alors ils ne veulent pas en plus devoir faire un effort! Alors on n’ose plus trop leur en demander ni donner de mauvaises notes parce qu’on risque de se faire virer! En même temps, l’université ne veut pas avoir une mauvaise réputation et a peur des poursuites en justice alors elle ne peut pas soutenir les profs qui font réellement bosser les étudiants.

Je ne sais pas comment c’est en France, mais franchement, je trouve que ce n’est pas facile d’être prof universitaire, et parfois je me demande ce que je fabrique ici…

La recette de cette “flognarrrde” vient de chez Dorian. Je vous la copie ici:

Ingrédients : 4 œufs – 40 cl de lait – 10 cl de crème fraîche – 80 g de sucre en poudre – 120 g de farine – 1gousse de vanille – 4 petites pommes – 20 g de beurre – 2 càs de sirop d’érable
Commencez en pelant puis en coupant en morceaux les pommes. Mettez le beure dans une poêle puis faites-y sauter les pommes à feu moyen jusqu’à ce qu’elles soient bien colorées. Ajoutez alors le sirop d’érable, remuez puis retirez du feu.
Versez –les dans le fond d’un moule couvert de papier sulfurisé.
Coupez la vanille en deux puis grattez-la au dessus du lait.
Verser les œufs dans un batteur et battre jusqu’à ce qu’ils soient bien mélangés. Ajoutez ensuite toujours en battant et petit à petit le sucre, la farine, la crème et le lait. Oubliez la pâte pendant une dizaine de minutes.
Versez cette pâte dans le moule puis enfournez dans un four préchauffé à 180° pendant 40 minutes.
Laissez tiédir avant de servir et s’il vous reste un peu de sirop d’érable…

Réussite: 8/10. Pour une fois, j’ai réussi à maîtriser à peu près mon four et donc c’était bien cuit. C’était bon (même meilleur le lendemain), mais j’ai trouvé que c’était comme un clafoutis un petit peu fade, probablement parce que mes pommes étaient trop acides. Si je le refais, je mettrai aussi un peu plus de sirop d’érable quand je fais revenir les pommes dans la poêle.

25 comments

  1. Je ne pourrais pas parler de la règle générale, mais d’un cas particulier de mon université. En première année, j’ai eu un professeur très strict et très impressionant, pour qui une bonne note s’approchait plus du 12/20 que du 16. Je redoutais ses cours, mais avec le recul, je suis très contente de l’avoir eu. Parce que ça été un magistral coup de pied aux fesses pour se dépasser. Quelques années plus tard (j’étais en train de finir mon master), un autre prof de ce genre a rejoint l’université. Et sous les plaintes des étudiants de première et deuxième année, le système des contrôles “continus” (l’équivalent des essays un peu) a été modifié de manière à ce que la majorité des étudiants obtiennent une bonne note, pour contrebalancer la notation sèche de leurs professeurs lors des examens de fin de semestre. On est passé d’exposés un peu difficile, mais stimulants intellectuellement, à des questions à réponses courtes, des qcm et des fonds de carte vides à remplir. Les étudiants étaient contents, les profs beaucoup moins.
    Et quand j’ai eu l’occasion d’assurer quelques cours de tutorat, même topo. J’avais beau leur demander de bosser sur des textes de leurs corpus, histoire de ne pas en rajouter, j’avais toujours droit à des haussement de sourcils : “quoi, encore du travail?”.

    Reste que la tendance doit être exarcerbée en Amérique du Nord : les étudiants déboursant de gros frais de scolarité, ils doivent estimer avoir payer suffisemment pour ne pas en faire trop et obtenir le diplôme quand même. De notre côté de l’Atlantique, ce n’est pas plus rose : ne rien payer ou presque pour entrer à l’université peut donner à certains l’idée que ça n’a pas tellement d’importance de réussir ou non des premières années (pas d’argent gâcher en somme).

    C’est dommage d’en arriver là : les professeurs se brident et les étudiants perdent de nombreuses occasions de se sentir pousser et inspirer par leurs profs.

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  2. Du diplôme en Kit, du jetable, du consommable, … comme le reste de la production : je veux un diplôme mais je ne veux pas que ça me coûte trop. C’est pas grave si c’est juste du plaquage, du moment que ça fait illusion 5 minutes !

    Cette année je me suis accrochée avec un étudiant de prépa qui m’avait recraché mot pour mot dans un entrainement oral un plan de corrigé trouvé dans un bouquin.
    Je le sanctionne pour m’avoir menti en prétendant avoir travaillé seul et sans document, et je lui explique pourquoi.
    Et bien, gonflé le mec, il est allé contester sa note et m’a reproché de méconnaître le système ! S’il veut apprendre par coeur des plans tout faits, c’est son droit, du moment que ça répond au sujet, où est le problème ?
    J’ai essayé de lui expliquer que ça revenait pour moi à valider la compétence de réflexion d’un autre que lui et que la seule compétence qu’il montrait c’était celle de sa mémoire, rien à faire !
    Pour lui, l’important c’est d’assurer le taf, qu’importe qu’il comprenne de quoi on parle… en prépa !!! HAN ! J’en suis ressortie dégoûtée ; désormais, avec ces étudiants là, j’assure le taf, rien de plus.

    Pour mes lycéens, je ne lâche pas ! je fais partie des profs jugés comme exigeante et faisant beaucoup bosser. Mais comme je les fais aussi beaucoup marrer, ça se plaint peu dans les rangs 😀

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  3. Mes années d’étudiante commencent à dater un peu, je ne sais pas si ça a changé, mais j’ai souvenir d’un deux de moyenne en linguistique médiévale que personne n’a cherché à gonfler.

    Mais je pense que les étudiants sont, dès le primaire, habitués au système français avec pas mal de devoirs et encore quelques exigences (même si le niveau baisse, ma bonne dame).

    Du coup arrivé à la fac, il n’y a pas (il n’y avait pas) cette sorte de consumérisme, dans mon souvenir.

    Surtout pour ceux qui passaient le CAPES ou l’agrèg et qui s’en rajoutaient tout seuls une couche !!

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  4. Pour la fac, je ne sais pas. Mais au lycée, les élèves ne paient pas, alors ils ne voient pas non plus pourquoi ils devraient se fatiguer, en tout cas dans les matières qui ne sont pas leur dominante (genre les langues, pour les scientifiques). Pourquoi apprendre du vocabulaire? Est-ce que ce sera vraiment utile de savoir ça pour la prochaine fois (où on continuera sur le même texte)? Les exercices de grammaire, sont, eux, pratiquement interdits par l’inspection, mais c’est un autre débat…

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  5. Dis toi qu’en France, c’est pas forcément beaucoup mieux, même si c’est pas aussi extrême. Ici aussi, l’enfant est roi et tout lui est dû. Les objectifs chiffrés de 75% de réussite au bac (voire plus) se traduisent plus souvent par un assouplissement des barêmes que par un effort accru des élèves.
    Bientôt, l’iPhone sera livré avec iPhD. Pour diminuer le temps d’études.

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  6. fils N°3 a testé les 2 systèmes, mais il n’est pas de toute façon très très intéressé par les études!…cependant, il parlait beaucoup plus des profs dans ton genre qui savaient donner un intérêt au cours…surtout quand il s’agissait de musique ou d’art!… mais aussi en anglais…
    là, on attend son retour pour avoir un peu plus de détails sur ses études US….à part des virements bancaires on n’a pas eu beaucoup de contacts avec la fac!

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  7. en attendant j’ai toujours pas d’Iphone moi! C’pas juste, faut peut-être que je me remette aux études 😛 le boulot de prof (pour ceux que je côtois de près ou de loin ici) me parait quasiment à tous les niveaux vraiment hardu!!!
    Ce n’est pas normal que des élèves puissent se débarrasser d’un prof sous prétexte que le niveau soit trop élevé. La terre ne tourne pas rond.

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  8. Mel

    C’est vraiment surprenant et peu stimulant en effet. Pour moi, les meilleurs souvenirs de cours, ce sont ceux qui étaient dispensés par des profs qui aimaient leur discipline et savaient transmettre leur passion. Et s’ils donnaient beaucoup de devoirs, eh bien, on les faisait ! Mais il est vrai que je n’ai pratiqué que le système français.

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  9. En France, les profs universitaires sont (pour l’instant…) indeboulonnables, ce qui leur donne pas mal de latitude pour enseigner comme bon leur semble – les etudiants peuvent raler autant qu’ils veulent, je doute que ca fasse bouger qui que ce soit. J’ai eu plusieurs profs qui s’exclamaient regulierement qu’un etudiant particulier, ou un groupe d’etudiants etaient nuls et que c’etait un scandale qu’ils soient autorises a mettre les pieds dans le cours – une attitude impensable en Amerique du Nord. Mais bon, en gros, on savait quels profs etaient comme ca, et on faisait le gros dos en priant pour reussir a decrocher le 10/20 a l’exam. L’avantage, c’est que les profs severes et exigeants ne peuvent pas vraiment etre inquietes ni par les eleves ni par l’administration. L’inconvenient, c’est que les profs qui font n’importe quoi ne peuvent pas l’etre non plus – mais heureusement il s’agit quand meme d’une petite minorite.

    Je ne sais pas exactement ce qu’il en est en France avec les reformes de ces dernieres annees, par exemple le plan “reussite en licence” sense mener deux fois plus d’etudiants a reussir un premier cycle universitaire ou les changements dans le mode de financement des universites (il me semble que certains financements seront conditionnes aux resultats en licence, justement), de recrutement des enseignants chercheurs, et je soupconne que la reforme sur le statut permanent des enseignants chercheurs n’est pas loin non plus, puisqu’il est maintenant de mise que les gens “fassent leurs preuves” pendant minimum une bonne demi-carriere.

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  10. Ce que tu décris, je le vis en tant qu’étudiante d’origine européenne ayant toutes mes études en France (jusqu’à la maîtrise incluse) et qui reprend ici à Montréal des études de 2nd cycle…
    Je suis extrêmement choquée du pouvoir des étudiants, qui, en particulier à l’UQAM, ont la possibilité de voter en début de cours pour valider ou pas le plan de cours et le système d’évaluation. La plupart des étudiants sont juste intéressés à avoir plus que B-, et le contenu, ils n’en ont quasiment rien à faire…
    Je suis tombée en bas de ma chaise quand j’ai assisté à ça. De plus, j’ai entendu une étudiante québécoise dire à un moment donné (parce qu’elle avait passé 6 mois en France pour étudier) qu’«en France, ils ont tous 12 sur 20 et c’est considéré comme une bonne note», sur un ton un peu narquois… sous-entendu, en France ils se la pètent mais finalement ils ont des notes pourries…
    Et moi qui me destine à devenir prof ici, ça promet…
    On pourra en rediscuter ! 😉

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  11. catherine

    ce que tu écris me stupéfie, je trouve incroyable que des étudiants niveau supérieur puissent faire virer un prof qui leur apprend leur futur métier!
    j’espère qu’en France ça ne se passe pas comme cela!

    mes études sont lointaines, mais mes profs de fac étaient des médecins respectés, et jamais on n’aurait dit un mot plus haut que l’autre en face d’eux et surtout on n’aurait jamais contesté leur autorité et leur enseignement, même si parfois c’était dur et difficile!!

    pour mes enfants, on parle de la fac en mal, mais il faut aussi bosser fort si tu veux décrocher un doctorat!! et en prépa, les moyennes sont à 10 (au dessus c’est rare) , mais ces jeunes après les concours sont assurés ensuite d’avoir un métier correct et valorisant, je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de litiges avec les profs!
    c’est:tu bosses ou tu restes sur le bas côté!!!

    quant au travail de recherche à la maison, il t’ouvre plein de fenêtres sur le monde si tu le fais avec plaisir..

    bon courage à toi, chère professeur!!!

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  12. Je trouve que la mentalité en France a bien changé.
    J’ai vu un documentaire récemment, sur une prof de lycée ou de collège (j’ai raté le début), qui corrigeait les copies de ses élèves en cherchant sur Internet tout les les phrases qu’elle y trouvait, et qui ne lui paraissait pas en rapport avec ce qu’elle savait de leur niveau.
    Evidemment, elle trouvait à chaque fois.
    Tonton Internet est là pour faire leurs devoirs, pourquoi ils se fouleraient ?
    Elle essayait d’être philosophe en disant : “Au moins, en cherchant, ils ont lu des trucs…”
    Et ce qui m’a le plus choqué, c’est que lorsqu’elle rendait les copies aux gamins devant les caméras, ils n’avaient même pas honte…

    C’est toute une génération de bas du crâne qui est en train d’arriver…
    Qui a dit décadence de nos civilisations ? :-))
    M’enfin, ils mourront du réchauffement de la planète avant de s’en rendre compte !

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  13. Bardamu

    Il faut donc se dire que le système français est excellent : retirer un cours à un prof parce que son cours serait trop difficile est inimaginable ici ! On ne paye pas pour un diplôme mais pour un enseignement (et pourquoi pas acheter une charge tant qu’on y est !).

    Reste que la dialectique décrite peut être vérifiée partout : impossible d’aimer enseigner sans être exigeant (si on l’est envers soi on l’est envers ses élèves). Ce matin j’avais deux heures avec des TES, personne n’avait fait le petit travail demandé deux jours avant : j’ai fini par lire mon cours après avoir déchiré le résumé de cours que je leur avais promis.

    PS : attention, french connection, une connexion française…

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  14. Franchement, je ne trouve pas la fac française beaucoup plus difficile que celle de Montréal, j’ai les mêmes notes mais en travaillant beaucoup moins! Je trouve ça tellement bizarre de ne pas avoir de lectures obligatoires pour élargir les enseignements!

    Après ça doit aussi dépendre des domaines d’étude, en journalisme à Concordia on avait des devoirs à chaque semaine dans chaque cours en plus des lectures et personne ne s’en plaignait. En même temps c’est un programme très contingenté!

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  15. N

    Je me souviens d’un cours d’allemand à McGill où on bossait tous comme des malades pour des notes bien médiocres… Les cours de langues étaient réputés pour prendre beaucoup de temps (devoirs, lab d’écoute, etc.) mais à ma connaissance personne ne s’en plaignait. Et je me souviens d’avoir apprit beaucoup plus en une année universitaire à Montréal qu’en 7 ans d’allemand LV1 en France!!!

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  16. C’est trop vrai… mais en même temps, on se sent quelque peu impuissant à complètement s’opposer à un système qui génère chez les étudiant(e)s des attentes irréalistes face à leur propre réussite. Il y a quelque part une inadéquation entre leur préparation au niveau universitaire (si tant est que l’on peut utiliser ce terme) et la réalité de l’enseignement à ce niveau. Ce n’est pas seulement le cas dans les langues. Je me console en constatant les succès de ceux qui travaillent vraiment.

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  17. J’ai entendu un prof de musique français se plaindre que ses élèves remettaient en cause le moindre morceau qu’il leur donnait à travailler. Quand ils ne pouvaient pas le déchiffrer tout de suite à vue sans difficulté, ils râlaient ! C’était “trop dur” ! On ne parle même pas de gammes ou d’études, où c’est effectivement pas toujours marrant (mais bien utile)… Bref, impossible de progresser dans ces conditions.

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  18. Désolé, Dr CaSo, c’est une vieille technique grecque qui consiste à rudoyer les femmes, si possible en les ignorant, ou en n’allant pas consulter leur blog, huhu.
    Tu as mis le doigt sur le point douloureux: les étudiants en effet confondent diplôme et compétence, ou plutôt ils visent au diplôme, pensant que celui-ci sanctionne des connaissances nécessaires à l’examen, alors qu’on a cherché à leur communiquer des compétences pour leur future carrière. Le malentendu est permanent, mais il ne faut pas lâcher prise.

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