c'est pas moi je l'jure!

à propos d’un détail

Le domaine du WAC (Writing Across the Curriculum, qu’on appelle aussi parfois Writing in the Disciplines) c’est l’étude des différentes façons d’écrire de différents domaines d’expertise. Par exemple les biologistes n’écrivent pas de la même façon, ni les mêmes documents, que les historiens ou les avocats. Par conséquence, les étudiants en psychologie ne doivent pas apprendre à écrire de la même façon, ni les mêmes documents, que les étudiants en génie aéronautiques, en médecine, ou en art.

En même temps, les profs dans ces différents domaines sont tous plus ou moins capables d’écrire des articles sur leur recherche ainsi que des grant applications, mais ils ne savent pas toujours très bien comment enseigner à leurs étudiants comment écrire de façon érudite dans leur domaine. (C’est normal, on ne peut pas demander à un prof de physique d’être en plus un prof de rédaction.)

Il y a donc souvent, dans les universités nord-américaines, des gens dont le domaine d’expertise est l’enseignement aux étudiants de ces différents “genres académiques,” et l’enseignement aux profs de comment créer des documents de qualité pour leurs étudiants (examens, cours, descriptions de tâches, etc.) et de comment s’assurer que leurs étudiants acquièrent les outils nécessaires pour communiquer de façon efficace dans leurs domaines.

Voilà un example concret:

L’école de Business and Administration voudrait être sûre que tous leurs étudiants apprennent à écrire les différents documents que des futurs administrateurs pourraient avoir à écrire. L’école voudrait aussi être sûre que tous ses étudiants ont, au fil de leurs années d’études, appris à écrire de façon précise et bien construite, s’adressent de façon équitable et respectueuse aux hommes et aux femmes, présentent tous les détails nécessaires, et communiquent avec efficacité l’objet de la communication.

Comme je suis la WAC Director, l‘école de Business and Administration va me demander de vérifier tout ça. Je vais donc demander à tous leurs profs de me donner leurs descriptifs de cours (ce qu’on appelle un syllabus en anglais), ainsi que tous les documents qu’ils distribuent à leurs étudiants pour leur expliquer les travaux écrits (essais, mémoires, rapports de recherche, thèses, etc.).

Avec tous ces documents, je vais analyser ce que les étudiants apprennent dans chaque cours, année après année. Je vais aussi examiner ce que les profs expliquent bien ou mal à leurs étudiants, s’il y a une progression logique (en complexité et longueur, par exemple) entre les années avec le travail demandé et les attentes, s’il y a des chevauchements ou des choses qui devraient être enseignées mais ne le sont pas, et en général, si tous ces documents démontrent qu’à la fin de leurs études, tous les étudiants auront acquis les compétences et reçu les outils dont ils ont besoin pour communiquer de la façon dont l’école veut qu’ils communiquent.

J’écrirai ensuite un rapport de 300 pages (ou peut-être seulement cinq, parce que je serai une directrice de WAC super paresseuse) et l’école de Business and Administration en fera ce qu’elle voudra. Si l’école en question n’est pas stupide, il se peut que je passe quelques années en réunion pour aider tout ce beau monde à redéfinir la façon donc la rédaction et la communication sont utilisés et enseignés dans leurs cours, et il se peut aussi que j’aide plusieurs profs individuellement à modifier leurs cours pour mieux soutenir leurs étudiants dans l’apprentissage de la rédaction (en plus de leur apprentissage du business and administration, bien sûr).

Voili voilà ce qu’il se peut que je fasse un jour à Kingston.

On pourrait croire que ce domaine d’expertise est très proche de ce que je fais actuellement comme job, mais en réalité, philosophiquement et pédagogiquement parlant, c’est exactement à 180 degrés de ce que je fais!

32 comments

  1. Valérie de haute Savoie

    C’est une sorte de formatage de la façon d’écrire de chaque spécialité ? Cela représente un travail de titan non ? Si tu pars, c’est prévu pour quand ? En tous cas, merci de te donner la peine de nous expliquer ton travail, ton futur travail aussi, tu es pédagogue dans l’âme 🙂 J’espère que ce travail te plaira et que la ville sera elle aussi agréable.

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    • Tu crois vraiment qu’en France les biologistes écrivent de la même façon que les historiens? Que tes rapports sur tes locataires sont écrits comme des rapports sur les malades dans un hôpital? Chaque profession a sa façon d’écrire et des documents bien précis qui ne sont pas utilisés par d’autres professions, depuis bien longtemps et partout dans le monde, ce n’est pas moi qui l’ai inventé 🙂 (Rien n’est prévu pour l’instant, rien n’est signé, rien n’est décidé.)

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    • Non, il ne faut pas être compétant dans tous les domaines, ça serait impossible. Il faut par contre savoir écouter et analyser et comprendre ce que les gens veulent communiquer, et trouver la meilleure façon de le faire et de l’enseigner, surtout 🙂

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      • mmechapeau

        Merci pour votre réponse. Mon fils, prof de français dans une haute école belge, apprend effectivement à ses étudiants à écrire mais je ne pense pas que le job de directeur ou directrice de WAC existe dans nos hautes écoles.

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  2. catandfivecats

    whaou, tes explications sont vraiment claires, on sent ton habitude d’aller à l’essentiel, et éviter le superflu, c’est sympa de nous tenir au courant😉
    je m’aperçois combien le monde du travail est complexe (d’ailleurs pas que le monde du travail😉)
    il neige sur ma Bretagne sud depuis 10 mn à l’heure où j’écris (9H48) (bon, les flocons fondent au sol) il fait moins 1,6°C, et je me sens privilégiée par rapport à toi😥est ce qu’il fera aussi froid à Kingston?
    bonne journée bises

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    • Il y a des professions où il faut moins écrire que d’autres, c’est sûr, mais en général tout le monde apprend à écrire (parfois sans s’en rendre compte) de la “bonne façon” pour telle ou telle profession. Un ingénieur du son n’écrit ni les mêmes documents ni de la même façon qu’un garagiste 😉

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    • Ton commentaire m’étonne, très chère amie 🙂 En plus de ce que j’ai déjà expliqué dans les commentaires ci-dessus, est-ce que tu crois que tu comprendrais un article écrit dans une revue académique de psychologie? Ou un document écrit en court de justice? Ou une présentation à une conférence médicale? Bien sûr que ces documents sont inaccessibles au reste des mortels, parce qu’ils utilisent des termes et des façons de parler et des documents bien spécifiques qui permettent aux gens de ces professions de dire ce qu’ils ont besoin de dire dans leur profession qu’ils ont parfois mis des dizaines d’années à apprendre! Quand on apprend une profession (pilote, dentiste, jardinier, artiste, etc.) on apprend un certain vocabulaire et une certaine façon de communiquer! (Et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je ne pourrais pas travailler en français, comme je l’ai déjà plusieurs fois expliqué: https://cestpasmoijeljure.com/2013/10/24/parlez-moi-dmoi/). Je suis surprise que ça soit une surprise pour tellement de monde…

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      • Mais je comprends parfaitement… Sauf que je me souviens d’avoir voulu signaler mon changement d’adresse professionnelle à l’URSSAF, et qu’on m’a envoyée sur un formulaire à remplir rédigé entièrement dans une de ces langues. Je leur ai écrit pour dire que ce formulaire était compréhensible par ceux qui l’avaient rédigé et ceux qui allaient le traiter, mais pas par ceux qui allaient le remplir et que ça posait comme un problème…
        Je conçois tout à fait la nécessité d’un langage “interne” à un groupe, mais lorsque le groupe en question doit communiquer avec le grand public, il doit avoir aussi une… “langue-transfrontalière” ?

        https://www.princessh.com/urssaf-mon-amie/Si tu as la patience de lire ce billet, tu noteras que justement dans la partie où je raconte ça, j’ai employé le juron “mortecouille !” parce que je pensais très fort à toi et tes compétences ! ;-)))

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        • Je vais aller lire ça, mais ce que tu racontes est un excellent example, parce que justement, “savoir bien écrire dans ton domaine” signifie que tu dois savoir bien écrire dans toutes les situations où tu travailles! Donc, si tu es ingénieure par exemple, tu dois savoir écrire des articles à publier dans des revues académiques (lues par d’autres ingénieurs), ET des descriptions et recommendations, par exemple, pour le grand public, que le grand public COMPREND! C’est ça qui est TRES important effectivement, c’est que tu sais QUI va te lire et quand et que tu peux adapter tes communications à ton audience. Dans ton cas, ton URSSAF est pourrie et fait effectivement très mal son boulot! Ils auraient bien besoin d’un WAC directeur qui leur secoue les puces! (Tu sais s’ils ont changé quoi que ce soit depuis?)

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  3. Roh lala, quand je pense qu’il y a un gros 15 ans en France, que je suis passée d’études d’histoire à un truc qui était plus proche du droit, nos profs de droit se foutaient de nous parce qu’on avait l’habitude de faire des plans en trois parties, et que jamais personne (d”après eux) ne pouvait faire une chose pareille, on avait la soudaine impression qu’ils nous traitaient quasiment d’illettrés (le plan en trois parties est quasi la norme en histoire)…Bref, tout cela me parle, et donc, bon courage, c’est un beau challenge, en effet 🙂

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  4. Jenny

    On a un cours cette année aui s’appelle “Communication scientifique” qui nous décrit bien tout ce qu’il y a dans un article scientifique et surtout tout ce qui ne s’y trouve pas. Le cours de la prof est hyper-synthétique (j’aime) et elle nous demande de le résumer en 150 mots ! J’ai envie de proposer un résumé en 11 mots :” Dans un article scientifique, la forme est primordiale : pas de chichis.” 🙂

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  5. Merci pour l’explication claire! Je sais que chaque profession a son propre vocabulaire et façon d’écrire, mais j’ignorais complètement que ce travail que tu vas peut-être faire existait. En France aussi tu penses ou c’est plutôt anglo-saxon comme démarche ?

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  6. Anne fra Sveits

    Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui fait ce genre de travail, mais ça me semble parfaitement logique, et c’est une des bases de la communication, il me semble. En tout cas je le vois dans mon métier et en comparaison avec d’autres métiers. Merci pour les explications

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  7. Pingback: l’emballage-cadeau | c'est pas moi je l'jure!

Merci pour vos commentaires que j'adore :)

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