c'est pas moi je l'jure!

compagnons des mauvais jours

En 2006, j’ai terminé mon doctorat et reçu une invitation à transformer une partie de ma thèse en un article géant (de 40 pages). Très flattée, j’ai dit ok, mais je me suis rapidement rendue compte que je n’y arriverais pas toute seule. J’ai alors demandé à un mec que je ne connaissais absolument pas mais qui venait de publier un bouquin dans mon domaine, d’être mon co-auteur, et il a dit d’accord!

Ce type, Enric, prof de linguistique, habitait en Espagne. Sa recherche était très proche de la mienne sauf qu’il étudiait le côté européen de la chose, alors que moi j’en étudiais le côté nord-américain. Il était donc facile de diviser le travail.

En 2007, l’article n’avançant pas, je suis allée passer dix jours en Espagne pour bosser avec mon nouvel ami. On a bien avancé et j’ai adoré l’Espagne (à tel point que j’y suis retournée l’année suivante).

Enric et moi avons finalement réussi à terminer notre article qui a été publié en 2008, et nous sommes restés amis. Donc en 2009, quand j’ai commencé à parler d’Alberta, il m’a dit “J’ai une amie qui habite là-bas! Je vais la prévenir!”

Effectivement, quelques jours plus tard, Tracey m’écrivait un gentil message pour me proposer qu’on déjeune ensemble lors de mon entretien d’embauche.

On s’est tout de suite très bien entendues, Tracey et moi! Elle travaillait dans une autre Faculté que celle où j’allais peut-être être engagée, mais dans un domaine proche de ce que j’avais fait comme études.

Finalement, j’ai été invitée à rejoindre l’université en Alberta, et j’ai dit oui.

Tracey et moi sommes devenues de bonnes amies. On n’était pas aussi proches que je l’étais avec Justine, mais elle m’a permis de rencontrer plein d’autres personnes intéressantes et de passer de très bons moments avec elle et ces gens. Elle a toujours été de bon conseil, surtout qu’elle connaissait tout et tout le monde. C’est elle qui m’a suggéré d’aller faire du bénévolat avec des lycéens immigrés tous les samedis. Et elle m’a aussi invitée à lui rendre visite dans son chalet dans le sublime parc de Waterton, au sud de l’Alberta, avec ma tante (c’est de là-bas que viennent plusieurs des photos qui ornent la tête de ce blog).

On se rencontrait une fois par mois avec plusieurs collègues de départements différents mais qui travaillaient sur les mêmes questions, au Faculty Club, le vendredi après-midi, pour y grignoter popcorn et fromage et y boire quelques verres de vin (et supposément parler de recherche). Jusqu’à ces rencontres, je ne m’étais jamais rendue compte à quel point on pouvait être complètement irrévérencieux (pas méchamment!) envers certains collègues, des auteurs d’articles “importants,” nos étudiants, les conférences, et le monde académique en général. Au départ, je regardais mes nouveaux amis rire comme des adolescents de tout et de rien et je me disais “mais… je croyais qu’être prof universitaire signifiait qu’on devait avoir une vie sérieuse et ennuyeuse!” (ça vous donne une image de ce qu’avait été mon boulot à Toronto!) C’est grâce à Tracey que je me suis rapidement sentie “chez moi” dans cette université, alors qu’au même moment, dans mon propre département, je me faisais massacrer par John.

Tristement (pour moi), mon amie Tracey a pris sa retraite au même moment que Justine. Elle est restée en Alberta, elle, mais elle passe ses hivers en Californie et ses étés à Waterton, donc je la vois rarement. Mais en juillet 2019, quand Enric et sa femme sont venus passer l’été en Alberta (ça faisait très longtemps que je ne l’avais pas revu, lui), on a passé une super soirée tous ensemble, sur le balcon de Tracey!

Les gens qu’on aime #11: quelqu’un avec qui on a travaillé

13 comments

  1. Bleck

    # 11 “Quelqu’un qu’on aime#avec qui on a travaillé#ou le choc des coincidences#où ça peut être un peu long”

    Comme ça peut être un peu longuet, et que je souhaite pas heurter la délicatesse de ton aimable lectorat je vais illico sur le sublime “Y en a un peu plus, j’vous l’mets quand même” racontailler mon Rémy rien qu’à moi.

    Bleck

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  2. tu as des amis partout dans le monde, et pas que virtuels, je suis scotchée à chaque fois que je te lis!
    #10 je ne travaille plus, mais je fais des activités, est ce que ça compte? mon amie Cécile, qui fait de la céramique depuis 5/6 ans, après avoir dans une première vie travaillé dans le tourisme (c’est comme ça que je l’ai connue, il y a très longtemps, pour réserver des chambres et une voiture sur l’ouest canadien, à l’époque, je ne préparais pas toute seule mes voyages), je l’ai beaucoup apprécié par son professionnalisme, son humour, sa zénitude, qui s’est encore renforcé lorsqu’elle a fait ce virage à 180°, devenir céramiste! et depuis, je tourne chez elle (je faisais de la poterie depuis 10 ans dans un autre atelier) , et elle est devenue une vraie amie😊
    voili, ai je bien répondu?
    bon jeudi, bises chère Dr

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  3. Ce pie est magnifique!
    En te lisant je me dis que c’est fou comme les amis apparaissent et disparaissent au fur et à mesure des annnées!
    maintenant avec FB c’est plus facile d’entretenir un lien, même fragile.
    Je pense à tous les amis que j’ai perdu suite à un déménagement de mon côté puis à un déménagement de leur côté etc.
    Quand il n’y avait pas le téléphone portable quand on se perdait de vue 1 an c’était foutu!
    Bonne journée 🙂 bisous

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  4. Céline de Belgique

    #11: J’ai rencontré Nadia quand je suis arrivée à Paris pour travailler dans cette boîte de consultants. Nous étions dans le même bureau de 5 personnes, pendant la canicule et sans clim’. On rigolait en disant qu’on finirait notre journée à 35! Et ça nous est arrivé !
    C’est une fille drôle et qui me plaisait beaucoup. Je me souviens de sa bienveillance et de son charme.
    Nous avons commencé à nous voir quand elle est partie en mission. Des restau ensemble, j’ai rencontré son copain, ils m’ont initié aux mangas et aux films de Myazaki. J’ai pleuré de rire quand ils m’ont raconté leur emménagement -la location du camion Ikéa: attention à la hauteur du caisson !
    J’ai été invitée à leur brûlage de culotte commun dans Paris, puis au mariage qui avait lieu dans le sud de la France. C’était une belle fête, une très bonne ambiance. Mmmh je rêve de me marier rien que pour avoir la même piece montée de choux croquants!
    Puis sa première grossesse: Que du bonheur qu’elle nous faisait croire.
    Ahh Nadia ! J’ai vraiment passé de beaux moments avec toi.
    Après j’ai déménagé en Belgique et nous nous sommes revus de loin en loin quand je revenais faire un tour des copains à Paris. Mais trop vite, trop peu de temps à passer avec chacun et nous nous sommes perdues de vue.
    J’ai appris qu’elle avait eu des soucis de surmenage et récemment j’ai appris qu’elle divorçait.
    J’ai envoyé une bouteille à la mer ce matin. J’espère reprendre contact.

    Je ne materialise pas mes amitiés, mais certaines decouvertes ou routines que je mets en place grâce à mes amis me font penser à eux. Pour Nadia, elle m’a mis dans la tête le rêve d’un élevage de lapins en liberté. J’ai fait une tentative malheureuse mais je ne m’avoue pas vaincue ! Et puis il y a ce savons au gingembre qui me transporte immédiatement chez vous !

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  5. wam

    Je remets ici le #11: quelqu’un avec qui on a travaillé, que j’avais déjà laissé sous “sous “partir à zanzibar”, ton post du 02/11/2020
    Je vais parler, brièvement, ce soir, d’une de mes collègues qui a beaucoup compté pour moi à un moment.
    C’était une sale période pour moi. Ma chef était dure avec moi (sa propre chef n’était pas commode non plus, son crédo étant le fouet pour faire avancer les troupes). Et injuste aussi de mon point de vue. Il est vrai que mon côté réservé, bonne élève, studieuse, voire perfectionniste et pas encline à me vendre et à dire non ne me sert pas non plus.
    En tout cas, je remercie infiniment cette collègue, qui subissait aussi sa part de récriminations (dans de moindres mesures, mais quand même) et qui a toujours été là pour me remonter le moral, m’aider à relativiser, compatir à mes difficultés, me donner un coup de main quand tout devenait tendu, me rappeler que je bossais bien et beaucoup, à me valoriser. Je crois que sans elle, j’aurais sombré dans un burn out.
    Je la croise encore parfois dans les couloirs, et on a toujours des paroles gentilles l’une pour l’autre. et un peu de douceur dans ce monde, ca fait du bien

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  6. Geneviève

    Bon avec ce déménagement faut que je trouve le temps de me poser 2 minutes… qui deviennent 40… pour rattraper mon retard hahaha !
    J’ai travaillé pendant 10 ans pour un petit bureau de type consulaire, un machin sans prétention aucune mais qui me permettait 1) de parler allemand 5 jours par semaine et ainsi garder contact avec mes racines, 2) de ne pas avoir de trou dans mon CV (ma grande hantise depuis toujours), 3) d’avoir pas mal de temps libre pour faire autre chose à côté (bénévolat) ,et 4) de (faire semblant de) participer à la santé financière du foyer familial.
    Dans ce bureau, ça venait et ça repartait : des stagiaires tous les 3 mois, des collaborateurs tous les 2-3 ans, le chef tous les 5 ans. Et une bonne femme, indéboulonnable, là depuis plus de 20 ans, foncièrement incapable de travailler en équipe (ce qui, dans une toute petite équipe, est très handicapant quand ladite personne a un rôle a priori central), et parfaitement insupportable. Je pourrais continuer longtemps sur son cas, mais… on parle ici des gens qu’on aime…
    Un jour, le collaborateur qui faisait la compta a fini son doctorat de littérature et s’est barré, donc il a été remplacé. Il était super sympa, on s’entendait hyper bien, alors j’avais un peu peur de ce qui allait suivre. Est arrivée une fille la moitié de ma taille avec un air de gamine, elle aussi en études doctorales, et qui avait l’air de tout savoir mieux que tout le monde. Elle souriait à tout le monde et ça m’énervait légèrement, je prenais ça pour une façade hypocrite. Les premiers mois on ne s’est pas trop approchées, je regrettais encore son prédécesseur, et elle — elle me l’a avoué plus tard — je l’intimidais du haut de mon 1m80 et de ma gueule de bouledogue.
    Mais au fil des mois, notre haine commune de la collègue insupportable susmentionnée a fini par nous rapprocher. Le patron de l’époque, un type que j’estimais (et estime encore) beaucoup, s’entendait bien avec cette nana minuscule, les stagiaires aussi, et puis les pauses lunch ont commencé à s’allonger (la collègue chiante n’y prenait jamais part) tranquillement, imperceptiblement. J’ai appris à la connaître comme ma soeur : cette fille était (et est toujours) un véritable moulin à paroles, et avec un humour absolument génial. Elle est bourrée d’autodérision, et on rigolait comme des bossues. J’ai eu droit à tout, les histoires avec ses parents un peu timbrés, les cahots de sa relation avec un type qui en fin de compte l’emmerdait un peu, sa rencontre avec un nouveau type qui l’intéressait bien plus sans qu’elle ose se l’avouer, les premières rencontres, le premier baiser, je te dis, j’ai eu droit à TOUTTE !
    Et en échange, je lui racontais les histoires avec mes enfants. Comme elle n’en veut pas, je lui servais d’exutoire : d’un côté elle se régalait des conneries dont elle était “témoin”, et d’un autre ça la confortait dans l’idée qu’elle n’en aurait jamais. Au fil des années, elle est devenue LA personne la plus importante de mon quotidien, et les jours où elle n’était pas au bureau je déprimais solide. D’ailleurs, quand j’ai quitté ledit bureau, elle m’a dit que tout commencé à partir en couilles, et qu’elle ne voulait plus y retourner… un an plus tard elle a fait comme moi et s’est barrée.
    Aujourd’hui elle est Dr. en littérature, vit à 500km d’ici avec son copain (le type dont j’ai su avant elle qu’elle était en train d’en tomber amoureuse…), ils viennent tout juste de se fiancer, et je l’ai nommée tutrice de mes enfants si jamais, d’aventure, on devait crever tous les deux avant qu’ils soient majeurs.
    Je lui parle souvent au téléphone, et je m’ennuie de ne plus la voir parce que c’est pas pareil à distance : d’abord j’entends mal, et en plus, beaucoup de notre relation tient à ses expressions corporelles et à ma réaction à celles-ci…

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  7. Jenny

    #11 quelqu’un avec qui on travaill(ait)
    En 2001, j’ai travaillé dans un boîte qui fabriquait des modems, dans le service de l’administration des ventes et du trafic. J’y suis arrivée par hasard, après une mission d’intérim et je trouvais ce boulot rasoir au possible (qui s’intéresse aux droits de douane, hein ?). J’étais dans un bureau avec ma cheffe et une jeune femme. Cette jeune femme était très discrète, parlait peu, travaillait vite et bien et ne déjeunait pas le midi, ce qui m’impressionnait beaucoup. Elle m’aidait beaucoup et rattrappait mes bêtises car comme le travail m’ennuyait, j’avais du mal à me concentrer dessus. 0.La boîte a connu de grosses difficultés en raison de la crise et j’ai me suis retrouvée dans la première vague de licenciements en novembre.
    Je ne me souviens plus quand (avant ou après mon licenciement) mais nous avons commencé à aller à la piscine ensemble car nous avions des tickets d’entrée très peu chers grace au CE. Et puis S. m’a demandé d’aider sa fille collgienne en anglais. Et puis petit à petit on a arrêté de se voir. La dernière fois, c’était peu après la naissance de mon fils (2006) : elle est venue me voir chez moi. J’ai essayé de la contacter quelques années plus tard mais elle avait dû changer d’employeur et je n’ai pas pu la joindre.
    Et puis en février 2020, elle m’a contactée sur le site professionnel “qui veut nous enchaîner” et on avait décidé de se revoir mais le 1er confinement est arrivé, puis le 2e avant que nous ayons peu organiser une rencontre. Je suis contente qu’elle m’ait conactée et hâte de la retrouver, même si nous n’étions pas amies, je l’appréciais beaucoup.

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