c'est pas moi je l'jure!

t’es ma terre, mon pays

L’autre jour, ma frangine (allemande), qui rentrait chez elle en Allemagne après un weekend à Paris (et qui a donc grandi en Suisse), expliquait combien c’était parfois difficile de ne se sentir “chez elle” vraiment nulle part.

En lisant son commentaire, j’ai eu envie de répondre “Heureusement, après avoir quitté l’Europe depuis 24 ans, je me sens enfin chez moi au Canada.” C’est sûr que je ne me sens pas “chez moi” en France ni en Suisse. Peut-être qu’avoir la nationalité du pays d’adoption aide à se sentir plus “chez soi.” Mais ce qui est drôle, c’est qu’en même temps, je me sens toujours beaucoup plus “Suisse” que “Canadienne.”

Quand je rencontre des gens, en général, la conversation commence comme ça:

Personne qui a entendu mon accent pas très catholique: Oh, where are you from?
Moi: I’m from Canada.
Personne qui veut sembler intelligente: From Quebec?
Moi: No, from Switzerland! 

(Je ne réponds “From Alberta” que si l’interlocuteur est assez intelligent pour demander “Where in Canada?”)

Je ne sais pas pourquoi je me sens encore Suisse, parce que j’aurai bientôt vécu plus longtemps au Canada (14 ans) qu’en Suisse (15 ans), et au total, j’ai vécu plus longtemps en Amérique du Nord (24 ans) qu’en Europe (23 ans)! Qu’est-ce qui fait que je me sens Suisse? Qu’est-ce qui construit ma suissitude? Le fait que je n’aime pas parler de moi comme les gens ici? (Oui je sais, c’est ironique d’écrire ça sur un blog!) Le fait que je m’en fiche du hockey et du baseball? Que je préfère le chocolat (suisse) au sirop d’érable? Que le papet vaudois, les merveilles, et la tarte à la raisinée me manquent?

Quel est l’élément qui fait qu’un Canadien se sent Canadien et que je n’ai pas?

Qu’est-ce qui nous donne une identité? Est-ce les souvenirs? Les goûts? Les amis? Des lieux? La famille? L’enfance? Le sport? La politique? La culture? Le temps (time, pas weather) (quoi que)?

Je me sens chez moi au Canada, c’est sûr, et pourtant j’y ai vécu à peine plus longtemps que j’ai vécu aux Etats Unis, mais je ne me suis jamais sentie américaine! Je ne me suis jamais sentie chez moi aux Etats Unis, alors qu’en même temps, je ne me sentais déjà plus non plus chez moi en Suisse ni en France.

Je crois que ma suissitude n’est pas une contradiction à mon identité de Canadienne. C’est comme mes cheveux roux, mes béquilles, mon opiniâtreté, mes 1 mètre 50, et mon accent étrange: c’est juste une partie de ce qui me fait moi.

Mon impression de chez moi au Canada est peut-être aussi le résultat d’un deuil que j’ai dû faire, parce qu’après avoir essayé sans succès de quitter ATPN, j’ai dû me dire que ma vie n’était pas parfaite ici mais c’était ma vie et ça n’allait plus changer, je n’allais jamais revivre en Europe. Il a fallu que je DESCIDE d’être chez moi ici une bonne fois pour toute pour arrêter de me sentir heimatlos. Peut-être que ma soeur n’a pas encore été forcée de passer par là, ou peut-être qu’avec le temps…

22 comments

  1. Tu sais… je vis au Canada depuis tellement longtemps… d’abord au Québec puis en Colombie Britannique puis des aller-retours entre l’Europe et le Canada, des périodes de vies là-bas, des périodes de vie ici… mais je suis Belge… jusqu’au trognon… je ne sais pas ce que c’est, je ne sais pas pourquoi… peut-être est-ce une question de vibrations de l’endroit d’où l’on vient, de l’endroit que l’on aime (même si on ne s’en rends pas compte)… je ne sais vraiment pas mais même si je suis officiellement canadienne depuis tellement longtemps, mon cœur est aussi en Belgique… et en France où j’ai vécue aussi… Finalement, ma petite Sosso… on est des Terriens… et c’est ça qui compte. On se doit de garder précieusement nos traditions, notre langue, nos coutumes qui font de nous ce que nous sommes, d’où que l’on soit. Nous vivons sur cette superbe planète et c’est ce qui compte. Tu es suisse et tu le seras toujours et un jour… tu verras… tu sauras. En attendant ce jour, appréçie chaque instants… et c’est ça l’important ❤

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  2. valeriedehautesavoie

    Je sais que je ne me sens pas du tout haute savoyarde, alors que j’habite ici depuis trente six ans, que j’y ai eu mes deux enfants, que j’ai passé plus de temps ici qu’en Alsace. Je me sens plus oléronnaise d’ailleurs mais vraiment alsacienne à 100%. Je ne sais si c’est ce qui nous a fait enfant, qui prime sur le reste.

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  3. moi aussi je dis souvent (avec fierté? alors qu’il n’y a absolument aucune raison de l’être) (peut être pour “choquer” mes interlocuteurs) que je suis Lorraine (d’origine) , j’y ai vécu toute mon enfance, mon adolescence, mes études, le début de ma vie adulte, j’y ai pondu deux filles, j’y ai vécu 32 ans, et je pense que ce sont mes “racines”, les vraies, la terre de mes ancêtres (qui ne bougeaient pas, ne voyageaient pas, que je n’ai bien sûr jamais connus) mais c’est un fait, je suis profondément Lorraine..et lorsque nous retournons là-bas (peut être moins de 15 fois en 30 ans), j’ai du plaisir, même si j’ai du mal à l’avouer 😉
    Et depuis 1987 que nous habitons en Bretagne, je me sens toujours “étrangère”, du moins les bretons me le font sentir..pas mes amis expatriés comme moi. Mes fils nés ici se sentent vraiment bretons eux..bizarre, non?
    Je me fais peut être des idées (fausses)? Mais jamais nous ne quitterons notre maison ici..et la si belle Bretagne!!
    Alors je te comprends très bien! et ta soeur aussi, même si je n’ai pas autant bougé qu’elle.
    Bonne journée à bientôt
    bises

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    • La zia

      Sur le marché de Port Louis (56) cet été, j’ai été attirée par une odeur de ….. mirabelles que des Lorrains étaient venus vendre. Et c’était des vrais, plutôt de Nancy d’ailleurs que de Metz. N’empêche, mon coeur a chaviré… j’aurais bien acheté tout le stand. Les odeurs me rattachent à cette terre où j’ai grandi… et pourtant je ne me sens pas du tout Lorraine. Et à Groix, ce sont des Lorrains de la Meuse qui font maintenant le pain à Port Tudy et des petits pâtés lorrains délicieux qui ont un succès fou et les Bretons les ont accueillis à bras ouverts… faut dire que leur pain est excellent et l’accueil formidable, alors….

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      • ah merci pour le renseignement, faudra que j’aille goûter le pain de ces expatriés meusiens alors! et je préfère de loin les mirabelles de Nancy à celle de Metz, je les trouve bien meilleures..il y a deux ans, on a planté un mirabellier dans notre jardin breton, et cette année, il croulait sous les fruits, j’ai même réussi à faire des pots de confiture, incroyable, non?

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  4. laurence @lopalomita

    qu’est-ce qui fait que je sens une bonne partie de moi italienne alors que seul mon père l’est mais a tout fait pour gommer cela en “oubliant” la langue de ses parents et ne nous donnant surtout pas de prénoms français ? ma “tronche” ? le fait que je parle avec les mains ? le goût des belles fringues et/ou déco ? une vibration particulière quand je suis là bas ? je ne sais pas surtout que du côté maternel ils sont plutôt blonds aux yeux bleus et viennent de boulogne sur mer !! pourtant je ne me sens pas “du nord” même si je vis en Picardie … cela dit, pour voyager pas mal, je peut me sentir picardie quand je visite d’autres régions… c’est compliqué tout ça

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    • Je pensais aux sports, et au nombre de fois où des gens qui en général disent ne pas se sentir particulièrement français, par exemple, se sentent soudain très français quand c’est la France qui gagne la coupe du monde 😉 Ou bien quand on dit qu’on se sent français en opposition à d’autres pays/cultures, effectivement.

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  5. En tout cas, j’adore quand tu utilises des mots ou expressions suisses sur ton blog, et c’est peut-être en partie pour ça que j’ai eu envie de continuer à te lire, comme si ça créait un genre de petite connexion avec moi 😉
    Je me sentais chez moi quand j’habitais à l’Ile Maurice, mais je ne me sentais pas mauricienne, et je ne pense pas que je l’aurais jamais senti, même si j’y avais vécu plus que 4 ans. Trop de choses me rattachent à la Suisse, mon goût pour l’organisation, certaines idées, des croyances, visions du monde… Et puis bon, il y avait toujours la couleur de peau, que je pouvais oublier mais que les gens n’oubliaient pas. La fois où je me suis sentie le plus bizarre vis-à-vis de tout ça, c’est la fois où on était venus en vacances en Suisse après que j’aie habité 1 an et demi à Maurice : j’étais en “vacances” dans la maison où j’avais grandi, les gens, la ville que je connaissais par cœur me semblaient tout à coup étranges, comme d’un autre monde…

    Au Canada, j’imagine que ça doit quand même être différent, parce qu’il y a tellement de personnes qui sont Canadiens (d’après leur passeport) mais qui viennent d’ailleurs.

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  6. Tiens, est-ce que je me sens chez moi, là où je vis? En tout cas, je sais que quand je dis que je suis (aussi) canadienne, j’ai un peu l’impression d’usurper une identité. Et je me souviens que, quand j’étais en Allemagne, les militaires français en garnison m’avaient, d’un coup d’oeil, identifiée comme une compatriote; je me demande encore pourquoi…

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  7. GM

    Je suis la fille d’un fonctionnaire et je suis donc née dans une ville puis ai vécu dans deux autres avant d’être étudiante à Paris, puis j’ai épousé un fonctionnaire et ai vécu à Lyon (que j’ai beaucoup aimé), à Orléans (que j’ai détesté) et à Paris avant de prendre ma retraite dans une jolie maison de la banlieue parisienne. Je ne me sens ni Chartraine, ni Rouennaise, ni Parisienne, ni Lyonnaise… et je ne ressent absolument pas le besoin d’être “née quelque part”.
    Pourtant, quand je pars m’isoler deux mois en montagne (Pyrénées ou Alpes peu importe) et qu’on s’étonne autour de moi, j’explique que “La montagne (où je n’ai jamais vécu mais où j’ai fait toute ma vie de fréquents séjours) c’est mon biotope” ou bien, plus emphatique : “Si on me prive de montagne, je meurs”.
    Et je reprendrai une citation d’Antoine Blondin “Je ne me sens vraiment chez moi que dehors.”

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  8. Je ne me suis déplacée qu’en France, pour le travail entre autres. Née à La Rochelle, j’ai vécu 40 ans aux alentours de Poitiers, puis revenue en Saintonge, racines de mes grands-parents. J’y ai réfléchi quelques jours, ta question m’interpellait.
    C’est très étonnant parce que les 40 ans à Poitiers s’effacent doucement. Je suis bien ici. “Et plus que l’air marin, la douceur saintongeaise”. Ce qui est intéressant c’est que beaucoup de personnes que je rencontre ont leur place dans ma généalogie.

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  9. Moi je me sens de là où j’habite. En ce moment je suis bordelaise d’origine rochelaise originaire de la Drôme et des Yvelines. A Madrid je me sentais madrilène, mais pas espagnole et à Dublin clairement : française!
    Je comprends que tu te sentes tout à fait canadienne 🙂 Après toutes ces années!!!!
    Bises

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