c'est pas moi je l'jure!

roulée en boule ma colère

Les jours se suivent et se ressemblent, à la FAK. Aujourd’hui j’ai pété une durite (et un vaisseau dans mon pouce) en classe pour la première fois de ma vie.

Mes étudiants me tuent, et après avoir puisé pendant des mois dans des réserves de patience que je ne me connaissais même pas, j’ai craqué et gueulé.

Autant la dernière fois j’étais posée et prudente, autant cette fois-ci j’ai laissé mes émotions prendre le dessus, et je le regrette.

Depuis le début du semestre, j’ai l’impression de faire la zouave devant un groupe de collégiens qui s’en fichent de tout, n’arrêtent pas de parler, n’écoute jamais rien, rigolent comme des gamins de blagues stupides, ne font aucun effort pour comprendre quoi que ce soit, et résistent à toutes mes tentatives de leur apprendre au moins à écrire une phrase correcte.

J’ai TOUT laissé tomber, tout mon plan de cours. Chaque semaine, je dois réévaluer leur manque de connaissance, leur incapacité à se concentrer, et leurs tentatives de résistance à tout. J’ai essayé de parler, de négocier, d’expliquer, de démystifier, de raconter, de motiver, de témoigner, de rigoler, de supplier, de menacer…

Il y en a cinq ou six sur 17 qui font un effort, plusieurs qui m’ignorent tout simplement avec leur résistance passive (et épuisante), quelques uns qui sont vraiment sympas mais complètement perdus, un jeune qui s’est calmé mais ne fait strictement plus rien, et quelques petits connards qui font les cons comme s’ils avaient 15 ans.

Mais merde, quoi, on est à l’université, pas au lycée! Si j’avais voulu être prof de lycée j’aurais pas attendu 48 ans pour m’y mettre!

Donc aujourd’hui j’ai d’abord frappé ma table avec le plat de ma main et j’ai une grosse bague bien large et ça a soudain fait “bam!” et c’est là que je me suis pété le pouce, mais ça n’a servi à rien du tout et cinq secondes plus tard, les papotages et rigolades ont repris de plus belle et là j’ai gueulé “shut up!” et puis j’ai continué à expliquer mon truc comme si de rien n’était.

Une fois mes explications terminées, je me suis excusée d’avoir gueulé, et je les ai tous foutus à la porte de ma classe parce qu’il fallait que je pleure un bon coup! Il y en a un qui a marmonné quelques excuses en passant devant moi mais j’étais trop secouée pour comprendre quoi que ce soit.

J’ai écrit à la capitaine du groupe, juste pour la prévenir, et elle avait déjà entendu l’histoire par une de mes étudiantes qui était dégoûtée par le manque de respect de ses camarades. La capitaine m’a dit qu’elle aussi avait l’impression d’avoir un groupe de petits emmerdeurs de 15 ans devant elle, parfois!

Je n’avais jamais, JAMAIS perdu patience en classe. Et maintenant ça va me ruiner mon weekend. Bordel!

26 comments

  1. Ils te ruinent déjà tes cours, tu ne vas pas les laisser en plus ruiner ton week-end ? J’ai l’impression que tu parles de ma classe difficile. Je suis sur les nerfs quand je quitte les élèves mais à présent, j’arrive à les oublier déjà dans la soirée. A toi de trouver comment te détendre et ne penser qu’à toi. 😘

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  2. catandfivecats

    c’est bien la première fois que je te vois péter un câble en cours face à tes étudiants en 12/13 ans que je suis ton blog😥 en effet ça doit être grave…
    courage, plus que quelques semaines de cours avec eux (si j’ai bien compris?)
    Julien Clerc, il chantait déjà quand j’allais au lycée; OMG, que c’est vieux!
    bisous

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  3. La zia

    C’est le lot de bcp de profs. J’ai eu les mêmes en lycée professionnel (16/17ans) Je me suis dit que s’ils parlaient et chahutaient sans cesse c’est qu’ils ne savaient pas faire autrement. Alors j’ai réorganisé les cours : petits groupes, études de cas remise par écrit à chaque groupe, mise en commun, apport avec ppt. De ce fait je parlais moins (bcp moins fatiguée) et eux échangeaient et parlaient bcp entre eux mais du sujet. Ça fonctionne avec des adultes aussi. Je l’ai même vécu en fac, en amphi, mais peux-tu faire des groupes de 4 avec la disposition de ta salle ?

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  4. Magali

    Frapper de la main sur le bureau peut être dangereux n’est-ce pas et cela renvoie la colère contre soi. Je te suggère une longue règle carrée, qui fera plus de bruit et évacuera ta colère sans danger.
    Si le capitaine a les mêmes problèmes, ce n’est pas le charme cookies qui les maintient en enfance ; je l’ai cru un instant.
    Et pas de week-end gâché, ce serait dommage. Un hurlement d’ado sur ton balcon suffirait-il ?

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    • mmechapeau

      Frapper sur le tableau noir est à déconseiller aussi car on peut casser ledit tableau noir et écrire le restant de l’année sur un tableau fêlé est loin d’être amusant.

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      • 😆 effectivement ça ne doit pas être très agréable 🙂 Maintenant, je n’ai plus qu’un ordinateur et un projecteur, plus de tableau ni noir ni blanc. Difficile de tapper sur l’écran en plastic du projecteur, hélas…

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    • Je crois beaucoup au cri primal (pas du tout au cri d’ado) le cri, le vrai cri (animal) et même plutôt la séance de cris libère totalement, encore faut-il pourvoir (savoir) se lâcher vraiment, notre éducation notre culture ne nous autorise pas ce laisser aller (si j’osais j’évoquerais bien le cri de jouissance sexuelle si difficile à laisser s’exprimer) Je crains qu’il soit bien difficile d’exprimer un cri assumé depuis un balcon, un atelier de théâtre d’improvisation peut permettre de “décoincer” ce genre de cadenas (la Doc’ en connaît un rayon en matière de décoinçante de cadenas) certaines pratiques sportives peut aider, sinon rien ne vaut un lieu vraiment désert, une forêt, un bord de plage l’hiver etc…

      Bleck

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      • Tu vois tu m’as porté conseil en parlant de cadenas, j’ai enfin réussi à ouvrir la fameuse porte 😀 (et j’ai failli crier de joie mais je n’ai pas voulu faire peur à Miss Penny. Quant au balcon, il est couvert de neige et la forêt ne me dit trop rien, comme je n’ai pas de pneus neige…)

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    • Magali, j’ai toujours apporté des cookies à mes étudiants dans le passé et je n’ai jamais eu ce genre de problème. Je ne vais quand même pas acheter une règle rien que pour faire ça quand même, si? 😉

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  5. Face à des élèves qui ne sont pas là de leur plein grés. Dans une telle situation, la transmission du savoir est compromise. (J’enfonce parfois des portes ouvertes.) Les séances d’enseignement sont stressantes pour les personnes apprenantes et la personne enseignante et sont peu productives. Quelles solutions peut-il y avoir pour permettre à la fraction d’élèves souhaitant apprendre de le faire dans de bonnes conditions ?
    Peut-être qu’il faudrait dispenser de présentiel ceux et celles qui ne respectent pas un contrat de respect minimum de l’enseignement et de leur condisciples, et leur fournir des ressources d’auto apprentissages et qu’ils et elles se débrouillent par eux-mêmes.

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    • Le problème avec ton idée hybride c’est que ça donne deux fois plus de boulot au prof! Et je n’ai que 17 étudiants, on pourrait penser que je pourrais arriver à les contrôler 😉 (D’ailleurs leurs autres cours sont en ligne, je suis leur unique cours en personne, et plusieurs étudiants sont en échec dans ces autres cours.)

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  6. Comment dire? Je suis prof en lycée… Je confirme que la mise au travail peut fonctionner en petits groupes (ça casse un peu l’apect hiérarchique du rapport frontal), mais ça peut aussi être très bruyant. Tu pourrais peut-être aussi demander à chacun de se fixer deux ou trois objectifs à atteindre, et leur demander de signer un contrat à respecter pour atteindre leurs objectifs.
    J’espère que la glace t’a consolée et que tu passeras au moins un bon dimanche.

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    • La glace m’a déprimée (guilt) et je ne peux pas demander à mes étudiants de travailler en groupe because distance de covid et tout. Je penserai à l’idée du contrat, je le faisais à une époque mais pour ça il faut qu’ils aient des objectifs, et je ne pense pas que ces jeunes en aient…

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  7. Blanche

    Je crois entendre mon mari qui était prof de fac. Il a pris sa retraite, en partie parce que ses étudiants de première année, se battaient pour une trousse, ou harcelaient les filles !!!!

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  8. Wam

    Moi aussi, j’ai l’impression d’entendre une partie de ma famille, prifs, et parfois dans des milieux difficiles (“l’autre jour, des chaises ont volé dans la classe. Bagarre entre élèves ” ; “J’ai vu débouler un nouvel élève. Il n’avait pas pu faire la rentrée parce qu’il etait en prison”…)
    Force et courage à vous tous.
    Et tu as le droit de péter un cable de temps en temps, tu n’as été violente ni envers des personnes, ni envers des biens. Donc, bon, hein…

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    • Oui mais tu parles de lycées, là, pas d’université! Enfin, j’espère!!! J’admire profondément les gens qui arrivent à survivre dans ces milieux!! J’ai jusqu’à vendredi cru que j’avais une poigne de fer, mais en réalité j’ai surtout eu beaucoup de chance d’enseigner dans des milieux ultra privilégiés jusqu’à maintenant…

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