c'est pas moi je l'jure!

more than friends

En avril 2009, je vivais à Toronto et je suis allée en Alberta pour un entretien d’embauche. C’est là que j’ai rencontré Justine, et tout a commencé de façon un peu spéciale. Je suis arrivée après 23 heures à ATPN, après 9 heures de voyage, et Justine m’a emmenée faire un grand tour de la ville! Il était presque 3 heures du matin heure de Toronto quand elle m’a enfin déposée à mon hôtel, alors que ma première “réunion” avec trois membres du comité d’embauche avait lieu à 7h30 le lendemain matin, pour le petit déjeuner! Donc on ne peut pas dire que je l’ai adorée, ce soir-là, la Justine!

Pendant toute la journée d’entretiens le lendemain, j’étais épuisée, et Justine était avec moi toute la journée. Je crois qu’elle a parlé plus que moi en fait, parce que j’avais l’impression qu’elle n’arrêtait pas! En plus, elle me présentait des milliers de profs et étudiants, comme si j’allais me souvenir de tous ces gens, et quand elle m’a reconduite à l’aéroport le lendemain, elle m’a encore parlé pendant les 40 minutes de trajet de millions de choses et m’a donné une copie du bouquin qu’elle venait de publier et qui était énorme! Bref, elle m’a épuisée et assez alarmée! J’ai quitté ATPN en me disant “Mon Dieu, comment est-ce que je pourrai la supporter plus de 10 minutes si je travaille avec elle!?”

En fait, Justine, elle débordait! De tout. D’énergie, d’idées, de gentillesse, de rire, de solutions, de problèmes, de générosité, d’intelligence, d’impatience, de combativité, d’humour, de débrouillardise, d’enthousiasme, de bienveillance, d’attentions, de créativité, de courage, d’attentes, et surtout, de confiance dans l’univers. Et à cause de ça, elle se faisait facilement des ennemis parce qu’elle épuisait tout le monde. Elle en faisait trop et elle en demandait trop en retour.

Moi, je n’ai pas pu résister très longtemps à sa générosité et son humour. Mais j’ai dû plusieurs fois être honnête avec elle et lui expliquer qu’elle m’en demandait trop. Par exemple, je lui ai expliqué qu’envoyer des emails à ses collègues à 3 heures du matin ça nous foutait la pression, parce qu’on se sentait coupables de ne pas être en train de bosser nous aussi et qu’on avait l’impression qu’on devait lui répondre d’urgence et le plus tôt possible (à 5 heures du matin!?) pour ne pas qu’elle réalise qu’on était paresseux de dormir jusqu’à 7 heures! Je lui ai donc interdit d’envoyer des emails de travail entre 22 heures et 7 heures. Et elle m’a obéi!

Je crois que très peu de gens dans ce monde ont eu autant confiance dans mes capacités que Justine. Si elle a un jour douté de moi, elle ne me l’a jamais dit. Par contre, elle me disait sans problème qu’elle pensait que je faisais des erreurs, quand c’était le cas, et elle a toujours été la personne la plus honnête avec moi que je connaisse.

Elle a malheureusement fait une énorme erreur dans sa vie: elle a engagé John. Et John lui a tout simplement foutu sa vie en l’air pendant les neuf ans avant que Justine ne puisse prendre sa retraite. Il l’a démolie mentalement et physiquement avec une cruauté inimaginable.

Mais pendant les huit ans que j’ai eu l’immense chance de passer avec elle, elle m’a soutenue contre vents et marrées, invitée tous les vendredis soirs au restaurant indien avec son mari, traitée comme sa fille adoptive et collègue préférée, et donnée toute l’énergie et l’humour–et ses larmes aussi, à la fin–qui lui restaient après ses empoignades avec John.

Après mon entretien en avril, quand le type de Kingston lui a demandé de lui envoyer une petite lettre de recommendation pour moi, elle l’a appelé par téléphone et lui a expliqué pendant une heure et demi que j’étais quelqu’un d’extraordinaire et qu’ils n’étaient pas assez bons pour moi et ne me méritaient pas! En octobre, le type ne s’en était toujours pas remis!

Elle me manque terriblement!

Les gens qu’on aime #6: quelqu’un qu’on n’aimait pas au début mais ça a changé

20 comments

    • Il est très flegmatique, un vrai professeur d’université à la retraite, qui passe son temps à lire, rêver, écrire, et, en ce moment, essayer de survivre un cancer. Il a besoin de sa femme pour s’occuper de sa vie et il lui en est très reconnaissant 🙂

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  1. encore une belle amitié! je le sais depuis longtemps, mais tu attires les gens, avec ta bienveillance, ton charme (ne pense pas à mal😉), ta gentillesse etc.. (je n’exagère pas, c’est ce qu’on voit en toi😃) et je comprends que tu aies plein d’amis/amies!
    #6 pas d’idées, car quand je n’aime pas quelqu’un, c’est pour la vie😂
    bon samedi, à demain, bises

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  2. # 6 – Voilà quelques heures tu m’as présenté quelqu’un et comment dire, la moindre des choses est qu’à ta première description je ne l’ai pas aimée du tout, du tout… trop, elle était trop fatigante usante passionnée probablement, mais épuisante !
    Et puis en regardant de plus prés, son regard est magnifique de tendresse, elle déborde de vie… elle sait être attirée par la bienveillance, la gentillesse et le charme… oui, je réfute mon commentaire de ce matin, Justine est aimable.

    Bleck

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  3. Céline de Belgique

    #5: Alors j’ai tout de suite pensé à elle en voyant l’intitulé, mais je ne saurai plus trop dire pourquoi: elle est arrivée quelques mois après moi dans la boîte et elle en a vite imposé. Elle prend de la place et cherchait certainement à se faire une place. C’est peut-être comme cela que je l’ai percue et à une amie proche j’ai dû lui confier qu’avec Val ça ne passait pas. Un peu de temps s’est écoulé, j’ai pris mes distances et puis je ne sais pas comment le lien s’est créé plus doucement, plus sûrement. Nous en avons partagé des bons moments ensemble: au ski entre collègues, des escape games entre amis-collègues, une thalasso, des soirées jeux à la maison (mari et enfants dans le groupe) Et maintenant qu’elle vit aux US (elle doit être sacrément contente du changement d’agent!), elle nous manque. Elle revenait assez souvent et on passait du bon temps ensemble mais fameux Covid nous prive de sa présence…
    comment cette relation a changé, c’est étrange. Je pense que comme ton amie Justine, elle est arrivée trop « vite » dans ma vie, en bouleversant trop rapidement des choses établies et il m’a fallu prendre du recul pour l’apprécier. Peut-être qu’elle avait d’emblée compris nos terrains d’ententes et moi je suis plus lente à me lier d’amitié. Mais une fois le lien tissé, il est très fort.
    Allez reviens nous voir Val !

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  4. wam

    Quelle chance d’être entourée de personnes précieuses comme elle. A ta description je vois une tempête, une bourrasque. Epuisante. et revigorante.
    Bon courage à ce couple, et f* le cancer !

    Il faut que j’avoue un truc. Des amis qui… je ne suis pas sure qu’on puisse qualifier d’amis, réellement, une partie des personnes dont je parle dans mes contributions. Disons que, pour celles là, ce sont des personnes avec qui j’ai sympathisé, que j’estime, qui, je pense, m’aideraient si j’en avais besoin et si je le demandais. Pour autant, nous n’avons pas forcement de relation en dehors du contexte où on se fréquente / s’est fréquenté. 🙂

    #6: quelqu’un qu’on n’aimait pas au début mais ça a changé
    Il y en a forcement eu d’autre, mais celui auquel je pense, c’est P. Il était encadrant invité lors d’un voyage plongée de mon groupe. Je le trouvais distant, pas clair dans ses explications en plongée, et, d’ailleurs, à vrai dire, je ne sais pas trop quoi d’autre vu de maintenant.
    En fait, à force qu’il fréquente notre groupe en invité (on manque d’encadrants), j’ai appris à mieux le connaitre, et l’apprécier. C’est quelqu’un d’adorable. il a le sourire aux lèvres et l’oeil qui frise. Je sens un peu d’ironie derrière son expression, ou un petit “j’en sais plus, je ne le dirais pas et je sais que tu sais que j’en sais plus”. ou “on ne va pas prendre tout ca trop au sérieux”. L’envie de transmettre sa passion lui tient au corps. Il est patient. Bref, laissons parfois du temps au temps pour apprécier les gens 🙂

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  5. Geneviève

    Je suis une grande Bénévole devant l’Éternel. Je tiens ça de ma mère. Ça rend mes enfants un peu dingues, et ne parlons même pas du mari, quand je quitte la maison le soir en disant “j’ai une réunion” — tout pareil que quand j’étais petite ! Mais j’aime ça. Je “travaille” beaucoup pour l’école de mes enfants, au point que je suis désormais le parent bénévole avec le plus d’années au compteur, et que j’ai vu passer des équipes de direction les unes après les autres. Je sais qui a fait quoi quand, pourquoi tel truc est comme ça, etc. — bien pratique pour qui a besoin d’infos d’arrière-plan sur les tensions qui existent dans un milieu compliqué.
    Il y a quelques années, notre école qui bénéficiait d’un service de transport scolaire s’est vue mise devant le fait accompli : de l’argent, en n’en a plus, alors des bus, y’en aura plus. C’est une décision contre laquelle je me suis battue, soutenue par d’autres parents, alors que je n’y croyais pas du tout. On a tout fait ce que le conseil d’Établissement de l’époque n’a pas fait (et aurait dû faire) : prévenir les parents, créer des événements, faire des sondages, représenter les parents auprès des décideurs, organiser des manifs, etc. J’étais doublement épuisée : je faisais tout — la communication, l’organisation, le recrutement de volontaires, la réponse aux questions, Tout, alors que je ne croyais pas au bien fondé de cette campagne de résistance car on se battait pour des choses qui étaient un privilège de classe, dans le cas précis de notre école. Mais j’étais la voix des parents, alors mon propre avis, je pouvais bien me le mettre où je pensais.
    Et un jour, une autre mère m’a écrit en se plaignant, sur le thème “ben là, on n’a jamais été prévenus” etc. Ça, après des semaines et de mois d’activisme épuisant, je ne l’ai pas avalé. Et je le lui ai dit : tu arrives comme ça, comme un chien dans un jeu de quilles en te plaignant et en déclarant que tu allais te battre ? Mais où étais-tu ces dernières semaines ? Je ne t’ai vue à aucune manif, aucun conseil scolaire, aucune séance du conseil d’établissement. Tu penses vraiment que je prends plaisir à représenter des parents comme toi ? Je lui ai tout listé ce qu’avec une poignée d’autres on avait entrepris, il y en avait pour long. Je lui ai dit que je comprenais sa colère, mais que je refusais d’être son punching bag, parce que fait pas exagérer non plus, on est tous humains et on fait notre gros possible. J’étais VRAIMENT en colère, et c’était la toute première fois de ma vie que je disait à quelqu’un que je ne connaissais ni des lèvres ni des dents ce que je pensais de sa conduite, par écrit en plus. Je prenais tout un risque que ça me retombe dessus par un autre côté quand même…
    Surprise : ça l’a calmée. Elle s’est tout de suite excusée, et m’a promis que c’était son email qui avait été un peu “rough” sur le ton, alors que “dans la vraie vie, je suis la fille la plus sympa du monde”. Texto ! J’ai trouvé ça osé disons… et je me suis tenue sur mes gardes.
    Ben des années après, je l’adore cette nana. Elle a eu un cinquième enfant entre-temps (y’a des fous partout, mais bon, une petite fille après 4 garçons, ça valait le coup), elle est pleine d’énergie, elle a une compréhension fine d’enjeux que moi je mets plus de temps à entrevoir, on se complète bien, et en plus… elle a des enfants tous musiciens qui jouent avec leur père et ont l’air de s’amuser. Chez eux, ce que j’en perçois, c’est quand même vachement plus détendu du slip que chez nous, pour ainsi dire…

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  6. # 6 quelqu’un qu’on n’aimait pas au début mais ça a changé
    J’ai eu du mal à trouver un exemple pour ce sujet. Est-ce parce que je sais tout de suite si je vais aimer quelqu’un ou est-ce parce que je ne suis pas assez ouverte et que je classe les gens une fois pour toutes dans une catgorie ? Je ne sais pas..

    Quand on partage une meilleure amie, il y a forcément un peu de jalousie, surtout quand on ne la connaît pas. En prépa, j’ai rencontré S. dès le 1er jour et nous sommes devenues amies. S. venait de Bourges et était venue en prépa dans ma ville. Un jour, ma copine m’a invitée chez elle et j’ai rencontré sa meilleure amie. Les circonstances n’étaient pas idéales : tout le petit groupe se connaissait du lycée. J’étais timide, complexée et peu sociable. J’ai trouvé I. très extravertie, très sûre d’elle et pas très sympathique. Je l’ai revue des années après au mariage de mon amie et le courant ne passait toujours pas. Mais depuis, j’ai appris à la connaître à l’occasion de nos “week-ends Mémères”, des week-ends où on se retrouvait à cinq copines pour aller au hamam, au théâtre, au salon de thé, au restau et se faire des brunchs de folie…

    I. est une femme formidable qui a toujours aimé faire le spectacle car elle a une fibre artistique certaine. Mais ses parents l’ont poussée à faire des études plutôt tournées vers la gestion. Elle a travaillé pour une association d’aide aux immigrés puis il y a dix ans environ, elle est devenue professeur des écoles en maternelle et je trouve que cela lui va très bien. Et contrairement à ce que je pensais, elle est plutôt timide et pas très sûre d’elle-même au fond. Mais elle aime s’amuser et s’exprimer. C’est vraiment quelqu’un de formidable. Elle s’est remariée il y a un an ou deux avec un homme qui la rend heureuse. Nous sommes très différentes et ne voyons pas toujours les choses de la même façon mais je l’apprécie beaucoup..

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Merci pour vos commentaires que j'adore :)

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