c'est pas moi je l'jure!

je veux partir

Je ne me suis jamais pardonnée la mort de ma p’tite Sosso, en février 2013. Je l’ai pleurée pendant un an au moins, tout le temps, n’importe quand. Dix ans plus tard, je n’arrive toujours pas à raconter son histoire sans devoir m’arrêter au milieu parce que je commence à pleurer. Et la mort de Miss Penny, qui pourtant a été beaucoup moins traumatisante, a fait remonter à la surface toute cette douleur et cette culpabilité que j’avais déjà de la peine à contenir depuis dix ans.

Je n’ai pas pu faire le deuil de Miss Penny, après avoir décidé de l’endormir, le 8 décembre. Le gros événement que j’organisais pour la FAK venait de commencer et allait durer deux semaines, j’avais de la visite, c’était la fin du semestre avec mes étudiants, et je faisais déjà partie du comité de l’enfer qui me bouffait entre quatre et huit heures de mon temps et de mon énergie chaque jour. Je pleurais sa mort la nuit, et je remarquais le vide que créait son absence dès que je rentrais chez moi, mais c’est tout ce que j’avais le temps de faire.

Et puis vendredi après-midi dernier, alors que j’étais en train de terminer le rapport préliminaire avec mon comité de l’enfer, j’ai commencé à ressentir quelque chose que je n’avais pas ressenti depuis 2013: des cailloux dans l’estomac, et une gorge si étranglée que rien ne pouvait plus y entrer ou en sortir sans grande difficulté. J’ai ressenti ça pendant au moins quatre mois après la mort de Sosso, en 2013. Mais à l’époque, j’étais en congé sabbatique et j’ai pu donc dormir pendant ces quatre mois, et ne manger que des noix de cajou et quelques cerises séchées de temps en temps.

Cette fois-ci, je ne suis pas en congé sabbatique, donc pour l’instant je me force à manger et à respirer. Et j’ai décidé de partir quatre jours de chez moi pour essayer de sortir de ma tête, pour mon anniversaire. Il faut donc que je réécrive mon dossier de promotion avant le 12 janvier, que je prépare toutes les présentations que je dois faire pour des profs en janvier, et que je survive encore 16 jours et 16 nuits dans cet appartement vide et que je hais sans enfoncer mon poing dans la soufflerie ou dans une vitre, de rage et de désespoir. (J’hésite à acheter un petit matelas que je pourrais mettre dans la baignoire de la salle-de-bain d’amis, et à y déménager, comme c’est le seul endroit de l’appartement où on n’entend pas la soufflerie!) J’ai réservé trois nuits dans un hôtel ridiculement cher, acheté un billet de concert ridiculement cher, fait deux réservations dans des restaurants ridiculement chers, et fait une liste d’activités un-peu-chères-mais-pas-trop pour m’occuper sans relâche et ne pas penser à ma vie pendant quatre jours.

Avant la pandémie, j’arrivais toujours à m’organiser des “trucs-que-je-me-réjouis-de-faire” pour rendre ma vie plus vivable. Il faut que recommence à faire ça plus régulièrement (à une échelle plus raisonnable, bien sûr, comme je veux éviter les aéroports).

Le compte à rebours est en marche, mes p’tits loups!

 

23 comments

  1. MarieH

    Bonjour DrCaso !

    J’espère que peu à peu l’intensité de ton chagrin va décroître et que tu vas trouver de la place pour autre chose.
    Il me semble que ta decision de faire des choses inhabituelles est la bonne . Je souhaite que cela aide . Et j’espère lire tes aventures !!
    Ici grosse décompression de fin d’année . Moi pour me vider la tête je dessine !
    Amicalement,
    MarieH

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  2. Comment ne pas être au 36eme dessous dans ce moment difficile ! C’est le contraire qui aurait été surprenant. Bravo d’avoir su prendre une décision sans doute coûteuse mais qui n’a pas de prix pour ton moral !
    Enfoncer ton poing dans un endroit dangereux ne t’apporterait que des frais inconsidérés sans bénéfice….😉
    Bises lilloises

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  3. Ta douleur est bien compréhensible… Sosso était tellement importante pour toi, et miss Penny aussi dans une autre mesure. Tout cela chamboule. Je pense parfois à quand Youyou nous quittera… Je sais d’avance que ça sera un deuil difficile.
    Courage dans cet appart de m… . Est-ce qu’il est envisageable d’en changer en 2023?
    Gros bisous

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  4. Ca va pas de faire des titres pareils et commencer le texte ainsi ? Purée, j’étais à peine réveillée et je lis “Je veux partir, je ne me suis jamais pardonnée la mort de ma p’tite Sosso” et j’ai pensé que tu parlais de vouloir te suicider. Le réveil fut un peu brutal. Du coup, j’ai pris le temps de tout lire même si je n’avais pas le temps et j’ai été rassurée.
    Je me réjouis de lire le compte rendu de ta petite escapade 😊.

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  5. Magali

    Partir comme tu le prévois est une sage décision, l’étourdissement te soulagera et te fera du bien.
    On ne fait jamais son deuil, hélas. Je me demande bien qui a pu inventer cette notion. Nos chats ne nous quittent pas, ils restent entre deux vies, n’est-ce pas ?
    Je m’invente des reproches impardonnables moi aussi pour la mort de mes siamois, Zimy depuis 31 ans et Sami depuis quelques mois. Miaulements affectueux, caresses, en vrai ou dans ma tête peu importe, ils continuent à se manifester.
    Ce voyage te mettra un peu de baume au coeur. Je t’embrasse.

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  6. Hermione

    Moi je me fais aussi des reproches tu sais, sauf que c’est pour la mort de ma mère. Ca ne passe jamais ces trucs là, même si tout le monde essaie de te convaincre que tu as fait le maximum. Des fois on y pense plus et puis ça revient, c’est comme ça. Les “si j’avais su, si j’avais fais autrement, j’aurais dû”, c’est trop tard alors tu as raison de t’étourdir un peu, ça va te faire du bien.

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